Serge Gainsbourg – You’re Under Arrest

Dernier album de Gainsbourg, You’re Under Arrest paraît en 1987. Enregistré entre Paris et New York, il y distille à nouveau un son funk où les guitares slappent sans modération, incorpore des synthés new wave et rehausse le tout avec les choristes américains caractéristiques du précédent opus, qui entonnent le titre des chansons tandis que Gainsbarre déroule des textes plus ou moins inspirés, à la thématique désormais prévisible (Suck Baby Suck, Five Easy Pisseuses, Glass Securit…) Un morceau surnage de ces délires mineurs : Gloomy Sunday d’après le Hongrois Rezso Seress ; quant à la reprise de Mon Légionnaire, on se rendra directement chez Piaf… Loin de la poésie d’Histoire de Melody Nelson, cet album s’écoute comme l’ultime curiosité du plus célèbre fumeur de Gitanes, lequel ne survivra pas à son cinquième infarctus, quatre ans plus tard à l’âge de 62 ans.

Serge Gainsbourg – Gainsbourg Live

En 1984, Gainsbourg adopte un style funk rock et aligne les tubes Harley David (Son of a Bitch), Sorry Angel ou Love on the Beat sur l’album du même nom. Musicalement ce n’est plus tellement innovant mais peu importe, désormais c’est « Gainsbarre » qui se charge de la promotion, réclamé par toutes les chaînes de télé depuis qu’il y a brûlé en direct un billet de 500 francs, ou tenu des propos un peu lestes à Whitney Houston invitée chez Drucker… Paru en 1986, le double 33 tours Gainsbourg Live reprend son dernier tour de chant au Casino de Paris, dont la playlist ratisse large et cela évite de trop se focaliser sur les morceaux de Love on the Beat, qui trouvent vite leur limite à l’exception du génial I’m the Boy, majoré ici d’un solo inaugural de 2 minutes à la guitare basse. Un concert où Gainsbourg nous émeut avec Ballade de Johnny-Jane et Je suis Venu te Dire que Je m’en Vais, nous conquiert avec Marilou sous la Neige et pour finir nous chamboule avec La Javanaise qui termine ce concert en beauté, lequel a bénéficié d’une prise de son enveloppante et d’un auditoire complice.

Serge Gainsbourg – Aux Armes et Cætera

Aux Armes et Cætera est le treizième album studio de Gainsbourg. Publié en 1979 à la suite d’un voyage en Jamaïque, où il l’enregistre en quelques jours aux côtés de Sly and Robbie, cet album marque l’apparition du reggae en France. Outre la réputation sulfureuse de la chanson éponyme, somme toute un peu surfaite, les textes de Des Laids des Laids, Daisy Temple ou encore Pas Long Feu collent parfaitement à cette musique alors nouvelle, dans une ambiance débridée qui rend la poésie de Gainsbourg familière… Deux ans plus tard paraît l’album Mauvaises Nouvelles des Étoiles, toujours en mode reggae et avec là encore les I Threes, un trio vocal emprunté à Bob Marley. La continuité est totale et de les avoir regroupés sur un seul cd était évident ; Overseas Telegram ou Shush Shush Charlotte sont de petits coups de poings au cœur, tandis que les élucubrations de Toi Mourir ou de Strike font sourire, pour ne rien dire des prouesses naturelles d’Evguénie Sokolov. « Quand on me dit que je suis moche, je me marre doucement… »

Serge Gainsbourg – Histoire de Melody Nelson

Onzième album de Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson paraît en 1971. Quatre ans plus tôt, il croise Brigitte Bardot et publie Initials B.B. avec les tubes Comic Strip et Bonnie & Clyde ; puis c’est la rencontre avec Jane Birkin et Je t’aime… Moi non plus. Ils vivront dix ans ensemble et c’est au début de leur idylle que Serge écrit Histoire de Melody Nelson, un drame érotique en 7 actes se déroulant comme les chapitres d’un roman miniature, où l’esprit de Nabokov plane au-dessus d’une musique variable comme un ciel d’orage, psychédélique et symphonique où orgues, guitares et violons conduisent à une apothéose de chœurs tragiques… Serge parle autant qu’il chante, sa muse Jane B. lui donne la réplique puis incarne jusqu’au bout le personnage de Melody, lolita fantasmée et ambiguë jusque sur la magnifique couverture du disque : autant d’ingrédients qui en font le concept album français des années 70, aux côtés de La Mort d’Orion de Gérard Manset et Obsolete de Dashiell Hedayat.

