Laurie Anderson – Life on a String

Six ans après les paysages désabusés de Bright Red, où Laurie tissait déjà la métaphore du funambule, ce cinquième enregistrement studio déroule le fil d’une vie posée sur une corde. Une référence au violon, son instrument de prédilection avec lequel elle se met en scène au long de l’élégant livret accompagnant cette édition digipack, marquant son arrivée sur le label Nonesuch… Il faut l’entendre en solo sur Here with You, et plus loin se laisser submerger par la pluie de Washington Street. La production est sans faille, Anderson étant à nouveau très entourée ; si l’unité se ressent d’un tel patchwork, il constitue une bonne introduction à son univers résumé en quelques vignettes variant d’une rythmique à la manière de Björk sur My Compensation, à la suite orchestrale déployée pour Dark Angel, par un Van Dyke Parks toujours aussi baroque.

Laurie Anderson – Strange Angels

Sur cet album paru en 1989, Laurie Anderson chante de plus en plus et c’est un peu dommage. D’accord, j’exagère mais au moment d’évoquer ce disque je peine à lui trouver des atomes crochus ; pourtant ce n’est pas un simple bouche-trou avant Bright Red, sinon il aurait déjà giclé de mes rayonnages… On comprend dans Coolsville qu’elle a pris des cours de chant au point de repousser la sortie de l’album de plusieurs mois, mais était-ce bien raisonnable ? Ce qu’elle a fait avec Big Science est tellement prodigieux ! La barre est haute on a compris que c’était mon favori, même si Beautiful Red Dress sort du lot avec ses propos militants dont on peut saisir la subtilité grâce au livret, où comme à l’accoutumée les textes sont fidèlement restitués.

Laurie Anderson – Bright Red

Avec ce quatrième disque paru en 1994, Laurie Anderson renoue dès Speechless avec la veine expérimentale de Big Science. Dans Bright Red c’est un dialogue avec Arto Lindsay, où les mots se succèdent d’une bouche à l’autre jusqu’à former du sens, et dans cette saynète comme dans World Without End ou Tightrope, se détache une tendance assez sombre autour de la fatalité, du temps qui passe, un léger cafard que l’on perçoit aussi à travers la musique de Brian Eno qui a produit cet album en y ajoutant sa touche ambient… A noter la présence du partenaire de toujours, Lou Reed, sur le titre In our Sleep où l’on s’échange la même histoire monocorde, strophe après strophe sur fond de tambourin. Enfin, dans Same Time Tomorrow, Laurie évoque la répétition des jours en prenant à témoin l’afficheur digital de son lecteur vidéo, affichant un improbable midi permanent clignotant en rouge vif, comme cela se produisait sur ce type d’appareil lorsque l’heure n’était pas réglée.

Laurie Anderson – Mister Heartbreak

Entourée de William S. Burroughs dont on entend la voix sur le dernier morceau, mais aussi de Peter Gabriel qui chante en duo sur Excellent Birds deux ans avant de produire sa propre version sur l’album So, sans oublier Adrian Belew, guitariste des King Crimson, Laurie Anderson propose à nouveau une suite de titres tantôt récités tantôt chantés ; mais si l’on est bien dans son univers particulier, je suis resté sur ma faim avec l’histoire de ce Sharkey, alias Mister HeartbeakLangue d’Amour est surprenante, qui décrit le langage de l’amour par le truchement d’un serpent muni de pattes ; mais j’avoue avoir surtout retenu, pour cette année 1984, le fait que ce soit la voix de Laurie Anderson qui figure sur plusieurs titres du Zoolook de Jean-Michel Jarre, un des artistes dont je ne loupais aucun vinyle quand j’avais 15 ans.

Laurie Anderson – Big Science

Laurie Anderson est née en 1947 dans l’Illinois. Ses premières compositions incluent une symphonie pour klaxons puis le concert itinérant Duets on Ice, où elle joue du violon en portant des patins à glace eux-mêmes figés dans un bloc de glace, la performance s’achevant lorsque la glace a fondu… Paru en 1982, Big Science est un assemblage de morceaux fascinants où sa voix chantée autant que parlée, avec ou sans filtre nous tient des propos décalés, poétiques et l’on est ravi d’avoir un livret garni de paroles pour en saisir toute la portée… Ainsi, dans From the Air le capitaine d’un avion s’adresse à ses passagers, et l’on comprend bientôt que sa voix est un message enregistré, suggérant à tout le monde de sauter de l’appareil. Le ton est donné : dans Big Science on nous indique notre chemin en décrivant un itinéraire le long de bâtiments et de routes restant à construire ; Sweaters est un inventaire de désamour sur fond de cornemuse, tandis que Walking & Falling nous donne la définition de la marche… C’est sublime de part en part, à l’exception d’Example #22 où j’en profite toujours pour ouvrir les yeux, ça me donne envie d’enchaîner avec Liesa.