Talk Talk – Spirit of Eden

Après le succès de The Colour of Spring, Talk Talk a tout pour plaire et remise pour de bon les synthés au profit de violons et de guitares, d’un harmonium et d’un harmonica, de chœurs anglais… Avec sa trompette et son lit de cordes discret, l’ouverture de The Rainbow me fait penser à Henryk Górecki ; enchaînée par des accords rappelant Dead Man avant l’éclosion du chant où Mark Hollis est recueilli, accompagné d’un piano et d’une batterie grêle. Subdivisé en trois parties, ce morceau fondateur de la seconde époque de Talk Talk se poursuit avec Eden qui se déplie sans hâte, tel un éventail révélant les détails d’un motif à chaque fois différent ; qui culmine avec Desire et son final de percussions aux paroles lacérées. « I’m just content to relax than drown within myself… » Inheritance m’évoque l’amitié et I Believe in You invite à affronter le monde tel qu’il est ; Wealth enfin est terrien, mélancolique à l’orgue avec le timbre de Mark en maître de l’émoi… Paru en 1988 après un an d’enregistrements au gré de sessions improvisées, Spirit of Eden s’écoute comme une histoire sans début ni fin, un flux de conscience entre jazz et folk, fusionnel et post rock. Une mue. Une révélation. Un cadeau somptueux.