The Doors – L.A. Woman

Sixième album studio des Doors, L.A. Woman suit les traces de Morrison Hotel en imposant une grappe de titres allant de The Changeling à Love Her Madly ou Riders on the Storm ; sans oublier les 8 minutes épiques de L.A. Woman, où après avoir fait mine de s’arrêter au beau milieu, Jim énonce de plus en plus vite l’adage anagrammatique « Mr. Mojo Risin ! », tel un signe extérieur de sa mégalomanie subtile… L’America est traversé de poésie et Crawling King Snake puise aux racines du blues ; mais même s’il lui ressemble trop, cet album se situe un cran supérieur au précédent… Un mois avant la sortie de l’album, Morrison signifie au groupe son intention de s’exiler à Paris afin de se consacrer à l’écriture, avec sa compagne de longue date Pamela Courson. Trois mois plus tard, c’est elle qui découvre le corps inerte de Jim Morrison dans sa baignoire, officiellement décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 27 ans. Le groupe ne s’en remettra pas, les Doors « of perception » n’auront été ouvertes que quatre ans, mais on n’a pas fini d’en fouler le seuil.

The Doors – Morrison Hotel

Trois ans et deux albums ont passé depuis Strange Days, dont l’ambitieux The Soft Parade et ses allures de symphonie à la Days of Future Passed ; de son côté Morrison écrit davantage de poésie et moins de musique, se drogue et boit jusqu’à devenir imprévisible lors de concerts où il insulte son public, quand il n’exhibe pas carrément ses parties génitales comme à Miami en 1969, où il sera arrêté pour obscénité… Malgré tout les Doors conservent suffisamment de cohésion pour enregistrer Morrison Hotel en 1970, marquant un retour aux sources et une couleur blues jamais affirmée à ce point, Roadhouse Blues ou Ship of Fools faisant la joie du plus grand nombre ; mais tout ça manque de surprise et à part Blue Sunday et Indian Summer, je n’y ai jamais rien trouvé d’extraordinaire… La couverture est sympa, avec une photo montrant le groupe derrière une vitrine portant la mention Morrison Hotel, prise à la dérobée par un certain Henry Diltz après que les gérants du lieu leur aient refusé l’autorisation !

The Doors – Strange Days

Second album des Doors, Strange Days est dans la continuité de The Doors paru cette même année 1967, avec deux ou trois trucs qui le rendent indispensable. Les instruments s’étoffent, sur Strange Days Jim s’éclate avec son premier Moog tandis qu’un bassiste de studio a été recruté pour soulager Manzarek au synth bass ; mais les arrangements restent simples et sonnent comme une balance enfantine : la guitare et l’orgue à droite, la basse à gauche et la batterie au milieu tandis que la voix se déporte légèrement, comme sur le féerique You’re Lost Little Girl… Tout aussi essentielles sont les vapeurs de People are Strange et son piano honky-tonk ; tandis que My Eyes Have Seen You galvanise et prépare à When the Music’s Over, où pour boucler son disque Morrison nous refait le coup de la chanson étirée, avec solos et slogans incorporés mais cette fois c’est la musique qui est sa seule amie, et que quand la musique est terminée il faut penser à éteindre la lumière. Il a raison et c’est ce que je fais chaque nuit après avoir écrit une page comme celle-ci, jusqu’au jour où je ne le ferai plus.

The Doors – The Doors

Les Doors est un groupe de rock américain créé en 1965 à Los Angeles, autour de Jim Morrison et Ray Manzarek alors étudiants dans une école de cinéma, respectivement chanteur et clavier, rejoints par le batteur John Densmore et le guitariste Robby Krieger. Ils font leurs armes dans les clubs locaux comme le Whisky a Go Go, y sont repérés par Jac Holzman d’Elektra puis virés le jour où Morrison chante sur scène la version définitive de la chanson qui termine leur premier album en 1967. Intitulée The End, ses 11 minutes incarnent déjà la démesure de Jim lorsqu’il entonne ce poème œdipien peaufiné au fil des concerts, où la mort devient sa seule amie… Il y a aussi l’éblouissant End of the Night, où est cité le poète William Blake qui inspira au groupe leur nom de scène, le cow-boyesque Alabama Song d’après un poème de Brecht mis en musique par Kurt Weill ; et puis les poncifs Break on Through et Light my Fire, qui feront vraiment connaître les Doors… « Some are born to sweet delight, some are born to endless night. »