Talk Talk – Asides Besides

Après Spirit of Eden et Laughing Stock, salués par la critique mais boudés par le grand public, Talk Talk se disloque et laisse la maison de disque se débrouiller avec les lettres de réclamation… Sept ans plus tard, dans la foulée de la sortie de l’album solo de Mark Hollis, EMI publie ce double cd contenant 12 versions longues et 16 raretés ou inédits de la première époque du groupe… La production est cristalline et l’on retrouve avec joie les versions extended de Such a Shame et It’s my LifeLife’s What you Make it ou Happiness is Easy… Parmi les raretés, My Foolish Friend se démarque ainsi que son étonnante face B au piano (Call in the Night Boy) ; mais aussi les emballements new wave de Question Mark et It’s Getting Late in the Evening, ou encore la finesse de For What it’s Worth… Aussi et en dépit de quelques ratés, ces 2 heures 23 permettent d’embarquer pour un dernier voyage sur la comète Talk Talk ; à ne pas confondre avec l’infâme compilation History Revisited: The Remixes, parue en 1991 sans l’autorisation du groupe, lequel aura gain de cause en justice et fera retirer toutes les copies du marché.

Talk Talk – After the Flood

Sorti dans la foulée de Laughing Stock, ce digipack limité à 1000 exemplaires comprend trois cd de deux titres, offrant deux inédits par rapport à l’album précité… Stump est une improvisation post rock où des harmonicas se lamentent dans un hangar désaffecté, un combat de ressorts et une cacophonie rappelant Cutaway avant de s’arrêter brutalement ; 05-09 étant manifestement inspiré de New Grass, avec ses pulsations d’horloges et des samples à l’envers évoquant Revolver… Ces curiosités mises à part, l’objet permet d’apprécier le trait de James Marsh qui a dessiné toutes les pochettes de Talk Talk ; cet arbre qui fait écho à celui de Spirit of Eden en incorporant des oiseaux représentant les cinq continents, épure chatoyante à l’image de la poésie universelle de Mark Hollis… Devenu rapidement introuvable, le coffret After the Flood a été remplacé par Missing Pieces en 2001, sur lequel on trouve en supplément le superbe Piano, inédit à moins de posséder déjà AV 1, auquel cas il devient lui aussi redondant.

Talk Talk – Laughing Stock

Paru en 1991, le dernier opus de Talk Talk commence par 17 secondes de silence. J’ai 22 ans lorsque je le découvre, occupé à disposer les pièces d’un puzzle représentant un tableau de Brueghel ; « 17 seconds, a measure of life » disait Robert Smith… Un accord à la guitare suivi d’un alto, dès Myrrhman la voix de Mark est réduite à sa quintessence, parsemant ses mots entre désespoir et rédemption. Ascension Day éblouit par ses percussions suivies du rythme laiteux d’After the Flood, son chant mystique avant l’ascétique Taphead en proie à l’inconnu, une trompette infernale avant le plus beau hiatus… New Grass et Runeii emportent vers un piano décharné où Hollis est a peine audible et pourtant, on se sent au plus près de sa respiration… Comme Spirit of Eden qu’il est recommandé d’écouter en premier, Laughing Stock a été produit par Friese-Greene et Phil Brown, Hollis et Lee Harris entourés d’une douzaine de musiciens après le départ de Paul Webb. Aussi sublime que Tago Mago, Rock Bottom et Ting réunis, peu de disques m’inspirent autant de respect et il fallait bien ça pour célébrer mon millième billet musical, sept ans et demi après avoir initié cette mélomanie avec A Certain Ratio.

Talk Talk – Spirit of Eden

Après le succès de The Colour of Spring, Talk Talk a tout pour plaire et remise pour de bon les synthés au profit de violons et de guitares, d’un harmonium et d’un harmonica, de chœurs anglais… Avec sa trompette et son lit de cordes discret, l’ouverture de The Rainbow me fait penser à Henryk Górecki ; enchaînée par des accords rappelant Dead Man avant l’éclosion du chant où Mark Hollis est recueilli, accompagné d’un piano et d’une batterie grêle. Subdivisé en trois parties, ce morceau fondateur de la seconde époque de Talk Talk se poursuit avec Eden qui se déplie sans hâte, tel un éventail révélant les détails d’un motif à chaque fois différent ; qui culmine avec Desire et son final de percussions aux paroles lacérées. « I’m just content to relax than drown within myself… » Inheritance m’évoque l’amitié et I Believe in You invite à affronter le monde tel qu’il est ; Wealth enfin est terrien, mélancolique à l’orgue avec le timbre de Mark en maître de l’émoi… Paru en 1988 après un an d’enregistrements au gré de sessions improvisées, Spirit of Eden s’écoute comme une histoire sans début ni fin, un flux de conscience entre jazz et folk, fusionnel et post rock. Une mue. Une révélation. Un cadeau somptueux.

