Underworld – Barbara Barbara, we face a shining future

Après six années de silence (si l’on excepte leur formidable collaboration aux jeux olympiques de Londres et le premier album solo de Karl Hyde), Underworld accouche de Barbara Barbara, we face a shining future, un titre à rallonge qui ne parvient pas à masquer le sentiment d’oisiveté déjà éprouvé avec Barking… Où il faut attendre Santiago Cuatro pour la première émotion du disque, une instrumentale à la guitare électroacoustique qui donne envie de barouder, suivie de Motorhome où Hyde remet sa voix de velours au goût du jour, le temps d’un morceau riche en rebonds. Ova Nova est oxygénant et Nylon Strung bien alimenté,  pour le reste ce sont les vieilles recettes qui remontent à la surface d’Exhale, formaté comme un énième titre destiné aux « boîtes de laids qu’ont dansé » (la formule est de Boby Lapointe), ou encore les fatigants « yeah yeah luna luna » d’If Rah… Le digipack est arty comme souvent chez Underworld, rappelant celui de Beaucoup Fish mais la comparaison s’arrête-là.

Underworld – Barking

Trois ans après Oblivion with Bells, un hommage de Radiohead remixant Everything in its Right Place lors d’un festival dans le New Jersey et une collaboration avec Brian Eno à Sydney, Underworld revient avec un album inégal et paresseux, délaissant ce qui fait leur singularité au profit de morceaux calibrés dance, allant jusqu’à rechuter vers la techno-pop des années 90 (Always Loved A Film, Between Stars)… Ils s’offrent même les services de Paul van Dyk sur Diamond Jigsaw, ce qui ne donne pas grand-chose car si l’on veut se faire un trip de trance pure, mieux vaut écouter directement le DJ Berlinois… Quatre titres échappent à ce constat : Hamburg Hotel où bruits et voix se dispersent au sein de percussions à la Steve Reich, Grace cadencé comme un morceau d’OMD, le monologue végétatif égrené dans Moon in Water et enfin Louisiana, ballade onirique sur le fil… Underworld est capable de génie lorsqu’il ne se réfugie pas derrière les poncifs de la techno, mais ce ne sera pas pour cette fois car Barking aboie comme un chien qui trance pire.

Underworld – Oblivion with Bells

Paru en 2007, à chaque écoute le septième album d’Underworld met ma placidité à l’épreuve… Dense et réverbéré, Crocodile immerge instantanément sur l’autoroute reliant le cœur au cerveau. Vient ensuite le plus incroyable morceau, Beautiful Burnout et son crescendo dont on ne peut plus sortir, sa rythmique mate où des coups de poignard sont plaqués au synthé ; une guitare acoustique sépulcrale entre larmes et orgasme, 8 minutes d’une dramaturgie comparable au Dimanche à Tchernobyl… Le disque pourrait s’arrêter là, il est déjà exceptionnel mais la suite tient d’autres promesses, les accords élongés de To Heal font mouche et Glam Bucket emporte le long d’une rampe hyperspatiale, façon Orbital tandis que le hip hop de Ring Road donne envie de faire un tour en ville au milieu de la nuit… Faxed Invitation est une ritournelle electro lancinante, Best Mamgu Ever bouclant à fleur de clavier ce joli retour au chaos, en vaporisant une basse basique sur des voix endommagées. Dévastateur et composite, Oblivion with Bells tranche de part en part.

Underworld & Gabriel Yared – Breaking and Entering

En 2006, Underworld et Gabriel Yared signent la bande originale de Breaking and Entering, un film d’Anthony Minghella tourné à Londres dans le quartier de St Pancras. Entre architecture, petits délits et déracinement, le film joue sur plusieurs registres bien restitués sur cette bande son tissée dans de la soie. On sent la patte de Yared derrière les sonorités balkaniques (Sad Amira, Happy Toast) ou le solo de percussions de Monkey Two, les déploiements sereins d’Underworld faisant office de liant (Hungerford Bridge, Mending Things)… Avec son morceau final Counterpoint Hang Pulse, l’ensemble est un poil plus ambitieux que Danny the Dog de Massive Attack, mais la méthode est ressemblante et peu de groupes laissent une empreinte impérissable en la matière (on citera tout de même Eurythmics), un exercice qu’il vaut mieux laisser à Badalamenti ou Morricone.

