Orbital – Blue Album

Publié en 2004, Blue Album est le septième et dernier disque d’Orbital. En effet les frangins ont décidé de se séparer l’année après, et l’album Wonky issu de leur éphémère reformation de 2012 m’a tellement déçu que je préfère l’ignorer… Transient introduit brillamment le périple, sa transe au ralenti réminiscente des ambiances d’In Sides, et il en va de même avec la langueur paysagesque de Lost. Avec les Sparks au chant, Acid pants fait tripper sans retenue, un sentiment prolongé sur Pants et Tunnel Vision, ciselés dance. Mais cet ultime opus renferme aussi deux moments vraiment à part : You lot dont les mesures sophistiquées font place à l’extrait d’un discours que Christopher Eccleston a tenu dans le téléfilm The Second Coming, pour finir en beauté avec One Perfect Sunrise, ou la fusion du son d’Orbital avec la voix de Lisa Gerrard… Les frères Hartnoll ont inventé la techno aimable aussi par ceux qui ne danseront jamais dessus, et Blue Album en est une synthèse méchamment efficace.

Orbital – The Altogether

Sixième album studio d’Orbital, The Altogether paraît en 2001. Avec son duo de têtes de mort en couverture, on y entend chanter et c’est dansant sur Funny Break, sensuel avec Pay per View ou Last Thing ; Tootled réussit sa suite de collages et Shadows percute tout en échos. Mais le titre le plus captivant est Doctor?, qui reprend fidèlement le thème de la série Doctor Who composé par Ron Grainer, signe d’un certain essoufflement… La multiplication des morceaux courts est manifeste, tirant un trait sur les textures ténébreuses au profit de la variété, néanmoins le disque est généreux et parfois inattendu, David Gray apportant une touche soul à la Simply Red en prêtant sa voix sur Illuminate.

Orbital – The Middle of Nowhere

Trois ans après l’incommensurable In Sides, le temps a repris ses droits et The Middle of Nowhere est la prochaine escale d’Orbital. Où les frères Hartnoll renouent avec un style plus animé, laissant peu de place à la précieuse ambivalence de l’opus précédent… Les habillages vocaux s’étoffent et Alison Goldfrapp, habituée des lieux, parcourt plusieurs octaves le long de Nothing Left 1 et 2, tandis que Barbara Cohen poursuit un saxo sur Way Out. Autres invitées, les filles de Pooka répètent sans fin « I want nothing at all » et Spare Parts Express n’est pas dénué de mystère, c’est d’ailleurs le morceau à ne pas rater ; pour finir avec le frétillant Style, composé avec un stylophone et qui rappelle le son du Pocket Calculator… Le livret est réussi avec dix-huit pages de photos granuleuses signées Louise Kelly, le disque aussi même s’il campe sur les recettes familières du groupe.

Orbital – Diversions

Deux semaines après la parution des Peel Sessions et cinq mois avant son prochain album Snivilisation, Orbital surfe sur la vague en déployant une heure de Diversions. Six morceaux longue durée où les trames sonores des frères Hartnoll prennent leurs aises, revues par leurs soins sur des morceaux déjà esquissés dans les Peel Sessions, mais aussi confiées au DJ belge CJ Bolland (Lush 3.5) et surtout à Underworld, les britanniques de Cardiff proposant un Lush 3.3 à leur image, treize minutes qui n’en finissent pas de culminer et annoncent le génie dont ils feront preuve trois ans plus tard avec Born Slippy .NUXX… Comme son nom l’indique, Diversions n’est pas indispensable, mais quand on a aimé les deux premiers albums d’Orbital, il en fait partie comme une extension naturelle.

Orbital – Snivilisation

Troisième album d’Orbital, Snivilisation paraît en 1994. Les samples parlés sur Forever et I Wish I Had Duck Feet rappellent The Art of Noise, Philosophy By Numbers se la joue ambient et les pianos de Kein Trink Wasser font un concours d’accords plaqués ; les percussions dominent et le disque est marqué par des effets parfois foutraques, enthousiasmants sur Crash And Carry mais moins heureux avec la chanteuse de Goldfrapp, qui contribue paresseusement à Sad But True avant de se rattraper sur le chamarré Are We Here? Orienté techno avec un soupçon d’IDM, Snivilisation défoule mais n’emporte pas très loin, à l’exception du très organique Attached, qui boucle l’album et contient à n’en pas douter les germes du suivant.

Orbital – Orbital 2/Peel Sessions

Deux ans après Orbital, Orbital revient avec Orbital 2 et adopte un son plus élaboré, atmosphérique avec les chœurs de Lush 3.2 ou feutré comme un sitar sur Planet of the Shapes. Le début de l’album a l’air identique au précédent, reprenant en boucle une phrase du film Star Trek disant que « le temps peut devenir une boucle », en modifiant légèrement la vitesse afin d’installer un décalage allant s’amplifiant, et où l’on peut voir un hommage au travail de Steve Reich… Un peu docte, cette mise en bouche ne présage pas de la teneur divertissante de l’ensemble, Impact et Remind s’enchaînant fiévreusement vers les allègres Walk Now et Halcyon. Le morceau final est espiègle lui aussi, les frangins en ont sous le pied et pensent déjà à leur prochain opus ; non sans nous régaler d’une bonne surprise en attendant, car cette édition cd comprend une seconde galette de quatre morceaux enregistrés lors des Peel Sessions de 1994.

Orbital – In Sides

Paru en 1996, le quatrième album d’Orbital inaugure un style à lui tout seul, unique dans leur discographie et ou chaque morceau surpasse le précédent, construit sur un scénario d’une inquiétante gaité… Les pulsations étouffées de The Girl With the Sun in her Head annoncent la couleur au sein d’un mix de voix étourdissant, la mécanique infernale de P.E.T.R.O.L propulse vers les clochettes de The Box, ingénues comme une boîte à musique doublée d’un drone. Nous voilà sur une route de montagne en pleine nuit, avec l’atmosphérique Dwr Budr lorsque surgit la lenteur étoilée d’Out There Somewhere? et ses vocalises à la Cocteau Twins ; la voiture n’a plus de freins mais ça ne fait rien car la route a elle aussi disparu, jusqu’à l’échappée finale, entêtante et libératrice… Ambient et downtempo, excessivement sobre et mélodieux : In Sides s’écoute fort ou bien au casque. Ne rien prévoir d’autre pendant soixante-douze minutes.

Orbital – Orbital

Orbital est un groupe de musique electro composé des frères Phil et Paul Hartnoll, nés en 1964 et 1968 dans le comté de Kent. Je les ai découverts en 1996, avec In Sides et j’envie ceux qui ne connaissent pas encore ce joyau ; m’intéressant ensuite à l’ensemble de leur discographie tant celle-ci est riche et atypique… Leur premier album éponyme paraît chez FFRR en 1991, un an après avoir fait sensation avec Chime, composé à la hâte sur un synthétiseur de poche et que l’on retrouve sur ce cd. Techno, acid house, dance ? Oui, les débuts d’Orbital incarnent tout cela avec brio. Mais il y a quelque chose d’autre dans leur musique, qui transcende les parterres de raveurs et va se confirmer à chaque nouvel album. De celui-ci je citerais le sample des Tears for Fears sur The Moebius, la montée au climax de High Rise et ses portes d’ascenseur, ou encore la géniale imbrication de séquences dans Midnight Live : boîte à rythmes survoltée, mélodie au synthé haut perché et ligne de basse chaloupée.