The Cure – Bloodflowers

Quatre ans après Wish et le départ de Porl Thompson et de Boris Williams, les Cure sont une nouvelle fois au bord de la dissolution. Mais Smith ne pète pas les plombs et ramène O’Donnell au sein du groupe, hélas il en résulte un album d’une rare indigence : Wild Mood Swings et ses humeurs dilettantes, qui s’essouffle définitivement passées les cinq premières minutes de Want… Il faut attendre quatre ans de plus, lorsqu’à l’aube de ses 40 ans Smith nous refait le coup de la crise bipolaire ; mais les synthés éculés de Bloodflowers n’apporteront pas grand-chose et avec le recul, c’est bien Disintegration qui marque la fin des Cure… Comme le dit si bien Smith sur 39 (ans) : « The fire is almost out, there’s nothing left to burn. » Presque, hein ? Tout est là, alors au diable ce que l’on pensait à 20 ans, Smith va continuer à modeler le groupe à sa guise, virant sans raison O’Donnell et Bamonte en 2005 tout en rappelant Thompson juste après, mais ces gesticulations de monarque ne parviendront pas à masquer le fait que Bloodflowers a incarné le dernier sursaut créatif des Cure, desséchés après toutes ces années passées au centre du brasier.

The Cure – Wish

Trois ans ont passé depuis le séminal Disintegration, entre temps Robert Smith s’est diverti en remixant une dizaine de leurs succès sur Mixed Up ; Perry Bamonte a remplacé O’Donnell et Tolhurst toujours alcoolisé a perdu son procès contre le groupe… Open ouvre Wish et la densité des guitares retient tout de suite l’attention, dans une intro dark wave digne des précédents opus. Mais ensuite, l’album renoue avec la vague pop qui assure aux Cure un avenir radieux même chez les Ricains, entre les humeurs guillerettes de High et de Friday I’m in Love ; ceci sans se priver de balancer au passage le somptueux Apart, un morceau d’une rare mélancolie, ou encore les lancinants Cut et End… Un album qui joue avec nos nerfs et manque cruellement d’harmonie ; comme si plus cyclothymiques que jamais, les Cure ne savaient plus sur quel pied danser.

The Cure – Disintegration

Paru deux ans après Kiss me, Kiss me, Kiss me ; Disintegration voit l’éviction de l’ami Lol Tolhurst pour cause d’ébriété systématique. Il est remplacé par Roger O’Donnell alors clavier des Psychedelic Furs ; par ailleurs Robert Smith ne supporte plus la façon dont son groupe ronronne au niveau mondial, obsédé à l’idée d’avoir 30 ans il se retire avec sa future épouse Mary Poole (qu’il connaît depuis l’âge de 14 ans) et soignant sa dépression à grand renfort de LSD, se met à fomenter le tempétueux huitième album des Cure. Abyssal, dévastateur et viscéral ? Oui, trois fois oui. Sans lendemain ? Non. Car au contraire de Pornography, ce disque offre quelques respirations voulues par Smith, comme Lullaby ou Love Song, écrite en cadeau de mariage à sa promise de toujours… J’étais à leur concert du 12 juin 1989 à Colmar, le jour même de mes 20 ans… Qualifié avant sa parution de « suicide commercial » par la maison de disque, Disintegration va devenir l’album le plus vendu du groupe. Il faudrait toujours faire confiance aux artistes, surtout quand ils viennent de faire tapis.

The Cure – Kiss me, Kiss me, Kiss me

Septième album des Cure, Kiss me, Kiss me, Kiss me paraît en mai 1987 sous la forme d’un double vinyle. Il démarre en prenant le contre-pied du précédent opus, avec The Kiss et son introduction de presque quatre minutes aux guitares massives, poursuit cette veine pendant trois morceaux magnifiques, jusqu’à If Only Tonight we Could Sleep et son intro au sitar de synthèse, prélude à un poème sentimental dont Robert a le secret… Puis cela devient simpliste avec des hits téléphonés comme Why Can’t I Be You ? et Just Like Heaven, qui cartonnent aux États Unis et durant lesquels on peut penser à autre chose, car ce disque est suffisamment nourri pour satisfaire tous les appétits ; et l’on n’en a jamais assez de réentendre le souterrain The Snakepit, l’attente lente de A Thousand Hours ou le chaos acoustique de Like Cockatoos… C’est avec cet album que j’ai vraiment découvert les Cure, pour lequel je conserve une grande tendresse. Sur sa célèbre pochette, on voit les lèvres de Robert Smith en très gros plan, comme une déclaration d’amour avant la rechute imminente, aussi incroyable qu’inespérée.

