Red House Painters – Ocean Beach

Parus dans la foulée de Rollercoaster et issus des mêmes sessions d’enregistrement, les morceaux de l’album Bridge ne sont pas indispensables à l’œuvre de Red House Painters (à part peut-être le final de Blindfold, où Kozelek se prend pour Cobain…) On retrouve les Californiens en 1995 avec Ocean Beach qui démarre tranquillement par une instrumentale folk donnant envie d’aller se promener sur la jetée (Cabezon) pour y retrouver la fille de Summer Dress, le temps d’un rêve de sable… Les souvenirs abondent à San Geronimo, une chanson pleine de vie évoquant cette petite ville située de l’autre côté du Golden Gate ; Shadows et Drop se montrant moins indulgents à l’égard des rapports humains. Et si le démon neurasthénique réapparaît avec Moments et sa magnifique tirade en queue de comète, moins assommant qu’escompté ce quatrième album est empreint d’une certaine sérénité… De là à déduire que Red House Painters est destiné au plus grand nombre, il y a un fossé infranchissable. « I can’t deny that I drift sometimes, even in these loving moments… »

Red House Painters – Rollercoaster

Moins d’un an après l’imposant Down Colorful Hill, Red House Painters revient avec un second opus éponyme, communément appelé Rollercoaster parce que sa couverture représente un grand huit en bois désaffecté depuis dix ans. Où se confirme la grâce désenchantée des compositions de Mark Kozelek et son univers peuplé de fantômes (Down Through) où le bonheur aurait pu exister (Grace Cathedral Park, Katy Song, Take Me Out) ; la perception brouillée par des guitares aqueuses tandis que les couplets se prolongent en oubliant les paroles… La tête en arrière, l’horizon se retourne dans le Rollercoaster de l’enfance, suivi des hululements de Mother qui traînent en longueur mais restent préférables à ceux de John ; Strawberry Hill relatant une solitude que l’on devine autobiographique, dans un collage poétique mêlé à un chœur de voix amateur… Surnageant entre les eaux brûlantes de Mazzy Star et le ruisseau aride de Roy Montgomery, Rollercoaster est un objet poignant de part en part, un album poignard traversé d’ellipses dont la constance rappelle un autre Mark.

Red House Painters – Down Colorful Hill

Créé à San Francisco en 1989 par Mark Kozelek (chant, guitare) et Anthony Koutsos (batterie), Gorden Mack (guitare) et Jerry Vessel (basse) ; Red House Painters est un groupe de folk américain assimilé au sous-genre du slowcore, dans la veine tranchée de Low ou The Black Heart Procession… Trois ans plus tard, une démo parvient chez 4AD qui publie Down Colorful Hill, un premier album où la douleur est annoncée dès 24, son texte et sa guitare nus, portés par la voix stagnante de Kozelek. « So it’s not loaded stadiums… » Medicine Bottle m’évoque Les Amants d’un Jour et je compatis avec les problèmes de communication de Japanese to English ; un peu plus vive Lord Kill the Pain est une prière radicale, rappelant l’ironie des Dead Kennedys… Constitué des démos à peine retouchées qu’avait reçues le producteur Ivo Watts-Russell, l’album se termine avec Michael ou le souvenir d’un ami ; refermant ce coffret intimiste et délicat, à figer le temps qui reste. « This dictionary never has a word for the way I’m feeling… »