Richard Desjardins – Symphonique

En 2004, Richard Desjardins se produit sur scène avec un orchestre symphonique de cinquante musiciens ; tandis qu’en France l’Académie Charles-Cros lui décerne son Grand prix du disque, comme l’ont eu avant lui Brel, Brassens ou Gainsbourg… Enregistré à Montréal sous la direction de Gilles Bellemare, Richard Desjardins Symphonique condense le meilleur de l’homme et du poète à travers ses plus grandes chansons, ponctuées de ces inénarrables apartés dont il a le secret. Les versions pour orchestre à cordes de L’Homme-Canon, de Jenny ou de Tu m’Aimes-tu sont à tomber, l’ambiance est digne des grands soirs et la prise de son est excellente… La performance sera radiodiffusée au Québec où elle sera à nouveau représentée lors d’un festival en 2005, puis à plusieurs reprises en France en 2008. Un disque passionnant, gravement recommandé et qui n’est paru qu’en 2009, grâce à la participation de Radio-Canada.

Richard Desjardins – L’Existoire

Toujours impliqué dans la défense des opprimés, en 2007 Desjardins réalise Le peuple invisible, un documentaire consacré aux autochtones Algonquins, résidant dans sa région natale l’Abitibi et menacés d’extinction. Mais il n’oublie pas d’écrire et son cinquième album solo voit le jour en 2011, sous le titre exquis L’Existoire. Car des histoires à chanter, Richard n’en manque pas et riche de son expérience symphonique, il s’entoure de musiciens maniant le banjo (Développement Durable, Roger Guntacker) ou la guitare classique (L’Existoire), la flûte irlandaise (Atlantique Nord) et avec Tous les Gens de Plaisir, on a même droit à une chanson d’inspiration médiévale… Le piano n’est pas oublié pour accompagner la romance d’Elsie ou sur l’instrumentale d’ouverture (Elvira), et même si ce disque est tellement cosmopolite qu’il nous laisse un peu éparpillés, l’amour et l’humour de Desjardins y sont préservés, et l’on y découvre toujours quelque chose à cultiver.

Richard Desjardins – Forestare

L’album Kanasuta est seulement paru en France en 2005, à cette occasion Desjardins fait salle comble à l’Olympia. Entre deux chansons, il décoche quelques flèches à l’égard de la politique française, et sera qualifié d’héritier de Léo Ferré par L’Humanité… Deux ans plus tard, une quinzaine de guitaristes québecois se regroupe sous le nom de Forestare, autour d’Alexandre Ethier dont l’ambition est de rendre hommage à la nature, à la forêt, au bois dont sont faites les guitares. Desjardins est de la partie et propose les versions acoustiques de La Maison est Ouverte et Les Yankees ; Selisir de Francis Marcoux offre une rêverie feutrée tandis que Denis Gougeon nous charme avec sa Petite Musique de Nuit d’été ; il y a aussi le captivant Electric Counterpoint de Steve Reich, et de la guitare cubaine avec Leo Brouwer. Une galette complète et si j’ose dire, qui défriche hors des sentiers battus.

Richard Desjardins – Kanasuta

Cinq ans après Boom Boom, Desjardins revient avec un quatrième album solo intitulé Kanasuta, en hommage à une forêt située non loin de sa région natale, que ses efforts de sensibilisation ont réussi à préserver… Toujours accompagné de sa fidèle paire piano-guitare, Richard a confié la production de cet album au musicien Yves Desrosiers, lequel s’est entouré d’instruments aussi variés que la contrebasse, des violons, un banjo et une lap steel guitar donnant une sonorité country à la tendresse de Kanasuta, à la nostalgie d’Un Trou Perdu ou, dans un registre plus paillard, sur Eh Oui, c’est ça la Vie… En homme libre et lucide, Desjardins chante ses idéaux sans pour autant tout prendre au tragique, sondant avec la même sincérité les abîmes du cœur et ceux de la bêtise ; dans Jenny ou l’amour infini, sur le saisissant monologue des Veuves, mais aussi en chœur avec des enfants sur Nous aurons… Ce disque s’écoute comme un seul poème à feuilleter juste après grâce au livret, au risque d’avoir envie de le réentendre encore une fois.

Richard Desjardins & Abbittibbi – Chaude était la Nuit

Quatre ans après le succès de Tu m’Aimes-tu, et plus de 400 concerts au Québec mais aussi en Suisse, en Belgique et en France, Richard n’oublie pas les copains et reforme son premier groupe Abbittibbi, le temps d’un album suivi là aussi d’une tournée conséquente… Avec Francis Grandmont à la guitare, Claude Vendette aux instruments à becs, Rémy Perron à la basse et Pierre Hébert à la batterie, les accents rock, jazz et country de Chaude était la Nuit tranchent avec l’univers musical du Desjardins chanteur à textes. La poésie pourtant n’est pas loin, il suffit d’écouter le titre éponyme et l’érotique Ciego, tandis que Tu m’Dis Toujours évoque la passion qui s’érode et Caroline (le joyau de cet album) l’irrépressible appel de la liberté… Ailleurs l’album respire simplement le plaisir d’être réunis le temps d’un bœuf, comme un défouloir revigorant avant de passer à autre chose. Laissons le soin au patron de résumer la situation : « J’avais besoin de me retrouver avec ma vieille gang ! »

Richard Desjardins – Tu m’Aimes-tu

En 1990, deux ans après son premier album autoproduit, Richard Desjardins est en première partie de Stephan Eicher lors du Festival d’été de Québec. Il y fait une prestation remarquée et la dédie aux Amérindiens mohawks d’Oka, qui venaient d’être assaillis par la police pour avoir défendu leur territoire contre la promotion immobilière, dans une province à côté de Montréal… Paru dans la foulée, son second album Tu m’Aimes-tu traverse les frontières et le fait connaître en France, où j’ai eu la chance de le découvrir grâce à FIP qui passait souvent le renversant Tu m’Aimes-tu, idéal pour investir en douceur le phrasé particulier du poète québecois. Signe Distinctif et son piano lent relate une absence, Nataq découvre l’Amérique et Va-t’en Pas nous entraîne dans les remous du doute ; quant à la dernière chanson Quand j’aime une Fois, j’aime pour Toujours, un certain Francis Cabrel l’a reprise à son compte. Le bougre ne s’y est pas trompé : tout est grand sur ce disque et après l’avoir écouté, on a envie de l’offrir à tous les gens qu’on aime.

Richard Desjardins – Boom Boom

Durant la tournée qui a suivi la reformation de son groupe Abbittibbi, Richard Desjardins a été sensibilisé au problème des coupes à blanc pratiquées dans la forêt boréale. Le film documentaire L’erreur boréale qu’il réalise en 1999 crée une prise de conscience et obligera les acteurs économiques à repenser leur position, lorsque cinq ans plus tard le gouvernement confirmera son diagnostic… Entre temps, le chanteur écolo est retourné en studio pour enregistrer un troisième album solo, traversé par la grâce de part en part. De l’amour aveugle de Señorita à la déclaration d’amour de L’Effet Lisa, du plaidoyer contre l’homophobie Lomer à la dénonciation de l’oppression humaine de Charcoal : tout sur ce disque fait battre notre cœur un peu plus fort, et même un peu plus fou lorsque l’on s’éprend de La Caissière Populaire, ou de L’Engeôlière que l’on hait que l’on aime… Au salon des sentiments chirurgicaux, Boom Boom ouvre notre poitrine pour en déverser le contenu sur les fauteuils rouges du Théâtre Déjazet, où j’ai jadis eu la joie de voir Desjardins en concert.

Richard Desjardins – Les Derniers Humains

Né au Québec en 1948, Richard Desjardins est un auteur-compositeur-interprète et cinéaste. Il passe son enfance à Rouyn-Noranda dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue, à deux pas d’une des plus importantes mines de cuivre du pays, apprend le piano grâce à sa mère puis se produit dès l’âge de 16 ans dans différents orchestres. En 1976, il crée le groupe Abbittibbi qui publie l’album Boom Town Café en 1981, puis chacun repart de son côté mais Richard continue de se produire en solo, interprète ses chansons accompagné d’un piano et autoproduit son premier album en 1988, Les Derniers Humains… Chanteur engagé tant dans la lutte des classes que dans la cause écologique, ce n’est pas un hasard si ce disque s’ouvre sur une histoire d’amour dans la toundra (Akinisi) et se poursuit avec un plaidoyer contre l’oppression des peuples autochtones (Les Yankees). On m’a Oublié et Le Cœur est un Oiseau sont les autres trésors de cet opus généreux, au piano et à la guitare d’un homme droit. « Et je ne plierai que devant la beauté… »