Orchestral Manœuvres in the Dark – Crush

Paru en 1985, Crush est le sixième album d’OMD. C’est aussi le dernier qui m’ait encore accroché dans leur discographie à la dérive, après avoir fait l’impasse sur Dazzle Ships et Junk Culture… Révolu le temps des audaces d’Organisation, place à la synthpop grandeur nature avec So in Love et Secret, insipides et dispensables ; Women II filant le même mauvais coton mais sa scansion assaisonnée de saxophone le rend moins niais… C’est la rythmique bien balancée de Crush qui crée la bonne surprise de ce disque, suivie de La Femme Accident chantée en anglais à part son titre, mais dont les paroles valent d’être lues… En guise de conclusion, la lenteur désabusée de The Lights are Going Out titille nos sentiments à la manière de Dressed in Black, comme le chant du cygne d’un groupe dont les manœuvres ont fini par lasser.

Orchestral Manœuvres in the Dark – Architecture & Morality

Troisième album d’OMD, Architecture & Morality est un disque schizophrène où balades atmosphériques et saillies pop alternent avec une régularité binaire… Les voix aériennes de The New Stone Age flirtent à la limite de la dissonance ; la mélodie de Souvenir défie le temps, inoubliable écrin de mémoire nourri au pouls de Radioactivity. Sealand est lente et son mellotron évoque les King Crimson, cet instrument étant aussi repérable sur Joan of Arc (II). Le titre éponyme dépouille vers The Beginning and the End et son tic tac évanescent, des instants soignés dont on est distrait par d’autres morceaux typés se rapprochant de Depeche Mode (She’s Leaving, Georgia…) Malgré une incursion originale dans le rock progressif, A&M laisse une impression de désordre écartelant ; là où l’élégante complexité d’Organisation se rapprochait de Work.

Orchestral Manœuvres in the Dark – Organisation

Paru fin 1980, le sillon tracé par Organisation prend le temps de donner corps à des paysages invisibles à l’œil nu. Pour s’en rendre compte il faut passer outre le trop entendu Enola Gay, ouvrant l’album alors qu’il aurait dû figurer sur leur précédent opus, où ses façons de Popcorn se seraient mieux fondues… Les impulsions de 2nd Thought sont plus immersives et annoncent Souvenir, ainsi que Motion and Heart qui figurait en face B de ce 45 tours qui a marqué mon adolescence… Avec son crescendo cold wave et ses paroles nimbées, Statues est un trou noir musical en bordure duquel planerait l’ombre d’Ian Curtis ; enchaîné à The Misunderstanding où la douleur des claviers est sensible, des voix rompues meublant la scène comme un entracte au sein de Reproduction… VCL XI et The More I See You donnent un peu d’air, sur le premier on dirait que Yazoo est venu faire coucou et le second renouvelle un tube de 1945 ; l’album se terminant par l’évocation de la raffinerie pétrolière de Stanlow… Témoin précieux des origines de la synthpop, Organisation surprend comme quand on a mis trop de wasabi sur un sashimi.

Orchestral Manœuvres in the Dark – Orchestral Manœuvres in the Dark

Groupe de new wave emblématique des années 80, OMD se forme en 1979 autour des amis d’enfance Andy McCluskey (chant, basse) et Paul Humphreys (chant, claviers), rejoints par le saxophoniste Martin Cooper et le batteur Malcolm Holmes. Leur premier album éponyme voit le jour l’année suivante, qui contient le single Electricity paru chez Factory où est également Joy Division, une chanson où ils préfèrent le solaire au nucléaire… Une voix chargée en échos et des boucles de pulsations dominent ce disque aux textes réfléchis, entre retrouvailles inabouties (Almost) et questions existentielles du duo fondateur (The Messerschmitt Twins) ; le tempo variant vers la pop (Julia’s Song) autant que le maussade avec Pretending to See the Future qui ressemble à All Shook Up d’Elvis au ralenti ! Moins brumeuse que la cold wave de Cure ou Cocteau Twins, la musique d’OMD prend sa source à la fois chez Neu! et Gary Numan qui les a soutenus à leurs débuts.