Underworld – A Hundred Days Off

Trois ans après Beaucoup Fish, Darren Emerson met les bouts en laissant Hyde et Smith se débrouiller tout seuls avec les synthés et la TB-303. Mais le pli est pris et ils ne replongent pas dans la pop, en proposant avec A Hundred Days Off un sixième album palpitant, tirant vers l’ambient et où le duo continue à déployer ses visions fluides… Pris dans les phares de Two Months Off et la voix non linéaire de Juanita Boxill, dont les samples feutrés sont également présents sur Little Speaker, on lâche volontiers le volant à l’écoute du trépidant Twist, tandis que Dinosaur Adventure 3D fait danser les camions frigorifiques pendant 8 minutes… Et s’il y a ça et là quelques langueurs (Ess Gee, Ballet Lane) c’est parce qu’Underworld continue de se chercher, à découvert au gré d’un album qui donne l’impression d’être en voiture ailleurs que sur une route. « You bring light in… »

Underworld – Everything, Everything

L’année suivant Beaucoup Fish, Underworld gratifie ses aficionados d’un album live au titre non usurpé, Everything, Everything contenant presque tous les morceaux que l’on espérait retrouver en concert. Juanita/Kiteless précède une version de Cups ramenée à sa portion riche en caféine, Pearl’s Girl est bienheureusement « crazy » et la paire Shudder/King of Snake ne manque pas d’improvisation ;  très attendu, Born Slippy .NUXX est abrasif, suivi du mythique Rez lui-même enchaîné avec le sémillant Cowgirl, comme un retour aux sources de la période Emerson… Paru chez Junior Boy’s Own en 2000, E, E plaît aux groupies mais permet aussi une initiation à ceux qui n’auraient pas encore mis leurs neurones en contact avec Underworld.

Underworld – Beaucoup Fish

Beaucoup Fish, le titre est surréaliste pour un album qui ne l’est pas moins, cinquième production studio d’Underworld parue en 1999. On entre dès Cups dans le vif du sujet, 11 minutes d’une structure à géométrie variable, où des rythmes hypnotiques accompagnent une voix savamment filtrée. Push Upstairs et Jumbo maintiennent cet état de transe sédative, poussé un peu plus loin avec les superpositions downtempo de Winjer… Les échos romantiques de Skym apportent un calme délicieux précédant la cadence de Kittens, un morceau de 7 minutes qui pourrait avoir été écrit sur la planète K-Pax, aussi excessif que de regarder le soleil dans les yeux en attendant qu’il se couche… Moaner est convulsif et boucle ce périple saturé de sens, scandé ou murmuré, obsessionnel et magistral en termes de haute-fidélité. On a soupçonné Underworld de vouloir rendre compte du flux de conscience à travers leur musique, et pour ma part je confirme la sentence : avec Beaucoup Fish ils sont passés maîtres hanteurs en la matière.

Underworld – Pearl’s Girl

Paru dans la foulée de leur quatrième album, cet ep d’Underworld regroupe neuf versions de Pearl’s Girl, qui compte toujours parmi leurs plus captivants morceaux. Avec Tin There on entre directement dans du massif, du survitaminé, de l’antidépresseur naturel à enchaîner avec une dose de 14996 Version, plus prévisible mais parfait pour se stabiliser avant l’ambient Oich Oich et le syncopé Cherry Pie ; le climax étant atteint avec Mosiac et Deep Arch, le premier nous entraînant dans un incroyable tunnel, le second déployant ses nappes le long d’un champ de coton… Pearl’s Girl est à Underworld ce qu’Hyper-ballad est à Björk, un an les sépare et chacun incarne à sa manière ce dont vont bientôt être capables leurs auteurs : Homogenic pour l’Islande, Beaucoup Fish pour le Pays de Galles.

Underworld – Second Toughest in the Infants

Deux ans après Dubnobasswithmyheadman, le quatrième album d’Underworld installe un peu plus le trio gallois dans le cercle restreint de l’intelligence dance music, aux côtés de The Future Sound of London et Orbital… On attaque avec le fastueux Juanita/Kiteless/To Dream of Love, hypnotique où s’échelonnent des tensions réminiscentes du rock progressif. D’une douceur ouatée, Air Towel prend le temps de nous faire décoller, la voix délayée de Karl Hyde surgissant parfois derrière un nuage. Quant à Pearl’s Girl, elle réserve une cascade de breakbeats où se mêle une logorrhée fascinante… Équilibré entre instrumentales et couplets atmosphériques, Second Toughest in the Infants ne laisse aucune place à l’ennui, dont la réédition contient les versions originales de Born Slippy .NUXX et de Rez. Rien que ça !

Underworld – Dark & Long

La première fois que j’ai entendu de la trance, l’utilisation particulière de la boîte à rythmes m’a fait penser au bruit que faisait la trancheuse à pain industrielle, à la cantine de mon collège… J’ai découvert Underworld avec l’album Beaucoup Fish, m’intéressant ensuite à tout ce qui a précédé, y compris certains ep comme ce Dark & Long paru dans la foulée de Dubnobasswithmyheadman. Prolongeant le plaisir de leur opus initiatique, il permet d’avoir le fabuleux Dark Train dans son intégralité, second morceau maître après Born Slippy .NUXX dans le film Trainspotting, et qui ne figure pas sur la bande originale… Les étendues de Thing in a Book dispensent une retraite acidulée et Spoon Deep tranche un grand nombre de pains, Dark Hard nous rive dans un espace lounge tandis que Burts percute amplement ; une récréation de choix en attendant leur quatrième album.