Pat Metheny – Still Life (Talking)

En 1987, Pat Metheny prend ses distances avec ECM et une certaine idée de l’improvisation, le label de Jan Garbarek étant connu pour imposer un temps de travail en studio limité, et publie son album Still Life (Talking) chez Geffen… Si la production s’en trouve étoffée, l’esprit reste intact avec Minuano où le chant se promène de haut en bas le long de la partition. So May it Secretly Begin et Last Train Home éblouissent par leur agilité, les airs latin jazz de (It’s Just) Talk n’apportent pas grand-chose mais les murmures chantés de Third Wind transportent à la manière d’Amir selon Henri Texier… On remonte à la surface avec le piano de Lyle Mays (In Her Family), entre cymbales inversées et enjolivements new age superfétatoires ; alors même s’il ne possède pas la magie naturelle d’Offramp, cet opus offre de bons moments de jazz fusion.

Pat Metheny – First Circle

Deux ans après Offramp, entre marche militaire et cirque fou Forward March entame ce quatrième album par une trompette dissonante et un orchestre désaccordé surprenants. Yolanda, You Learn enchaîne avec son tempo nerveux et ce chant vocalisant qui suit la mélodie comme dans une bulle de Gould ; suivi des neuf minutes de The First Circle où les à-coups de caisse claire rappellent Spirit of Eden, guitare et piano soutenant des clochettes aussi tendres que chez les Nits… On pense à Ponty sur If I Could dont les cordes avancent seules sur fond de barques synthétiques, comme on marche sur la plage au lever du jour ; puis End of the Game prend le temps de s’étendre et offre un panorama grandiose… Invité à chanter sur Más Allá, Pedro Aznar rompt un peu le charme et Praise boucle la fête avec des flûtes exagérées, mais les autres titres ouvrent bien des horizons et font de First Circle un disque candide et virtuose, quoique parfois coton.

Pat Metheny – Offramp

En 1977 après son album Watercolors, Pat Metheny fonde le « Pat Metheny Group » afin d’assouvir librement ses penchants pour le jazz expérimental. Il garde l’essentiel de ses musiciens et publie Offramp en 1982, où sa guitare semble dotée de cordes vocales sur Barcarole, accordée sur une fréquence humaine… Mêlés de vague à l’âme, les glissandos synthétiques d’Are you Going with me? annoncent la lenteur émouvante d’Au Lait et ses effets de voix distants, sa batterie minimaliste ; repris en 2000 dans Le Goût des Autres d’Agnès Jaoui, il compte parmi les morceaux de jazz les plus merveilleux que je connaisse… Offramp évoque le rock progressif des King Crimson façon The Talking Drum, six minutes d’emballements concentriques avant de terminer par les vagues détendues de The Bat Part II, en flottaison sur cet opus ensorcelant paru chez ECM la même année que The Party’s Over.

Pat Metheny – Watercolors

Pat Metheny est un guitariste de jazz américain né en 1954 dans le Missouri. Il apprend d’abord la trompette, instrument de prédilection de son père, découvre la musique de Miles Davis, des Beatles et finit par préférer la guitare… Paru chez ECM en 1977, l’album Watercolors donne à entendre dès le titre éponyme le son chaud et enveloppant de guitares éclectiques tantôt pourvues de 12 cordes, improvisant sans négliger la mélodie à la manière d’un Keith JarrettIcefire propose une digression dans les aigus, tranquille et aventureuse, suivie de chœurs synthétiques (Oasis) évoquant les Signes de René Aubry… Le piano de Lyle Mays et la basse d’Eberhard Weber swinguent sur Lakes, avant Sea Song dont les étendues se diluent bien dans l’air ambré, terminant ce second album sur une note mystérieuse, porté tout du long par la batterie claire de Danny Gottlieb.