The Chemical Brothers – We are the Night

Sixième opus des faux frères de Manchester, paru en 2007 We are the Night est un album futile et prétentieux. Son titre à lui seul laissait redouter des intentions outrées, surtout après la déception causée par Push the Button, pressentiment hélas fondé dès la chanson éponyme et plus encore avec All Rights Reversed où le groupe a décidé de s’autoparodier en amplifiant clochettes pour vaches et vocalises réverbérées ; un ridicule qui semble particulièrement assumé sur Do it Again et The Salmon Dance… Trois morceaux sauvent l’album de la poubelle : Das Spiegel, A Modern Midnight Conversation et The Pills won’t Help you Know, avec Tim Smith l’ancien chanteur de Midlake. À part ça, on se demande ce qu’on fait là, alors qu’ils nous avaient pourtant prévenus dès la première chanson : « There’s no Path to Follow… » C’est l’album de trop, et pour ma part je n’irai pas Further.

The Chemical Brothers – Push the Button

Trois ans après le tour de force de Come with Us, les alchimistes du big beat sont de retour avec un cinquième disque quelque peu désarticulé, s’ouvrant avec le rappeur Q-Tip sur Galvanize, un trop prévisible tube qui sera même repris lors de la Cérémonie d’Ouverture des J.O. de Londres en 2012… Suivi par le brouillon The Boxer avec Tim Burgess des Charlatans, nous sommes proches de jeter l’éponge lorsqu’arrive l’enchaînement de Believe et Hold Tight London : le premier avec Kele Okereke de Bloc Party, et le second Anna-Lynne Williams des Trespassers William, dont la voix se marie à la perfection à une rythmique où les Chemical ont retrouvé leur audace, nous arrachant des frissons que l’on n’espérait plus… Dans la même veine il y a aussi les bondissements de The Big Jump et la progression finale de Surface to Air, galvanisante celle-là et qui contribue à repêcher l’album ; mais entre les deux persiste une impression de bricolage, que ce soit avec Left Right ou Shake Break Bounce qui font beaucoup de bruit pour rien.

The Chemical Brothers – Come with Us

Enregistré deux ans après Surrender, le quatrième album des Chemical Brothers se rapproche dangereusement de la perfection. Lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter ni à retirer, lorsque sans être prévisible tout coule de source, lorsque l’auditeur s’engage en confiance le long d’un chemin qui mène de Come with Us à The Test, après avoir tenu entre ses mains un triptyque cartonné très épais où alternent le rouge et le jaune, puis l’orange nocturne et le bleu narcotique : dans sa version digipack, ce disque est l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de toucher ! Le contenu est à la hauteur, chaque titre empile avec génie des couches de guitares et de rythmes complexes soutenues par des basses profondes, maelström où l’on se laisse avaler en prévenant les voisins que nous serons sourds à toute autre forme de vie durant la prochaine heure… Difficile de fragmenter cette bombe à sensations proche du concept album ; mais s’il fallait citer trois moments clés : It Began in Afrika, Hoops et The State We’re In. Avec le recul, c’est aussi le seul album des CB qui continue de se bonifier.

The Chemical Brothers – Dig your Own Hole

Deux ans après le remarqué Exit Planet Dust, les Chemical Bros continuent de creuser leur sillon big beat, alignant des morceaux généreux et pêchus comme Elektrobank ou Don’t Stop the Rock, invitant même l’ami d’Oasis (Noel Gallagher) à partager le gâteau sur la très calibrée Setting Sun… Mais ils poursuivent surtout leur collaboration avec l’éblouissante chanteuse Berth Orton, le temps d’un Where do I Begin conçu comme l’ascension et la descente d’une montagne escarpée… D’autres morceaux moins frénétiques émaillent l’album, comme Piku et Lost in the K-Hole, apportant une respiration nouvelle. S’écoutent en boucle : It Doesn’t Matter et The Private Psychedelic Reel, lequel clôt l’album dans un final extatique. Cette fois encore, le livret regorge de photographies décalées ou poétiques, entre jeux de plage, ski alpin et puis il y a cette femme qui court avec un verre de soda à la main. On y retrouve aussi le couple qui figurait sur la couverture du premier album, cette fois en train de faire du stop.

The Chemical Brothers – Surrender

Réglés comme du papier à musique, avec Surrender sorti deux ans après leur second album, les Chemical Brothers opèrent un passionnant virage vers le son trip hop. Et comme c’est sans renoncer à ce qui a forgé leur réputation d’electro vitaminée, le résultat reste inimitable et défie les tentatives d’étiquetage… Les voix invitées sont mémorables, à commencer par Bernard Sumner (cofondateur de Joy Division puis chanteur de New Order) et sa chanson Out of Control, qui par une étonnante alchimie parvient à intégrer le mouvement ; ou bien Let Forever Be où Noel Gallagher a droit à une partie gratuite ; mais surtout la chanteuse de Mazzy Star, Hope Sandoval qui signe l’inépuisable Asleep from Day ; et Jonathan Donahue (Mercury Rev) de boucler l’album avec Dream On, une ballade pâteuse à souhait… Le tout s’enchaîne avec un naturel confondant, comme si les morceaux big beat purs et durs assuraient ici une forme de continuité, du névrotique Under the Influence au remuant Hey Boy Hey Girl. Au paradis de l’éclectisme electro, les Chemical Brothers ont des ailes.

The Chemical Brothers – Exit Planet Dust

Formés à Manchester en 1989, les Chemical Brothers sont un groupe britannique de musique electro composé de Tom Rowlands et Ed Simons, deux amis d’enfance qui ont d’abord été DJ avant d’enregistrer leur premier succès en 1992, Song to the Siren qui intègre à la fois un sample de la version de This Mortal Coil (elle-même inspirée de la chanson originale de Tim Buckley), et un second sample du titre Song of Sophia des Dead Can Dance… Un morceau transfiguré et qui en dit long sur leurs sources d’inspiration, où la référence à une sirène fait plutôt penser au son qu’ils ont créé tous gyrophares allumés, eux qui vont bientôt s’imposer maîtres du big beat aux côtés de Prodigy… Paru en 1995, leur premier album Exit Planet Dust s’ouvre sur un court extrait de Ohm Sweet Ohm de Kraftwerk, ultime clin d’œil à l’héritage des pionniers avant de donner un grand coup de balai car nous partons pour quarante-neuf minutes de groove assis dans un train fou, aux wagons subtilement imbriqués… Mention spéciale à One Too Many Mornings, mais aussi aux photos faussement ordinaires contenues dans le livret.