Syd Barrett – Opel

Paru en 1988, Opel regroupe à la fois des titres inédits et des versions alternatives à celles déjà présentes sur les deux albums officiels de Barrett : The Madcap Laughs et Barrett. Pour autant, les variations sont bien réelles entre le retour d’interprétations brutes de décoffrage comme Birdie Hop, une ballade touchante, ou bien Milky Way et sa guitare enfantine ; Let’s Split qui comme son nom l’indique est réellement coupée en son milieu par Syd lui-même… Si l’on ajoute l’inventaire déclamé de Word Song, l’instrumentale de Golden Hair et la chanson titre Opel, aussi aboutie que peuvent l’être Terrapin ou Baby Lemonade, on obtient bien un troisième album qui tient la route et contient comme les autres un dernier quart d’heure de prises de son expérimentales. De quoi puiser longtemps aux sources de celui qui fut à l’origine du plus grand groupe de rock psychédélique. Conçu par Phil Smee, le livret est à la hauteur des deux précédents.

Syd Barrett – Barrett

Sorti la même année que The Madcap Laughs, le second album de Syd Barrett n’était sans doute pas dicté par une quelconque urgence commerciale, on a pourtant le sentiment qu’il fallait faire vite, et continuer à saisir ce qui pouvait encore l’être… Il en résulte un disque moins écartelé que le premier, où les chansons se succèdent à un rythme plus serein, de la triste et tranquille Baby Lemonade à une lancinante partie de Dominoes, mon morceau préféré avant la récitation de Rats qui nous submerge tandis que Gigolo Aunt ramène au style attendu des Pink Floyd ; et l’on sent bien que le groupe est plus à son aise que l’autre fois, sur cet album où ils sont à nouveau venus donner de l’écho aux soubresauts de l’éternel ami qui renaît et puis s’en va d’un titre à l’autre, dans un état de grâce rendant ce disque plus abordable que le précédent… Couverture et livret sont à nouveau signés du collectif Hipgnosis, avec des photos remarquables.

Syd Barrett – The Madcap Laughs

Syd Barrett est né à Cambridge en 1946. Il retrouve son ami d’enfance Roger Waters vingt ans plus tard, ainsi que Rick Wright, Nick Mason et Bob Klose au sein du futur groupe Pink Floyd. Il compose l’essentiel de leur premier album, The Piper at the Gates of Dawn, mais son usage prolongé du LSD aura raison de lui qui enregistrera encore deux albums solo avant de se retirer du milieu artistique, menant une vie solitaire et anonyme jusqu’à sa mort en 2006… Seul maître à bord de The Madcap Laughs en 1970, Syd donne le ton dès Terrapin, lente confidence aux abois portée par une guitare éplorée, au contraire de Love You enjoué comme une comptine… No Man’s Land se déclare en une minute avant de s’évanouir dans un monologue maison, là où If it’s in You est vite avorté dans un déraillement troublant, qui retombe comme disparaissent les pièces d’un puzzle dont on ne verra jamais le motif. Une sincérité que les instruments essaient de suivre au plus près, incluant les hésitations de ce « fou qui rigole », littéralement le titre de cet album auquel on finit par s’attacher.