The Cure – The Top

Y a-t-il une vie après Pornography ? La réponse est oui, évidemment car le seul remède à la vie est la vie, encore la vie et Smith le sait bien, qui nous offre un revirement spectaculaire entre le moment où s’étant battu sur scène avec Simon Gallup au point de le virer du groupe, allant ensuite jusqu’à douter de l’avenir des Cure ; il va suivre les conseils de son manager Chris Parry en autorisant la parution de titres pop déconcertants, de Let’s Go to Bed à The Lovecats, aboutissant en 1983 à l’indigeste compilation Japanese Whispers… En gros Bob n’en a plus rien à cirer, pourtant ces humeurs seront salutaires puisqu’elles vont permettre une renaissance dont l’apogée viendra plus tard, mais produira dès 1984 un disque que l’on ne peut ignorer, The Top avec Tolhurst aux claviers, Andy Anderson à la batterie et Smith au reste, orgue et harmonica compris… Un album certes autocentré mais où la tête pensante des Cure s’est fait plaisir en assaisonnant ses obsessions à d’improbables influences, orientales autant que psychédéliques. Ne pas y chercher une quelconque unité, mais la délivrance d’un génie revenu des abîmes.

The Cure – The Head on the Door

Avec leur sixième enregistrement studio, les Cure font un pas vers la new wave édulcorée et le son pop. Paru en 1985, The Head on the Door voit le retour à l’écurie de son ami Gallup, ainsi que l’arrivée de Boris Williams à la batterie et du vieux copain guitariste Porl Thompson, tandis que Lol ne bouge plus de son clavier. Et c’est tout à son bonheur de former à nouveau un vrai groupe que Robert dispense un disque cohérent et pêchu (Push), virtuose (The Blood) et very compatible commercialement (In Between Days, Close to Me et son célèbre clip signé Tim Pope, tourné dans une armoire en équilibre au bord d’une falaise)… Mais les meilleurs morceaux sont les trois derniers, tunnel sensationnel entre A Night Like this et Sinking avec un arrêt minute à Screw, où comment transmettre des idées graves sur des musiques gaies, un tour de force dans lequel les Cure continueront d’exceller. Bon il y a parfois une faute de goût, comme ce solo de saxo sur A Night Like this et son invité tout droit sorti d’une boîte de jazz.

The Cure – Pornography

Imperméable et ténébreux. Inaltérable. Démonté, opaque et risqué. Il n’y a plus d’amour. Plus d’amitié. Plus d’humanité. Sur la pochette du disque, le trio flambe. Il n’y a pas de remède à la vie et chacun résout ce problème comme il peut ; paru en mai 1982, le quatrième album des Cure a servi de réceptacle aux idées les plus noires de ce groupe qui a grandi trop vite, Robert Smith en particulier… Par son outrance et par les lieux qu’il fait visiter, par sa misanthropie et son rythme infernal, Pornography compte parmi les plus grands disques de tous les temps. Cela étant dit, je veux préciser que malgré son indéniable pouvoir cathartique, la prudence s’impose avant de décider une écoute.

The Cure – Faith

Paru un an après Seventeen Seconds (l’album qui m’a donné envie d’apprendre la guitare basse), Faith voit le départ du clavier Matthieu Hartley, ce dernier ayant déclaré que la tournure sombre que prenait le groupe ne l’intéressait pas (sic). The Cure redeviennent un trio, Robert se coltinant les claviers en plus des guitares et du chant… The Holy Hour annonce une couleur blafarde, envoûtante et que chaque titre va utiliser avec plus ou moins de dilution ; pour ne citer que les monuments le prochain arrêt se nomme All Cats are Grey, une chanson écrite par Tolhurst et qui mérite d’être crédité face à un Robert Smith déjà omnipotent, puis The Funeral Party et la grosse claque de The Drowning Man que pour ma part je n’associe pas au final de la chanson Faith, laquelle ferait plutôt retomber le soufflé… Un disque néanmoins éblouissant, qui reprend le désenchantement là où Seventeen Seconds l’avait laissé mais en faisant moins de mystères, diminuant la part d’ombre d’une impossible thérapie, à laquelle on sent bien que Smith ne croit pas vraiment. Ces derniers soubresauts étant assimilés, les Cure vont créer l’album impossible.

The Cure – Seventeen Seconds

The Cure est un groupe de cold wave britannique créé en 1978 par le guitariste et compositeur Robert Smith, le bassiste Michael Dempsey et le batteur Lol Tolhurst. Né en 1959, Smith apprend la guitare à 11 ans puis forme différents groupes jusqu’en 1977, où The Cure s’appellent encore Easy Cure, et si Smith prend la place de chanteur, c’est faute d’avoir trouvé un candidat satisfaisant… L’année d’après, ils sont repérés chez Polydor par Chris Parry en train de monter son propre label, Fiction qui va publier Three Imaginary Boys en 1979, premier album intéressant mais sans unité, fourre-tout avec une pochette moche et dont les choix éditoriaux ont échappé à Smith, contrairement aux albums suivants dont il sera coproducteur… La véritable histoire des Cure débute en 1980 avec les plages étouffées de Seventeen Seconds, tamisées à travers un son déjà fusionnel entre Robert et Lol, avec Simon Gallup à la basse, qui a remplacé Dempsey… Au-delà des maux, Seventeen Seconds s’avale en une seule cuillerée, comme un sirop inefficace contre la fuite du temps.