Kraftwerk – The Mix

Paru en 1991, The Mix reprend 11 morceaux parmi les plus connus du groupe. Mais comme chez les Kraftwerk tout se passe en famille au studio Kling Klang, ils se sont chargés eux-mêmes de ces remix ! Autant dire que la montagne a accouché d’une souris, car si la voix jodlée d’Autobahn fait l’effet d’une trouvaille hilarante, l’exigence étant très basse, si le combo Pocket Calculator/Dentaku fonctionne et titille ; Radio-Activity est massacré et Trans-Europe Express a oublié de s’arrêter en gare… