Marillion – Clutching at Straws

Quatrième album de Marillion, Clutching at Straws distille l’histoire d’un trentenaire porté sur la bouteille, à travers 11 chansons où de bar en cauchemar, sa déchéance nous est contée. Tout pour réussir un autre concept album, le dernier auquel Fish participera, parvenant à poétiser ces instants instables, du fragile Going Under au convulsif White Russian… Quand elles s’embrasent les guitares rappellent à nouveau Supertramp, Incommunicado a un air de déjà-vu mais ça ne fait rien, on s’en débouche une dernière sur Torch Song. Non Jef, t’es pas tout seul…  Les titres ont certes perdu en développements, mais avec sa guitare à la Alan Parsons et une batterie qui dépote, avec sa flûte progressive Slainte Mhath est le joyau de cet ultime album paru en 1987. « This is the story so far… » J’ai bien tenté de m’intéresser à Marillion ensuite, mais après le départ de Fish son groupe a fait plouf.

Marillion – Misplaced Childhood

Misplaced Childhood est un concept album de Marillion paru en 1985, où tout s’enchaîne à merveille autour du thème de l’enfance. Car si les morceaux sont plus courts et plus nombreux, permettant d’extraire des tubes comme le poignant Kayleigh où les cœurs se brisent, la production est brillante et chaque titre fait progresser le conte musical vers de nouveaux sommets, les chansons étant elles-mêmes scindées en sous-parties apportant ruptures et crescendos. Ainsi Bitter Suite fonctionne par ricochets où le présent se lézarde, Heart of Lothian serpentant vers les bongos furieux de Waterhole… La guitare de Blind Curve rappelle Scorpions, le titre dépasse 9 minutes et l’on y brûle au milieu (Perimeter Walk), avant le retour à la vie impulsé par la révélation de Childhoods End? Un disque trempé entre innocence et désillusion, homogène et qui passe par toutes les nuances du spectre, comme le suggère l’arc-en-ciel sur la couverture. « J’entends ton cœur… »

Marillion – Fugazi

Paru un an après l’enthousiasmant Script for a Jester’s Tear, le second album de Marillion continue à installer le renouveau du rock progressif. Ian Mosley a remplacé Mick Pointer à la batterie, ce départ inspirant les paroles du premier morceau Assassing, sept minutes baroques où Fish s’échauffe la voix… Emphatique avec Jigsaw et plutôt en balade sur Emerald Lies, ça décoiffe surtout avec l’enchaînement d’Incubus et de Fugazi, où l’alchimie entre les mots et la musique reprend ses aises, le titre éponyme synthétisant l’émotion ressentie tout au long du disque, même s’il est un peu en deçà du premier opus… Lyrique et incarné comme Supertramp, moins poussiéreux que Genesis, Marillion met en boîte un univers entêtant et coloré à l’image de ses pochettes, des tableaux signés Mark Wilkinson que l’on peut regarder longtemps.

Marillion – Script for a Jester’s Tear

Marillion est un groupe de rock progressif britannique créé en 1979. Leurs concerts et singles sont remarqués dès 1981, deux ans avant la sortie du premier album Script for a Jester’s Tear. Dès lors, la voix singulière de Derek Dick alias « Fish » va donner à Marillion ses lettres de noblesse, durant quatre albums mémorables… Le morceau éponyme s’articule autour de séquences lentes et vibrantes, guitare (Steve Rothery) et claviers (Mark Kelly) accompagnant la chute du bouffon qui n’a plus de larmes pour pleurer. C’est magistral et tout le disque est ainsi, He Knows You Know chante la triste extase d’un homme empoisonné, la voix de Fish entre cri et mélodie, batterie (Mick Pointer) et basse (Pete Trewavas) à l’unisson ; puis un orgue illumine The Web et sa structure virtuose, imbriquant murmures et explosions vocales… Des guitares élancées du mélancolique Chelsea Monday au plaidoyer pacifiste Forgotten Sons, où l’on scande en chœur tandis que tout se déchire sous l’extravagance de tonalités hard rock, la radicalité de Marillion flirte avec l’esprit des King Crimson.