Talk Talk – London 1986

Il a fallu attendre treize ans pour disposer d’un enregistrement du concert de Talk Talk au Hammersmith Odeon, mettant fin à l’existence d’un bootleg de qualité douteuse…  Chacun des huit morceaux que contient London 1986 prend le temps d’épanouir ses variations, dès Tomorrow Started qui démarre au piano avec Mark Hollis sorti de sa bulle le temps d’une audition sur Terre. D’autres solos font merveille, de l’électrisant Does Caroline Know? à Give it Up où tout résonne plus fort que la version studio… It’s my Life est allongé et son tam-tam réverbéré embraie vers une intro surprenante de Such a Shame, suivie de digressions à l’orgue et à la basse avant de conclure avec Renée qui parvient à imposer ses silences, la salle de concert devenant temple de l’émotion même si parmi le public, une poignée d’ivrognes siffle son incurie, s’étant cru à un concert de Depeche Mode… Mais Hollis reste impassible, concentré avec la même ardeur qu’un Dominique A. du temps où il me remuait ; terminant bravement ce témoignage sonore d’un groupe dont c’était la dernière tournée.

Talk Talk – The Colour of Spring

Deux ans après It’s my Life, pour son troisième album Talk Talk s’est entouré d’une dizaine de musiciens en renonçant pour l’essentiel aux synthés pop ; Mark Hollis et Tim Friese-Greene se partageant l’utilisation de claviers analogiques tels que le mellotron, l’orgue ou le melodica… Un rythme organique et des cordes qui résonnent, un tambourin et des chœurs d’enfants, des réserves sur la croyance en l’au-delà : Happiness is Easy… Posé au premier plan, le chant prend à la gorge sur I Don’t Believe in You et Chameleon Day coulé entre cri et murmure ; la guitare et le piano contents de Life’s What you Make it explosant comme l’Ode à la Vie de Bashung. « Yesterday’s faded. Nothing can change it… » Tim au piano et Hollis au vibraphone personnifient l’arrivée du printemps (April 5th) ; l’harmonica de Mark Feltham poursuivant cette mue combinée aux guitares sèches (Living in Another World). Les chœurs des Ambrosian Singers (Time it’s Time) produisent un effet entre Avalon et Controlling Crowds, concluant ces quarante-six minutes baroques et romantiques avant la prochaine gifle musicale du groupe le plus libre du moment.

Talk Talk – It’s my Life

Le second album de Talk Talk paraît en 1984, It’s my Life qui les consacre avec les singles It’s my Life et Such a Shame. Le producteur et claviériste Tim Friese-Greene a remplacé Simon Brenner, ajoutant une touche ambient à certains morceaux, aidé des contributions de Robbie McIntosh à la guitare et Henry Lowther à la trompette… Des éclats de flûtes annoncent Dum Dum Girl, le tam-tam de Such a Shame n’est pas loin, son souffle tropical et cet éléphant synthétique gravé dans l’histoire de la new wave, ses paroles sur le hasard inspirées par le roman The Dice Man de George Cockcroft… Un coup de tonnerre et des oiseaux qui s’envolent, une basse délicate et audible : quand la relation devient une menace, It’s my Life ou la réaffirmation de soi… J’aime aussi le portrait de Renée et son piano dépouillé, l’intimité de Does Caroline Know? ou Tomorrow Started et ses silences, son rythme contenu avec solo de trompette ; mais aussi Call in the Night Boy avec son piano foufou rappelant The Caterpillar… Un disque tiraillé entre l’élan de The Swing et l’introspection de The Hurting, où de nouvelles pistes sont en germe. « It’s my life, it never ends… »

Talk Talk – The Party’s Over

Formé à Londres en 1981 par Mark Hollis au chant, Lee Harris à la batterie, Paul Webb à la basse et Simon Brenner aux claviers, Talk Talk est un groupe britannique dont la brève existence a changé ma perception de la musique. Ils signent leur premier opus chez Emi en 1982, The Party’s Over en plein courant synthpop et où ils vont faire leur trou ; une ardeur insolite se dégageant dès le premier titre (éponyme) porté par la voix de Mark Hollis qui va conduire ce groupe là où personne n’était allé avant eux, également parolier et co-auteur de la plupart des morceaux. Un mélange de fièvre retenue qui lui fait chanter l’enfance (It’s so Serious) et l’urgence (Today), le doute (The Party’s Over) et la défaite (Hate) avec la même grâce ; l’ouverture dantesque de ce dernier titre me faisant frissonner à chaque fois… Des synthés capables d’allégresse et un piano élégant, des percussions subtiles et un son lumineux pour un album où l’entrain est une façade ; terminé par Candy qui n’était peut-être qu’une tricheuse car même avec les paroles dans le livret, leur poésie est à double tranchant… Distançant sans effort Alphaville ou Duran Duran, il y a déjà dans ce disque quelque chose qui n’appartient qu’à Talk Talk.