Scanner – Rockets, Unto the Edges of Edges

Onze ans après Sound for Spaces, Scanner revient avec huit titres denses et contrastés, à commencer par Sans Soleil où  ses fredonnements rappellent Henri Texier le long de la guitare intimiste de Michael Gira… Avec ses cordes évoquant autant Robert Fripp que Craig Armstrong, Pietas Ilulia prend son temps avant le grand moment lyrique offert par la soprano Patricia Rosario sur Anna Livia Plurabelle, du nom d’un chapitre de Finnegans Wake… Le violon de Broken Faultline me fait penser à Mich Gerber, suivi d’une leçon de cordes progressives bien saucées, avec sonar et rythmes endiablés : Through your Window et ses arpèges d’une efficacité baroque… Rockets, Unto the Edges of Edges est un album éclatant et murmuré, où Robin Rimbaud a posé sa patte agile dans le cercle de la musique classique.

Scanner – Sound for Spaces

En 1998, Scanner publie Sound for Spaces et tire un trait sur ses piratages téléphoniques, proposant une suite de performances sonores remarquables. L’instrumentale Documenta X fait penser à Global Communication, jouée à l’occasion d’un symposium pour la radio allemande hr2, aux côtés entre autres de Pauline Oliveros… Les palpitations d’Incarceration évoquent les impasses du milieu carcéral ; avant la lecture d’un texte saisissant de Paul Auster (Rivers & Bridges) au sujet du destin tragique de John Roebling, l’architecte du pont de Brooklyn. Invisible Choirs est plus musical, fait de variations lentes comme une sourdine freinant le temps ; mais le moment fort de cet album se nomme A Piece of Monologue, un texte de quinze minutes écrit par Samuel Beckett en 1979 et lu ici dans son intégralité lors d’une émission radiophonique, Robin y ajoutant sa musique éthérée. Infini, bouleversant et à écouter d’abord pour la musicalité de la langue, puis si l’on en dispose avec le texte sous les yeux… Les accrocs de Disclosure referment ce disque littéraire comme il en est peu, ardu et envoûtant. « Birth was the death of him… »

Scanner – Delivery

Deux ans après Spore, Robin Rimbaud poursuit ses mélanges originaux sur l’album Delivery. Après deux jingles dont celui d’une sonnerie de téléphone à l’ancienne, nous partons pour des instrumentales colorées (Treble Spin puis Fingerbug dans l’esprit de Röyksopp) ; suivies du monologue d’un homme esseulé s’adressant à Heidi dont on n’entend pas les réponses, fruit d’un nouveau détournement de conversation dans la lignée de Spore, sur une musique laconique… Les basses saturées de Barcode évoquent Red Snapper et le téléphone sonne occupé sur Radio Sprite, il y a aussi Affaire où l’on croit reconnaître les voix d’une autre discussion piratée ; car plus on écoute Scanner et plus on se sent étrangement proche des protagonistes, même si deux morceaux seulement ont repris ce procédé sur Delivery où les ambiances contemplatives ont gagné du terrain (Throne of Hives et My Lost Love Hunting Your Lost Face). Mais même s’il n’a pas l’éloquence du précédent, avec ses rythmes electro et ses trompettes évanescentes ce nouvel opus confirme le style singulier de Scanner.

Scanner – Spore

Né à Londres en 1964 et plus connu sous le nom de Scanner, Robin Rimbaud est un compositeur de musique électronique britannique. Passionné de cinéma et de littérature d’avant-garde, il figure sur une compilation aux côtés de Nurse With Wound en 1986 ; avant de publier un premier album éponyme six ans plus tard. Son surnom est dû à l’inclusion de conversations téléphoniques dans sa musique, captées à la dérobée et dont on a plusieurs exemples sur son troisième album Spore, paru en 1995… Ça commence avec deux hommes qui plaisantent au sujet d’une tierce personne (Full Fathom), suivis d’une plage ambient ponctuée de rythmes en boîte ; un enfant reprenant brièvement la parole. Après un grésillement, 915.675 enchaîne sur une conversation graveleuse entre un couple d’amoureux, parsemée de grondements de tambour et de vrilles installant une atmosphère orageuse… Lacuna est émaillée d’échos et l’on se dispute âprement sur Flyjazz entre chasse d’eau, ellipses et vols de mouches ; pour ne rien dire de Pudenda… Voyeur sans doute mais ô combien musical et autrement plus cool que Merzbow, Spore palpite et fascine.