Tangerine Dream – Stratosfear

Composé en 1976, Stratosfear se démarque de ses prédécesseurs dès l’ouverture éponyme, où se succèdent des mélodies qu’aurait pu écrire Vangelis… Conservant une certaine dramaturgie, The Big Sleep in Search of Hades est envahi par une suite de flûtes champêtres, tandis que Froese s’exerce à la guitare 12 cordes façon Oldfield sur Invisible Limits… Avec sa scansion millimétrée où se dilate un harmonica, 3 A.M. at the Border of the Marsh from Okefenokee sauve la mise, son crescendo à l’orgue rappelant Tales of Mystery and Imagination ; une échappée nébuleuse comme chez Badalamenti sur ce disque où l’on assiste au crépuscule du rêve de mandarine, le groupe oscillant ensuite entre saynètes new age et musiques de films, loin des mystères de l’insondable Phaedra.

Tangerine Dream – Rubycon

Un an après le légendaire Phaedra, Tangerine Dream franchit le Rubycon en deux mouvements sobres et envoûtants. Façonné le long d’arpèges aussi répétitifs qu’imprévisibles, Rubycon Part. 1 évolue au gré de courants aérés, intuitifs annonçant une Part. 2 plus sombre, où des voix maussades se renvoient la balle et l’on rebondit contre des murs mous, engagés sans gouvernail dans un couloir réverbéré… Assimilé à « l’école de Berlin » et plus doux qu’un Yeti, paru la même année qu’Another Green World dont certains titres partagent le climat, Rubycon fait le vide le temps d’un voyage épuré dans l’espace ; à moins que ce ne soit vers le centre d’une goutte de lait bleue, en suspension sur la pochette et photographiée par Monique Froese.

Tangerine Dream – Phaedra

Formé à Berlin en 1967 par le compositeur allemand Edgar Froese, Tangerine Dream est un groupe de musique électronique précurseur du genre ambient. D’abord rattaché au krautrock entre Can et Kraftwerk, ce groupe à géométrie variable fait un détour par le rock psychédélique avant d’adopter un son caractéristique constitué de mellotron et autres synthés Moog, sous la houlette de Christopher Franke et Peter Baumann… Paru en 1974, leur cinquième album Phaedra propose une flânerie en quatre morceaux dont le titre éponyme occupait la première face du vinyle et où l’on se perd dans des abysses de boucles cosmiques, une jungle laconique rappelant Beaver & Krause… Plongée sans filtre vers les sources qui vont inspirer Jarre et où les marées se figent non loin du Devil’s Triangle avant de faire silence, pour une atmosphère unique aux respirations multiples.