Kreidler – Eve Future Recall

Deux ans se sont écoulés lorsqu’Eve a droit un Recall sur mesure, ce nouvel album de Kreidler amplifiant les trouvailles du précédent dans un ballet musical se rapprochant de Michael Nyman ; entre rondeurs classiques (Vive la Vie) et piano de cinéma (A Canterbury Tale)Whom the Bells Toll regorge de clochettes et le tambour va-t-en-guerre de Luxemburg précède les pizzicato de Cervantes ; Spatz est frais comme Chapelier Fou mais le morceau le plus touchant est chanté en français par une Valérie dont on ne connaît pas le nom (Von Valerie), entre Clair Dietrich et Jean Bart… Et même si ces épopées de xylophones et steel-drums frisent parfois l’easy listening, les traînées de harpes digitales ouvrent un horizon propice à la rêverie ; aussi originales que la pochette incrustée à même le boîtier du cd, une sérigraphie fantomatique répondant à celle déjà réalisée sur Eve Future.

Kreidler – Eve Future

En 2002, pour leur sixième ouvrage les Düsseldorfois sortent la tête de l’éther et présentent Eve Future, un disque de rupture paru chez Strictly Confidential. On pense à A Reminiscent Drive dès le premier morceau (La Casa I) et les cordes pincées de Reflectuum sont associées à René Aubry ; sans renoncer aux structures minimalistes (Clockwerk rompt délibérément le rythme au milieu de l’album), Kreidler repeint la queue des étoiles filantes avec les synthés colorés de Circulus et Solaris, enrichissant leurs puzzles cosmiques de nouveaux instruments, comme le timpani qui permet de couper le cordon avec ces rythmes post rock qui ne leur seyaient qu’à moitié ; et avant de retourner en studio pour un intéressant Recall.

Kreidler – Appearance and the Park

Deux ans après Weekend, Kreidler revient et gagne en homogénéité, leur quatrième album égrenant avec élégance ces rythmes aérés qui font leur signature. Quatre notes répétées le long d’une batterie suffisent à installer Il Sogno di una Cosa, suivi des flux sereins de She Woke up and the World has Changed… On se laisse flotter dans les curieux fluides de Necessity Now et After the Preview ; Good Morning City rappelant les virées de Kraftwerk… La voix de Detlef Weinrich surprend sur Coldness comme si c’était Ui, les saccades technoïdes de Cube n’étant pas loin de Red Snapper… Paru en 1998, Appearance and the Park oscille entre cadences caressantes et pistes plus sinueuses, préparant le terrain pour les déclinaisons sophistiquées d’Eve Future.

Kreidler – Weekend

Kreidler est un groupe de musique électronique allemand formé à Düsseldorf en 1994 par Andreas Reihse, Stefan Schneider et Thomas Klein. À leurs premiers concerts se mêlent lectures et happenings autour de la lutte contre l’extrême droite, ils publient l’album Riva où l’on sent l’héritage krautrock de La Düsseldorf puis deux ans plus tard Weekend chez KiffSM, où ils sont rejoints par Alexander Paulick et Detlef Weinrich… Les synthés analogiques installent un curieux climat sur Traffic Way et son rotor d’hélicoptère, suivis de guitares et batteries rappelant Tortoise ; les boucles de Spat ont un côté Steve Reich avec percussions et accords visqueux, tandis que la basse monotone de Polaroid dialogue avec des ondes acidulées… Hillwood ose l’effet maracas puis les scratchs d’If creusent leur sillon dans de la terre meuble ; modulées et optimistes, les instrumentales de Weekend se succèdent avec légèreté, comme on passe en revue une pile de photos du siècle dernier.