Robert Wyatt – Dondestan (revisited)

Six ans après Old Rottenhat, Robert Wyatt revient avec son cinquième album Dondestan « revisité » en 1998 avec l’aide de Phil Manzanera, expliquant dans le livret qu’il était insatisfait de la production originale. Le mixage a certes gagné en clarté mais pour qui connaissait par cœur la première version, ces changements sont clinquants sur Costa et surfaits sur Shrinkrap dont la force initiale a beaucoup perdu… Avec son dessin naïf en couverture, signé de la fidèle Alfie qui a aussi écrit la moitié des titres, l’album reste bourré d’intentions politiques (N.I.O., Dondestan, Left on Man) et poétiques (Sign of the Wind, Catholic Architecture) ; avec en queue de cortège un Lisp Service mis en musique par le camarade Hopper… Un an avant cette revisitation, Wyatt a publié Shleep où lissages et ornements se sont encore amplifiés, et que j’ai petit à petit oublié d’écouter.

Robert Wyatt – Old Rottenhat/Work in Progress

En 1985, Robert Wyatt signe Old Rottenhat, un album engagé qui démarre avec Alliance, chanson bouleversante et désenchantée sur l’exploitation de l’homme par l’homme. The United States of Amnesia n’est pas plus tendre et East Timor prend au ventre, le melodica de l’instrumentale Speechless arrivant comme un poumon avant The Age of Self et The British Road, autres monstres à écouter dans le noir avec Gharbzadegi et le tendre clin d’œil P.L.A… Nourri de références politiques, cet album d’une grande unité s’apprécie aussi en toute indépendance, où Wyatt excelle aux percussions comme aux claviers, facteur lyrique distribuant son timbre reconnaissable entre tous, tel un Roger Hodgson avec la gravité en plus… Un album indispensable et qui tutoie Rock Bottom, étrangement compilé en 1993 sous le titre Mid-Eighties sur lequel figurent 2 inédits et les 6 titres de l’ep Work in Progress, dont on retiendra la mélancolique Te Recuerdo Amanda, en espagnol dans le texte ainsi que la reprise de Biko, sans oublier le tourment rural qui perdure un certain temps après avoir écouté l’indescriptible Pigs… « How can I rise if you don’t fall ? »

Robert Wyatt – Ruth is Stranger than Richard

Après l’illustre Rock Bottom produit par Nick Mason, en 1975 Robert Wyatt publie son troisième opus Ruth is Stranger than Richard. Le cd commence par la face consacrée à « Richard », où Wyatt échauffe sa voix de tuyau sur Muddy Mouse et perfectionne ses aboiements jazzy avec Muddy Mouth ; nous entraîne dans des Solar Flares où chant et piano sont à l’unisson, une cloche de vache faisant office de métronome mélancolique… La pompe est funèbre avec 5 Black Notes and 1 White Note, comme chez Bregovic avec des cuivres ralentis et la contribution de Brian Eno ; Soup Song appartient à « Ruth » et s’avère badine, suivie de l’instrumentale Sonia et son saxo alto, sa clarinette et un bouquet de trompettes pétulant qui avec Solar Flares en font le morceau phare. La reprise de Song for Che de Charlie Haden termine sur une touche sombre tandis que nos pas écrasent les feuilles mortes, à la sortie de cet album excentrique et disparate.

Robert Wyatt – Rock Bottom

Né à Bristol en 1945, Robert Wyatt est un musicien et chanteur britannique de rock psychédélique. Il débute sa carrière au sein de Soft Machine puis forme Matching Mole (prononcer « Machine Molle »), le temps de deux albums avant qu’un accident ne le rende paraplégique en 1973… Si sa carrière solo a démarré dès The End of an Ear (composé en 1970 et plus ardu que THRaKaTTaK), c’est avec Rock Bottom que Wyatt renaîtra quatre ans plus tard… Percussions et piano sont sages, les mots se changent en vocalises (Sea Song) vers une cymbale effleurée, une ligne de basse jazzy puis la voix protéiforme d’un Wyatt étranger aux soucis du monde (A Last Straw)… Le saxo s’égosille sur la paire Alifib-Alife, comptine surréaliste aux synthés anxiogènes lorsque sa femme Alfreda Benge prend part au récit, présente tout au long du disque dont elle a signé les illustrations… Il y a aussi les deux parties de Little Red Riding Hood où trompettes et rythmes, chant partent à l’envers, une fanfare où l’on piaille avant la guitare de Mike Oldfield invité à une vraie transe rock… Meilleur album de son auteur, entre extase et douleur Rock Bottom fait grimper au rideau. « Not nit not nit no not, nit nit folly bololey. »