Tom Waits – Blood Money

Sur son treizième album paru chez ANTI- en 2002, Tom Waits a mis ses plus beaux fantômes à mijoter dans une marmite. La procession gutturale de Misery is the River of the World rappelle les rythmes calcaires de Bone Machine ; tuba et clarinette soutiennent les paroles au rabot de God’s Away on Business, avec un retour rocailleux entre le tocsin de Starving in the Belly of the Whale… Un album où les ballades sont reines (Coney Island Baby, Lullaby) et les instrumentales jazzy (Knife Chase) ou ankylosée comme Calliope, du nom de cet instrument à vapeur rappelant le sifflet des locomotives… Gothique, festif et lugubre ; un disque au piquant inimitable dans son édition digipack avec en couverture un Tom en train de flamber aux cartes. « Everything goes to hell, anyway… »

Tom Waits – Bone Machine

En 1992, Tom Waits signe Bone Machine. Quatre disques se sont écoulés depuis Blue Valentine, entre temps Tom a fait la rencontre de John Lurie et de Jim Jarmusch, ce dernier lui concoctant un rôle sur mesure dans le film Down by Law en 1986… Percussions et autres sticks donnent le ton dès Earth Died Screaming, où l’on danse et bougonne en squelette à la façon de Captain Beefheart ; les improvisations de Such a Scream et All Stripped Down ajoutant au capharnaüm… Avec David Phillips au pedal steel, A Little Rain permet une pause blues avant les martèlements d’In the Colosseum ; en contraste avec les guitares folk de Black Wings, une fable retenue précédant I Don’t Wanna Grow Up et la juste colère de Waits à la guitare, guidé par la contrebasse électrique de Larry Taylor… Dans un ralenti rugissant, That Feel achève cet album tortueux dont les chansons évoquent en plus accidentées les Murder Ballads parues quatre ans plus tard.

Tom Waits – Blue Valentine

Pour son cinquième opus paru en 1978, Tom Waits délaisse le piano jazz au profit de la guitare et d’un synthé discret ; pour un son blues rock animant ses narrations flegmatiques (Red Shoes by the Drugstore, Wrong Side of the Road), le mode saxo rythmé n’étant pas oublié avec Romeo is Bleeding ou Whistlin’ Past the Graveyard… Offertes au pluriel, les Blue Valentines forment un bouquet romantique à la sortie de cet album contrasté, qui s’était ouvert sur une reprise de Somewhere d’après Leonard Bernstein, où Tom entonne à sa façon les mots déchirés de Maria et Tony dans le film West Side Story… Autant de chansons qui se bonifient avec le temps ; mais pas comme un grand cru car il est bien qu’elles continuent de racler un peu.

Tom Waits – Small Change

Né en Californie en 1949, Tom Waits est un chanteur et compositeur américain. Passionné par le rhythm’n blues de James Brown, il apprend la trompette puis la guitare, se fait la main dans les clubs entre San Diego et Los Angeles où il est repéré par Herb Cohen, le manager de Frank Zappa et Tim Buckley. En 1973, il est en première partie des concerts de Zappa et publie son premier album Closing Time, qui le fait connaître l’année suivante grâce aux Eagles qui en reprennent un titre… Paru en 1976 chez Asylum, Small Change permet une entrée douce et franche dans l’univers atypique de Tom Waits, sa voix rauque irradiant Tom Traubert’s Blues entre cordes retenues et piano jazz. I Wish I Was in New Orleans est un peu pompette, suivi quelques verres plus tard de The Piano has been Drinking ; puis en roue libre avec un tambour et quelques coups de cymbales (Pasties & A G-String), Tom me comble à chaque fois que j’écoute Step Right Up ou l’improbable logorrhée d’un bonimenteur, surréaliste et jazzy avec sa ligne de basse et son saxo qui chante… Le livret permet de découvrir les textes touffus de ce disque enregistré en deux semaines, rétif et feutré.