Scott Walker – The Drift

Après nous avoir laissé onze ans pour ouvrir l’huître Tilt (si l’on excepte sa participation au sous-estimé Pola X de Leos Carax, aux côtés de Sonic Youth), Scott revient avec The Drift où se condensent ses humeurs bilieuses depuis la charge guerrière de Cossacks Are à une tempête de percussions où du vent et un ouragan recouvrent les mots (Clara) ; des violons tempérant le noir puis le réamplifient avec le chant de Vanessa Quinones ; l’ambiance claustrophobique se répétant avec Jolson and Jones… Le bugle de Cue n’est pas fait pour rassurer et des enfants couinent sur Hand Me Ups, des mains clappent avant le goutte à goutte électrique de Buzzers ; d’autres installations sévissant sur Psioratic, chocs de barres métalliques avec une voix qui chevrote et une flûte sourde à toute rumeur, tandis que The Escape et son harmonica chétif préparent à l’agonie d’un canard égosillé, ténébreux avant les susurrements d’A Lover Loves… Paru chez 4AD en 2006, le cd est accompagné d’un livret fastueux où l’on découvre les obsessions de Walker dont le chant semble porter tous les malheurs du monde ; musicalement sans équivalent, cette dérive est une tabula rasa striant nos pauvres certitudes.

Scott Walker – Tilt

En 1995, Tilt propulse Scott Walker dans le cercle fermé des génies vivants, aux côtés de Mark Hollis et Tortoise… Farmer in the City rend hommage à Pasolini, la ballade est sombre mais conserve une certaine harmonie avant les stridences de The Cockfighter… La décomposition progresse d’un cran avec Bouncer See Bouncer ; le chant là aussi contaminé par un cauchemar sonore entre bruissements et cliquetis, renforcés par la batterie torpide d’Ian Thomas… Un orgue abyssal (Manhattan) et une flûte bawu (Bolivia ’95) ; entrecoupée de mots cascades, la ballade émolliente de Patriot (A Single) précède Tilt en chute libre… Avec de nombreux musiciens à sa disposition, comme un Owen Pallett sans allégresse Walker signe un album avant-gardiste mais sans surcharge, d’une violence posée et où chaque effet a été pesé ; à mastiquer longtemps, cru et sans citron.

Scott Walker – Climate of Hunter

Quatorze ans après Scott 4 et un retour en arrière avec les Walker Brothers, Scott s’extrait du désert et ramène un album tanné comme le cuir de Rawhide, où sa voix caverneuse lutte avec un paysage énigmatique… Synthés ambient et saxo animent Dealer avant la  lenteur occulte de Sleepwalkers Woman ; Track Five serpente comme Script for a Jester’s Tear et Track Six progresse en me rappelant l’ambiance de Subway ; le disque s’achevant sur un Blanket Roll Blues épuré, définitif et que pourrait chanter Tom Waits dans le rôle de Walden… Entouré de jazzmen auxquels il a demandé d’enregistrer sans avoir connaissance des morceaux dans leur ensemble, Walker signe un album équilibré et fantomatique, dont la structure vacille deci delà, imperceptiblement… Nous avons la chance de ne pas avoir à patienter onze ans avant d’écouter son prochain opus, où pour notre plus grande joie il va aller encore plus loin.

Scott Walker – Scott 4

Scott Walker est un auteur-compositeur-interprète américain né à Hamilton en 1943. Enfant curieux, il s’intéresse au jazz et au cinéma de Fellini, apprend la guitare basse et rejoint en 1964 le groupe pop Walker Brothers ; démarre une carrière solo trois ans plus tard où il interprète entre autres les chansons de Jacques Brel… Paru en 1969, Scott 4 propose des morceaux originaux et enchante par son style orchestral, baroque dès The Seventh Seal qui fait référence à la célèbre partie d’échecs du film du même nom d’Ingmar Bergman… On Your Own Again m’évoque Watertown et lorsque sa voix de baryton fredonne Angels of Ashes, Scott s’impose en interprète détaché, serein mais aussi engagé avec Hero of the War ; depuis cette planète sonore déjà singulière et où il va bientôt faire sa propre révolution… Apprécié de David Bowie, ce disque s’écoute très bien entre Van Dyke Parks et Richard Hawley. « I was so happy, I didn’t feel like me… »