Yello – Motion Picture

Deux ans après le précieux Pocket Universe, pour son dixième album le couteau suisse de la musique electro aligne 12 chansons satinées où Dieter Meier évoque le magicien Houdini ; l’état amoureux dépeint dans Time Freeze trouvant son apogée avec Croissant Bleu, chanté dans un français parodique rappelant La Folie… Côté instrumentales, Yello n’a pas perdu la main et les claviers délayés de Distant Mirror sont relaxants ; avant l’imposante Bubbling Under où l’on retrouve l’inspiration de Hawaiian ChanceMotion Picture ce sont aussi des saxos qui roucoulent (Squeeze Please), une déambulation jazz (Point Blank) et cette outro ambient bien balancée (Cyclops) ; pour un ensemble plutôt homogène et girond… Avec de la chance chez un disquaire suisse, tout près de Yello peut se cacher un album des Young Gods ; pour un trip non moins original et incontournable.

Yello – Pocket Universe

Yello c’est un peu comme les Nits, pendant longtemps je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter tout ce qu’ils faisaient ; même si à la différence des Néerlandais j’ai depuis renoncé à la moitié de leurs albums. Ainsi Baby qui n’aurait pas dû voir le jour en 1991, ou bien l’essoufflé Zebra trois ans plus tard… Le miracle se produit en 1997 avec Pocket Universe, météorite electro où débarrassés de leur lubie synthpop, Blank et Meier franchissent le mur du son sur presque tous les morceaux. Avec la pédagogie qui le caractérise, Dieter résume la relativité humaine en moins de 2 minutes (Solar Driftwood) avant une plongée dans l’espace galactique (Celsius) suivie de battements profonds (More puis On Track). Suit un Monolith que pourrait avoir sculpté Dead Can Dance avant l’arrivée d’une pépite aussi modeste que fracassante : To The Sea sublimée par Stina NordenstamPan Blue dégraisse les tympans et avec Beyond Mirrors on refait le monde en compagnie de Dieter-Nostradamus ; aussi et à part un remix final racoleur, je ne regrette jamais d’avoir passé une heure de ma vie au sein de Pocket Universe. « The Big Bang, the ultimate hero of low frequency… »

Yello – Flag

Un an après One Second, le duo suisse publie Flag et son titre vedette The Race, 8 minutes de pulsations synthjazz simulant une course automobile non sans rebondissements, un incontournable de leur discographie et qui a été repris dans de nombreux films… Vitaminé aux percussions de Beat Ash, l’histoire du 3rd of June alterne voix off de Dieter et riffs funks ; la voix de Boris Blank apportant un changement de ton sur Blazing Saddles et ses accords exotiques. Instrumentale de guitares et castagnettes, Alhambra ne déçoit pas mais Tied up in Red et Tied up in Gear font remplissage ; c’est à nouveau Ernst Gamper qui signe le dessin de couverture, humoristique et où les trafiquants sonores sont engagés dans un corps à corps improbable.

Yello – One Second

En 1987, Yello revient avec One Second, où en plus de chanter Dieter Meier inaugure « l’instant narratif » au début de certains morceaux (La Habanera), une manie qui ne le quittera plus… On est émus par Billy Mackenzie (Moon on Ice) et avec son accordéon qui rappelle celui de Nescio, Le Secret Farida est épaulé par de mystérieux synthés… Hawaiian Chance percute et fait pousser le volume, vers The Rhythm DivineShirley Bassey nous chamboule ; les chœurs collés de Goldrush évoquant Tom Tom Club… On termine par une note éthérée avec L’Hôtel entre chants d’oiseaux, tic-tac et rumeur de la foule ; loin de ses débuts à la Kraftwerk mais sans perdre de sa touche alpestre, Yello signe un opus synthpop parfois exubérant mais chaleureux.

Yello – Stella

Paru en 1985, le quatrième opus de Yello voit le départ de Carlos Péron, laissant Boris et Dieter aux commandes de la machine à faire danser les Suisses. Sa production soignée l’éloigne des albums précédents, qui les fait connaître hors des frontières avec les singles Vicious Games et Oh Yeah ; le premier où les allers-retours entre la troublante Rush Winters et les mots défaits de Dieter Meier rappellent Don’t You Want Me, le second où des effets casse-cous sont cumulés autour de la même phrase : « Oh Yeah » répétée par Dieter à la façon d’un gorille déraciné… Traversée de cris, l’instrumentale ambiante Stalakdrama sonne comme Thriller ; l’hélicoptère de Ciel Ouvert annonçant les paysages sophistiqués que le duo va continuer à explorer. J’ai longtemps possédé tous les albums de Yello, et ils ne sont pas si nombreux ; alors même si certaines manies sonores sont aujourd’hui irritantes (Koladi-Ola, Angel No), Stella reste une balise appréciable pour naviguer à l’aise dans l’electro éclectique de Yello.

Yello – Solid Pleasure

Créé en 1979 par Boris Blank aux claviers et aux percussions, Carlos Perón aux effets et Dieter Meier au chant, Yello est un groupe de musique électronique suisse. Paru l’année suivante, leur premier opus Solid Pleasure contient Bostich ou l’aliénation humaine érigée en tube à danser, toujours irrésistible et que ma mémoire range à côté de Planet ClaireNight Flanger fait des bips, des slaps et l’on reconnaît déjà les sons favoris de Boris ; une cuiller de basse et trois samples multilingues, une ligne de synthé sourde et c’est parti pour Downtown Samba, enchaînée avec Magneto où l’on dérive jusqu’à un Massage mystique dont les chœurs se fondent dans Assistant’s Cry rappelant The Wall… Yello c’est aussi à tous les coups une instrumentale qui décoiffe (un peu comme chez Alan Parsons), ici Blue Green tout en velours médiéval ; les montagnes de Stanztrigger achevant d’électriser nos oreilles flattées par ces touche-à-tout bienheureux. « Standing at the machine every day for all my life… »