Portishead – Third

Onze ans s’écoulent entre le second et le troisième album de Portishead, sobrement intitulé Third. Après un bref verbiage en portugais, des rythmes downtempo et une guitare touffue envahissent Silence où Beth rompt le vacarme tel un brise-lames, déroulant quelques mots avant de s’échouer brutalement… Les accords de Hunter font penser à Twin Peaks puis prennent la tangente vers une jetée imaginaire où nous attend Nylon Smile et ses questions insolubles ; ouvrant la voie à The Rip et son échappée de chevaux blancs tandis que la voix de Gibbons monte à n’en plus finir, se mêlant aux synthés en procurant un frisson analogue à Sheep… L’hélico et la batterie décomposée de Plastic font osciller le vumètre vers le krautrock, avant We Carry On dont les claviers évoquent le son des Silver Apples près de quarante ans plus tard… Deep Water flirte avec Moby comme une récréation précédant Machine Gun et sa mitraillette qui part en douille ; les échos de Threads achevant ce disque d’une grande audace, où renonçant aux tics qui avaient assuré son succès, Portishead a su consommer la rupture avec ce que l’on pensait connaître de sa musique. Un geste magistral.

Portishead – Portishead

Trois ans après la révélation Dummy, Portishead revient avec un second album éponyme poussant un cran plus loin sa marque de fabrique. L’incipit est langoureux avec les rayures de Cowboy, puis les coups de trompettes d’All Mine évoquent Propellerheads, la voix de Gibbons chevrotant comme Tom Rapp sur une guitare saturée… Les notes égrenées sur Over sèment un parterre où l’on flanche à mesure que les paroles pleuvent, les cordes éventées de Humming jetant le trouble sur nos certitudes… Immergées dans un gouffre où le piano Rhodes et les percussions orchestrent de redoutables remous (Mourning Air), nous savourons Only You comme une ballade presque ludique sur ce disque immatériel, ambivalent et dont la pâleur hante le grenier de nos souvenirs. « This uncertainty is taking me over… »

Portishead – Dummy

Portishead est un groupe de musique électronique britannique formé à Bristol en 1991 par la chanteuse Beth Gibbons, le claviériste et batteur Geoff Barrow et le guitariste et bassiste Adrian Utley. Paru en 1994, Dummy compte parmi les premiers albums représentatifs du trip hop, son atmosphère mate les plaçant dans le sillage de Massive Attack… La voix délicate, légèrement soul de Gibbons domine des synthés discrets, l’utilisation d’instruments comme le thérémine (Mysterons) ou le cymbalum (Sour Times) provoquant un alliage ardent entre cold wave et hip hop. Des samples empruntés à Isaac Hayes ou Lalo Schifrin amplifient un son travaillé sur plusieurs plans, où scratchings et loops cisèlent des titres qui marquent instantanément (Wandering Star, Numb)… S’achevant avec Glory Box et son chant éploré derrière un vinyle qui craque, Dummy déclare sa flamme sans détour avant de disparaître dans un fade out désuet.