Serge Gainsbourg – Couleur Café

En 1963, Serge est Chez les Yé-Yé et l’indique d’emblée sur son cinquième album Gainsbourg Confidentiel. Avec Michel Gaudry à la contrebasse et Elek Bacsik à la guitare, le style est nettement jazz et Le Talkie-Walkie ou La Fille au Rasoir font penser à une complainte du progrès post-vianesque, tandis que si la rythmique du Scenic Railway peut évoquer Brassens, du côté des paroles on en est loin. Un album de remplissage avec des jeux de mots dont même Bashung n’aurait pas voulu ; heureusement suivi de Gainsbourg Percussions en 1965, où ce dernier accommode son espièglerie retrouvée au folklore africain… De Là-bas c’est Naturel où « chacune est en deux pièces moins une » à Pauvre Lola avec le rire de France Gall qui va remporter l’Eurovision l’année suivante ; des Sambassadeurs à Tatoué Jérémie et Couleur Café, sans oublier les percussions de Joanna, Marabout et New York USA, signées du Nigérien Babatunde Olatunji et que Gainsbourg va s’approprier sans autorisation… Deux albums regroupés sous le titre Couleur Café ; un cd qui vaut surtout pour sa seconde moitié, fût-elle associée à un pillage pas très fair-play.

Serge Gainsbourg – La Javanaise

Paru en 1961, L’Étonnant Serge Gainsbourg confirme son habileté de parolier avec La Chanson de Prévert pour la poésie, Viva Villa pour l’espièglerie et En Relisant ta Lettre pour l’humour pince-sans-rire ; mais aussi un talent certain pour les emprunts avec Chanson de Maglia que l’ont doit à Victor Hugo, et avec encore plus de réussite Le Sonnet d’Arvers de Félix Arvers… Il enchaîne l’année suivante avec Serge Gainsbourg n°4, où Requiem pour un Twister et Ce Grand Méchant Vous tiennent la corde, parmi le jazz de Black Trombone et les allures classiques des Goémons, où Jacques Brel n’est pas loin… Regroupés en un seul cd sous le titre inapproprié La Javanaise (écrite pour Juliette Gréco, celle-ci y figure en bonus mais Gainsbourg l’a seulement sortie en 45 tours), ces deux albums consacrent un peu plus la veine de l’artiste écorché, chanteur encore ignoré du grand public mais qui lentement fait son petit trou.

Serge Gainsbourg – Le Poinçonneur des Lilas

Serge Gainsbourg est un auteur-compositeur-interprète français né à Paris en 1928. Ses parents sont des immigrants russes, il est initié à la musique par son père pianiste de music-hall puis se retrouve confronté aux horreurs de la guerre, contraint de porter l’étoile jaune à l’âge de 14 ans… À la libération, il s’inscrit aux Beaux-Arts en vue de devenir peintre, mais sa fréquentation des cabarets lui fait découvrir Boris Vian et il est bientôt engagé au piano… Paru en 1958, son premier album Du Chant à la Une ! contient les impérissables Poinçonneur des Lilas et Du Jazz dans le Ravin, mais malgré le soutien de Vian il ne rencontre pas son public… Serge fait ses armes sur scène, au cabaret mais aussi en première partie de Brel ; en 1959 paraît Serge Gainsbourg n°2 avec Le Claqueur de Doigts, Mambo Miam Miam et L’anthracite. Regroupés sur un cd intitulé Le Poinçonneur des Lilas, au sein de la première intégrale De Gainsbourg à Gainsbarre parue en 1989, ces premiers albums comptent de nombreux textes ciselés dans la langue, orchestrés au gré de rythmes cosmopolites. « Y a du whisky dans la boîte à gants, et des américaines t’as qu’à taper dedans… »