Léo Ferré – Et… Basta !

En 1973 Léo Ferré soutient les ouvriers en grève, se produit à l’Olympia mais aussi en faveur du journal Libération créé par Jean-Paul Sartre ; il se prononce également contre la peine de mort aux côtés de Georges Brassens, sa chanson Ni Dieu ni Maître prenant position en ce sens dès 1964, et que l’on retrouve à la fin du cd présenté ici. Paru fin 1973, Et… Basta ! se compose d’un morceau unique de 35 minutes où Léo vitupère, se souvient et s’enflamme, se réinvente à chaque coin de phrase. « Monocloez-vous l’œil de rechange ! » Avec pudeur, la musique soutient l’ensemble au détour d’un piano jazz, d’un orgue éthéré et de percussions massives, théâtrales au diapason des mots… Disque post-soixante huitard improbable, testament politique et poétique dont le refrain est « 68 73 non stop ! », en oscillant sans cesse entre l’intime et l’universel, Et… Basta ! est une illustration de la condition humaine à travers la vie d’artiste. « Pas vrai, mec ? »

Léo Ferré – La Chanson du Mal Aimé

Guillaume Apollinaire est mort à 38 ans, deux ans après avoir été blessé au front en 1916 par un éclat d’obus dans une tranchée. En 1952, pour rendre hommage à ce poète auquel il se réfère souvent, Léo Ferré adapte La Chanson du Mal Aimé en oratorio. Issue du recueil Alcools, ce long poème a pour origine une passion amoureuse déçue, articulée en trois parties auxquelles Ferré donne une tonalité musicale distincte, rompant avec la monotonie narrative de cette complainte exigeante, surréaliste et qu’en principe on lirait moins vite qu’un chant… Enregistré une première fois en 1957, à Monte-Carlo avec quatre solistes sous la direction orchestrale de Ferré, ce dernier en propose une nouvelle version quinze ans plus tard, où à l’exception de quelques chœurs il chante et récite seul le texte intégral, habité par ce rôle auquel il donne une profondeur lyrique… C’est si dense qu’il vaut mieux l’écouter sans le lire, et puis ensuite le lire sans l’écouter, ce que permet le livret. « O mon ombre en deuil de moi-même. »

Léo Ferré – Le Disque d’Or

Léo Ferré est un auteur-compositeur-interprète français né à Monaco en 1916. Son oncle est violoniste au sein de l’orchestre de Monte-Carlo et lui fait découvrir la musique classique, Beethoven et Ravel en particulier ; Ferré intègre une chorale à l’âge de 7 ans et suit une éducation stricte jusqu’au baccalauréat, en 1940 il compose un Ave Maria pour le mariage de sa sœur, commence à se produire sur scène et en 1945 rencontre Edith Piaf à Paris. Il enregistre bientôt ses premiers albums, La Chanson du Mal Aimé en 1957 et quelques succès plus tard signe chez Barclay où ses convictions anarchistes franchissent les barricades, l’auteur de Jolie Môme montrant qu’il est peut-être avant tout un poète, un écorché dont les mots sont la seule arme et que ce Disque d’Or illustre à merveille, du cynique Thank You Satan (et l’on songe au Diable de Brel) au désespérant Est-ce Ainsi que les Hommes Vivent ?, de la mélancolie des Vingt Ans à la nostalgie d’Avec le Temps, sans oublier La Solitude : un exercice de style entre rock et symphonie, flamboyant et incarné. « Je suis d’un autre pays que le vôtre… »