The Alan Parsons Project – Eve

C’est Lucifer qui ouvre ce quatrième album, long chant instrumental où choristes et claviers s’échangent des mélodies, tandis que tambours et trompettes dialoguent dans le plus grand bruit. Un avant-goût de ce qui va suivre, où se succèdent un certain dramatisme dans I’d rather be a Man, un lyrisme dépourvu de brise avec You Won’t be There ou encore la tranche de pop bien torchée de Damned if I do. On oublie la seconde instrumentale, heureusement l’album se termine sur If I Could Change your Mind, un joyau interprété par Lesley Duncan. Le livret permet de suivre les paroles ; en couverture deux femmes portent la voilette, où leurs visages ressortent à la fois tristes et aguicheurs, ambigus comme ce disque optionnel dans le parcours d’Alan Parsons, que j’ai fini par racheter pour des raisons sentimentales.

The Alan Parsons Project – Vulture Culture

Let’s Talk About me nous fait entrer dans cet album à partir des reliefs d’une conversation de comptoir, où l’on reconnaît la voix de Parsons progressivement fondue derrière une ligne de basse limpide et un clavier à la Supertramp. Nous sommes en terrain familier et ce n’est pas désagréable, Days are Numbers est le prochain arrêt intéressant, à suivre les pas d’un voyageur en quête de sens sous le firmament. Entre guitare et saxo, l’instrumentale Hawkeye nous promène ensuite gentiment, avec comme curiosité au milieu du morceau, la petite phrase de la serveuse de la cantine d’Abbey Road : « Only what’s on the menu ! » La boucle est bouclée avec The Same Old Sun, où la voix du gourou Eric Woolfson fait le job… Vulture Culture ressemble un peu trop aux albums précédents, quitte à se mordre la queue mais après tout, l’ouroboros en couverture annonce la couleur.

The Alan Parsons Project – Gaudi

Dixième album du groupe, avec comme la plupart du temps une ouverture soignée, La Sagrada Familia qui dépayse en deux minutes vers la planète Parsons, entraînée par la voix nerveuse de John Miles. Mais la chaleur orchestrale des débuts est loin, l’électronique a mal vieilli et Money Talks fait penser à Money des Floyd, ce qui n’est pas une très bonne idée… C’est sur la fin que l’œuvre se rattrape, avec Inside Looking Out interprété par Woolfson, qui reste la vraie voix du groupe, suivi d’une ultime instrumentale, hispanisante et hors du temps, Paseo de Gracia comme on tire fièrement sa révérence à la fin d’un tour de flamenco. Car à l’image d’Antoni Gaudi, autour duquel ont été écrites les chansons de ce dernier concept album, sur le plan musical The Alan Parsons Project a réussi à imposer sa propre architecture.

The Alan Parsons Project – Stereotomy

Avant-dernier effort de l’Alan Parsons Project, Stereotomy est un assemblage de morceaux disparates, où l’on peine à retrouver la magie de leurs meilleurs albums. Je l’ai toutefois racheté sur un coup de tête, et aussi pour boucler la boucle, ému tout de même de retrouver deux morceaux qui m’avaient marqué : Beaujolais et Where’s the Walrus ? Le premier évoque les déboires d’un quidam ayant trop bu, cocasse et trépidant, le second est une instrumentale de plus de sept minutes, très enlevée entre guitares, saxophone et nappes sonores. Hormis ces deux perles et le trop court Chinese Whispers, cette stéréotomie laisse un peu de marbre l’auditeur qui pensait trouver un album riche en expérimentations, bluffé comme je l’avais été par la couverture chatoyante de fractales.

The Alan Parsons Project – Ammonia Avenue

D’apparence sympathique, avec sa pochette symétrique et ses arrangements tout en douceur, Ammonia Avenue renferme des humeurs assez sombres. Certes, Prime Time est optimiste, mais ça se gâte bientôt et si One Good Reason fait admirablement danser la stéréo, avec ce son clair et précis, laissant de la place à la basse, les textes sont marqués par la mélancolie, qui évoquent l’incommunicabilité entre les hommes et la solitude découlant d’un progrès technique effréné. Je trouve l’instrumentale Pipeline carrément déprimante, avec son saxophone plaintif. Et si le dernier titre s’achève sur une note d’espoir, un rayon de lumière le long de l’Avenue Ammoniaque, nous voilà bien seuls au milieu de ces tuyaux sans queue ni tête. Les photos sont signées Fell et Hurworth, celle refermant le livret montrant des laborantins ayant la tête ailleurs. Quant à la couverture, avez-vous déjà songé à la tourner de 90 degrés ?

