Nick Drake – Pink Moon

Alors que son second album n’a pas rencontré le succès, Nick Drake se replie davantage sur lui-même, reste enfermé chez lui à jouer de la guitare en fumant de la marijuana. Diagnostiqué dépressif, il accepte de suivre un traitement et fin 1971 se dit prêt pour un troisième album, à condition de reprendre les rênes de la production. Il entre en studio avec l’ingénieur du son John Wood et enregistre son ultime opus en deux nuits, Pink Moon où à l’exception d’un bref intermède au piano, seule la guitare accompagne sa voix… Drake n’était jamais aussi heureux que lorsqu’il composait, plus encore que Five Leaves Left cet album saisit par sa tranquillité : chaque mot a été pesé, chaque note posée en douceur sur la partition d’une existence qui échappe de plus en plus au poète hypersensible, désabusé et qui ses chansons mises à part, n’aura trouvé nulle part où s’incarner durablement. Une voix inimitable qui s’est éteinte une nuit d’automne 1974, à l’âge de 26 ans suite à une surdose de médicaments dont on peut penser qu’elle n’était pas accidentelle… L’œuvre de Nick Drake sera reconnue dix ans plus tard.

Nick Drake – Bryter Layter

Un an après Five Leaves Left qui n’a connu qu’un succès d’estime, Nick Drake revient avec un album moins dépouillé, aux arrangements jazzy comme en attestent les cuivres de Hazy Jane II ou le saxo alto sur At the Chime of a City Clock. Frustré par l’échec de son premier opus, mal à l’aise sur scène où le public ne comprend pas sa musique, Nick accepte les idées de son producteur en vue d’aboutir à un second disque plus accessible, n’hésitant pas à inviter John Cale aux claviers sur Northern Sky, quitte à s’effacer derrière le jeu envahissant de l’icône du Velvet Underground, voire à se laisser affubler de chœurs guignolesques sur Poor Boy… Mais l’aura naturelle de Drake n’est pas écornée par ces sophistications, pour s’en convaincre il suffit d’entendre One of these Things First, où c’est le piano qui sert le chanteur ; ou encore la flûte accompagnant la guitare sur les élégantes instrumentales Bryter Layter et Sunday… C’est pourtant l’album mineur de Nick Drake, mais comme il n’en reste plus qu’un à découvrir, il faudrait être fou pour s’en priver.

Nick Drake – Five Leaves Left

Né en Birmanie en 1948, Nick Drake est un auteur-compositeur-interprète anglais. Son enfance se passe non loin de Londres où sa mère l’initie à la musique, à l’orchestre de l’école il apprend le saxophone et la clarinette ; vers 16 ans il achète une guitare acoustique et part étudier en France, à Aix où il se produit dans la rue avec des copains. De retour en Angleterre, il est inscrit à Cambridge mais préfère rester dans sa chambre à écrire des chansons en fumant du cannabis ; en 1967 il joue dans des clubs locaux où Joe Boyd le repère et lui fait signer son premier album Five Leaves Left, une allusion probable à la mention qui apparaît dans les paquets de papier à rouler Rizla+ lorsqu’il ne reste « plus que cinq feuilles… » Il serait impertinent d’entrer dans le détail de ce disque où tout est parfait, où l’alliage voix et guitare est abouti comme rarement avec ici un piano, là un violoncelle et des congas suivant la trame de 10 chansons inoubliables une fois qu’on les a entendues… Un désespoir élévateur, une profondeur qui fait saigner le cœur et mouiller les yeux.