David Sylvian & Robert Fripp – Damage

Dix ans après Brilliant Trees, Sylvian et Fripp partent en tournée et publient Damage, un enregistrement live de grande qualité où le chant de David et la guitare de Robert scellent l’alliage du glam et du progressif. Fripp avait déjà participé à l’album Gone to Earth dont le titre éponyme a été repris ici, où il déploie ses frippertronics le long de morceaux qui prennent leur temps (Brightness Falls, Firepower…) Je songe à Gabriel sur God’s Monkey et 20th Century Dreaming semble un clin d’œil à King Crimson ; mon préféré étant Darshan (The Road to Graceland) et ses solos, ses gimmicks tutoyant les Talking HeadsMichael Brook est de la partie et certaines ambiances me rappellent le duo de l’album Glyph, Damage se bonifie à chaque écoute et se présente sous la forme d’un cd « doré à l’or 24 carats » (sic) ; inséré dans un étui embossé montrant une scène de concert au recto et un cœur au verso, très classe avec son livret de photos.

Robert Fripp – Exposure

Paru en 1979, Exposure est le premier album solo de Robert Fripp. Il se situe cinq ans après Red, le septième album des King Crimson dont il fait partie depuis 1969 ; et quatre ans après sa remarquable collaboration avec Brian Eno sur Evening Star. Ce dernier fait d’ailleurs partie des nombreux invités de cet opus touffu, aux côtés de Daryl Hall au chant sur North Star, ainsi que Peter Gabriel sur l’étonnant Here Comes the Flood, sans oublier Peter Hammill et le sacrément progressif Disengage… En combinant ainsi différents styles, Robert ne s’enferme pas dans ses recettes habituelles, sans se priver pour autant d’utiliser les « frippertronics » où des boucles de sons jouées en direct s’enrichissent réciproquement, rehaussées d’improvisations à la guitare et dont Urban Landscape et Water Music I & II sont de jolis exemples… La réédition double cd est assortie d’un copieux livret, mais la reproduction à l’identique d’une version dite remastérisée n’apporte pas grand-chose à l’original, ni les versions à peine alternatives qu’il est de bon ton d’ajouter à la fin d’un tel packaging.

Robert Fripp, Michael & Peter Giles – The Cheerful Insanity of Giles, Giles and Fripp

Né dans le comté du Dorset en 1946, Robert Fripp est un guitariste et compositeur britannique. Recruté en 1967 par les batteur et bassiste Michael et Peter Giles, qui recherchaient à l’origine un chanteur et clavier, Fripp et ces deux frères forment leur premier groupe et publient l’année suivante The Cheerful Insanity of Giles, Giles and Fripp. Inclassable et fantasque, le disque sera sans lendemain pour le trio qui voit le départ de Peter Giles et l’arrivée d’Ian McDonald, de Peter Sinfeld et de Greg Lake au sein d’un groupe qui décide de se renommer King Crimson… Mais c’est bien au sein de cette « folie gaie » que tout a débuté, où folk, jazz et pop psychédélique se mélangent tandis que de courtes séquences parlées émaillent l’album, déroulant le fil d’histoires grotesque (Rodney Toady) et absurde (Just George)… Entre la nonchalance des Moody Blues et l’humour des Monty Python, les futurs rois du rock progressif se sont offerts une tranche de légèreté, avec ça et là de belles envolées comme Suite No.1 ou Erudite Eyes.

Brian Eno & Robert Fripp – Evening Star

Paru la même année qu’Another Green World, où germaient déjà quelques graines de forêts sonores non identifiées, Evening Star et ses cinq instrumentales emportent pour de bon de l’autre côté du soleil. Seconde collaboration avec Robert Fripp, cet opus a donné ses lettres de noblesse au genre ambient, où les vingt-huit minutes du dernier titre An Index of Metals occupent la plus grande surface de ce disque qui semble n’avoir été gravé que pour en préparer le terrain, dont la pâte musicale naît d’un cumul de notes de guitares jouées en boucles, elles-mêmes remuées sans s’arrêter avec une grosse cuiller en bois en y incorporant distorsion et variations… Une dérive éreintante et superbe, après laquelle pour une retraversée paisible de l’atmosphère, je suggère Phaedra de Tangerine Dream ou Oxygène si l’on est vraiment fatigué… Le livret ne casse pas trois pattes à un canard, sauf la couverture avec ce tableau de Peter Schmidt que l’on aimerait regarder en vrai, ou au moins en grand sur un vinyle.