Moby – Last Night

En 2005 Moby se renouvelle avec Hotel, un album de chansons convenues avec le hit Lift Me Up, dont on se dispensera pour passer directement à Last Night produit trois ans plus tard, dominé par la dance music et où le compositeur rend hommage aux DJ de New York… L’incipit est de taille, avec son riff à la Daft Punk Ooh Yeah éveille les sens et l’on se croit parti pour un grand album, riche en jonglages sonores sans empiéter sur Play ou 18. On se laisse porter par la nonchalance d’I Love to Move in Here jusqu’à l’apparition d’un couplet hip hop agaçant, le soufflet retombe et n’est plus rattrapé que par Live for Tomorrow (charnel) et The Stars (joliment étagé). On sauvera encore Sweet Apocalypse, une instrumentale qui furète du côté d’Underworld ; mais Melville nous a habitués à mieux et l’on passera un moment plus riche en réécoutant Moby, son premier album éponyme.

Moby – 18

Trois ans après Play, pour son sixième album Moby ne change pas la recette et poursuit ses assemblages de rythmes downtempo et samples vintage… Il y a la voix dépouillée de Maria Taylor (Great Escape) ou Dianne McCaulley répétant la même phrase sur tous les tons (One of These Mornings) ; Another Woman évoque la disco soul de Dimitri From Paris tandis que le titre éponyme rappelle Robert Wyatt au piano… Et si l’effet de surprise est passé, les tubes de Play ayant été exploités jusqu’à la lie ; cette façon d’accrocher en quelques mesures et de voir où va se greffer la prochaine ritournelle tient en haleine, les 18 chansons s’écoutent d’une traite non sans avoir livré de nouvelles pépites : In My Heart où l’on retrouve le groove mélancolique de The Shining Light Gospel Choir, Harbour avec Sinéad O’Connor aussi en forme que chez Massive Attack, l’irrésistible The Rafters et l’attendrissant I’m Not Worried at All…  Alors voilà, au risque de me répéter : Moby fait du Moby, et il le fait bien.

Moby – Play

Paru la même année que Surrender, le cinquième album de Moby contient 18 chansons dont 8 sont sorties en single. Alors que plus personne ne se bouscule pour publier ses disques, c’est en écoutant les enregistrements du musicologue Alan Lomax que Moby s’approprie ces chants de prisonniers et travailleurs ruraux des années 30, mais aussi le blues de Vera Hall ou la folk de Bessie Jones ; donnant à ses compositions electro une touche inédite et qui fera date… Honey, Find My Baby ou Natural Blues : autant de boucles de voix addictives érigées en morceaux devenus cultes, associées à un sens musical privilégiant la simplicité…  Moby se dévoile aussi au chant (Porcelain) et fait monter l’émotion avec un piano et un sample de gospel (Why Does my Heart Feel so Bad?) ; aussi à l’aise dans le hip hop (Bodyrock) que le trip hop assaisonné de blues (Run On) ou doublé de synthés ambient à rendre liquide (My Weakness) sur ce disque dont chaque titre laisse une trace particulière ; pierre angulaire d’un artiste désormais reconnu et qui va pouvoir s’en donner à cœur joie.

Moby – Ambient

En 1993, pour son deuxième album Moby aligne 12 vignettes ambient, My Beautiful Sky ou Piano & String préfigurant Like Twins de A Reminiscent Drive… J Breas est pianissimo et me rappelle certains titres d’OMD sans les coussins d’air comprimés ; Dog assumant un penchant techno qui fait penser à Harmonic 313… Lean on Me est céleste, vaporeux comme du Yello au ralenti, avec le downtempo Myopia ce sont les deux morceaux qui se démarquent d’un disque qui fait le job mais ne restera pas dans les annales aux côtés de 76:14 ou Evening Star… En 1995, Moby publie Everything is Wrong, orienté dance mais à l’âme limitée ; suivi du bruyant Animal Rights, un album punk que je n’ai jamais apprécié et dont le gadin a failli le contraindre à arrêter la musique. C’était sans compter sa découverte d’Alan Lomax

Moby – Moby

Producteur multi-instrumentiste de musique électronique, Moby est né à New York en 1965. Il apprend la guitare en interprétant des chansons de Pink Floyd, forme un groupe punk dans les années 80 puis devient DJ et se fait connaître en 1991 avec le single Go qui reprend la basse du thème de Twins Peaks, un mix persuasif présent sur son premier album éponyme paru l’année suivante… Avec un son râpeux et des samples cracra, Ah Ah et Drop a Beat font penser à Experience sorti la même année ; Yeah fait plaisir et renvoie Aphex Twin à ses sophistications, dont Moby n’est pas exempt avec Thousand, un morceau palpitant enregistré à 1000 bpm sans en devenir inaudible… Côté ambient, Mercy infuse un goutte à goutte sensuel et Steam ose les percussions exotiques ; mais c’est I Feel It (Next is the E) qui tient le haut du pavé ; où l’on reconnaît déjà le piano caractéristique de Moby, ainsi que ses plages de synthé à marée basse… Touffu, optimiste et chaleureux, avec ce premier opus entre rave et techno Moby montre qu’il en a sous le capot.