Richie Hawtin – DE9: Transitions

Quatre ans après Closer to the Edit, l’homme à la mèche peroxydée mène ses démonstrations à leur paroxysme avec ce nouveau mix de soixante-seize minutes intitulé Transitions. Il a quitté New York pour Berlin où après avoir saucissonné ses samples et digéré ses bandes, trimé sans relâche derrière ses écrans, tout est devenu encore plus fondu et plus inextricable, lissé à l’extrême sur cet ultime bond en avant… C’est céleste et au casque on ne voit pas le temps passer, il y a quelques ratages comme ces bruits ridicules entre les séquences Minimal Master et Tonarzt ou la voix d’un robot poivrot ; car c’est bien dans l’art du rythme que Richie excelle, le dernier tiers de l’album revenant à une unité qui scotche (de Noch Nah(r) à (D)ecaying Beauty). Ce climax mis à part, il est temps d’arrêter la machine apathique de Hawtin, car si j’aime écouter ses constructions lorsque je peins, elles n’ont pas la même espérance de vie que la folie métronomique de Terry Riley ou le charme aléatoire de LFO.

Richie Hawtin – DE9: Closer to the Edit

En 2001, Plastikman ressort les pots de peinture sonore et mitonne le second volet de ses collages techno, Closer to the Edit ou comment à partir de cent morceaux ramenés à leur plus simple expression (c’est-à-dire trois cents loops comme l’auteur l’explique dans un élégant livret en papier glacé), aboutir à un nouveau mélange dont le liant serait la mesure élémentaire… Un nouvel album binaire et dépouillé, moins squelettique que Decks, EFX & 909 grâce à un son enveloppant et toujours cette science de la transition ; même si certaines éructations agacent, geignements artificiels rompant la paix du trip (Panpot Spliff, Gelb, Grown) comme si Richie ne savait pas comment boucler la boucle… Le badigeon reste néanmoins brillant et chatouille les poils des oreilles, trempé dans des séquences colorées entre Swayzak et The Other People Place (Distortion Men, Snatch, Sulzgurtel).

Richie Hawtin – Decks, EFX & 909

Richie Hawtin est un DJ et producteur né au Royaume-Uni en 1970. Il déménage au Canada à l’âge de 9 ans, non loin de la ville de Detroit où il découvre la scène techno. Influencé par la musique de Kraftwerk et plus tard Steve Reich, il réalise ses premiers mix sous le nom de Plastikman, crée le label Plus 8 en 1990, puis Minus sur lequel paraît Decks, EFX & 909 en 1999… Un disque qui enchaîne rythmes et samples avec une éminente fluidité, composé de trente-huit pistes aux noms sibyllins (User (02)-B2, Orange/Minus 1, Killabite (002)-A1, …) et de facture minimaliste, à écouter d’une traite en remuant la tête ou bien immobile pour un moment d’introspection, en s’infiltrant à travers strates et cadences maîtrisées ; c’est calé et on pense à Autechre, mais je crois que je préfère le groove de DJ Shadow ou les scratchs adipeux de Birdy Nam Nam. « What the hell was that ? »