The Alan Parsons Project – The Turn of a Friendly Card

Voici l’album qui m’a fait découvrir Alan Parsons dans les années 80, en vinyle bien sûr, j’y suis donc resté attaché et puis tout de même, avec Time il contient une des plus belles ballades du groupe. Il y a aussi The Gold Bug, instrumentale envoûtante dans laquelle on entend la voix de Chris Rainbow, pour se clore avec la longue chanson titre The Turn of a Friendly Card, divisée en cinq parties teintées de musique baroque ; où les chants évoquent une geste de troubadours, où se mêle la rumeur d’une foule, où des guitares très rock reprennent finalement la main, en soutenant jusqu’au bout un florilège de cuivres… Un disque si vaste que chaque écoute est nouvelle, dont les textes évoquent le thème du jeu et du hasard, comme le suggère en couverture ce roi de carreau sur vitrail exécuté par Kevin Godley et Lol Crème, tous deux membres du groupe 10cc dans les années 70.

The Alan Parsons Project – Eye in the Sky

Sixième album et plus grand succès du groupe, Eye in the Sky a longtemps fait passer aux oubliettes tout ce qui a précédé, non sans compliquer la réception des albums qui le suivront. Pour autant ne boudons pas notre plaisir en face d’un joli monument, car ce groupe méritait d’en ériger un, même si là comme ailleurs ce n’est pas celui que les fans auraient élu… Ça démarre par un prélude nommé Sirius, progressif bien entendu et aussitôt enchaîné par Eye in the Sky, bijou vocal et instrumental chanté de concert par Parsons et Woolfson. On est scotché et ça va continuer avec la douceur de Gemini, puis le jeu d’échos de Psychobabble annonçant Mammagamma, autre morceau phare faisant penser à Ummagumma, une allusion plutôt qu’une référence à Pink Floyd, précurseur de l’electro puisqu’il a été composé à l’aide d’un des premiers échantillonneurs Fairlight CMI, adopté la même année par un certain Peter Gabriel… Le livret délivre sobrement les paroles, ornées d’une poignée d’hiéroglyphes.

The Alan Parsons Project – Pyramid

Pyramid est le troisième album d’Alan Parsons. L’ayant acquis tardivement, j’ai choisi l’édition comprenant les titres bonus, mais plutôt par curiosité que pour profiter d’une version remastérisée, la qualité de la production étant présente dès l’origine sur tous les disques d’APP. Là encore, des instrumentales qui restent dans les mémoires émaillent l’album, en effet comment oublier le torrent d’Hyper-Gamma-Spaces, électrisant dès la première écoute ? Il faut admettre que certains titres perdent de leur mystère avec le temps, toutefois In the Lap of the Gods évoque un grand moment de cinéma (imaginaire cette fois), suivi de l’oriental Pyramania. Au bout du compte, l’ensemble divertit et les bonus prolongent la découverte, en particulier la démo de What Goes Up, ou l’on entend la « little voice » de Parsons improviser sur la chanson en cours d’élaboration. Entre photos d’époque, collages et chroniques, le livret de cette réédition est soigné.

The Alan Parsons Project – I Robot

Après Edgar Allan Poe, pour son second album Alan Parsons s’est intéressé à l’univers de l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov, I Robot étant le titre de son premier recueil de nouvelles, à l’origine des trois célèbres lois de la robotique. Si nous sommes toujours dans un son largement instrumental, à l’image du morceau titre mélangeant chœurs dramatiques et nappes de synthé futuristes, la tendance à la mélodie s’affirme bientôt, Day After Day évoquant les Pink Floyd lorsque le sombre Total Eclipse prend soudain le pas, étonnamment proche du Lux Aeterna que composa György Ligeti en 1966, utilisé deux ans plus tard par Stanley Kubrick dans A Space Odyssey ; avant de conclure sur une instrumentale qui manque un peu de panache… Toutefois, si cet album n’incarne plus vraiment l’aspect conceptuel du précédent, il demeure riche en surprises. Le livret propose l’ensemble des paroles ainsi qu’un amusant photomontage signé Eric Woolfson, à partir de photos d’escalators prises à l’aéroport de Paris Roissy.

The Alan Parsons Project – Tales of Mystery and Imagination

The Alan Parsons Project a été créé en 1975 par les Britanniques Eric Woolfson et Alan Parsons. Ce dernier débute une carrière d’ingénieur du son chez EMI, contribuant à plusieurs titres des Beatles et plus tard aux albums des Pink Floyd… Disons-le d’emblée, Tales of Mystery and Imagination est de loin leur meilleur ouvrage. En hommage à l’univers d’Edgar Allan Poe, il se situe dès les premières notes aux confins du fantastique, le titre A Dream within a Dream contenant déjà ce qui deviendra la patte sonore du groupe, un démarrage lent progressant vers des guitares déliées, basse et batterie structurant le tout vers l’apothéose. C’est au label Mercury que l’on doit la première édition sur cd, où l’on entend à plusieurs reprises la voix d’Orson Welles réciter des extraits de Poe, ajoutant à la force d’évocation de ces chansons semblant n’appartenir à aucune époque… Richement illustré, le livret distille de nombreuses informations sur la genèse du projet. On y apprend que The Raven est le premier titre rock à utiliser l’effet vocoder.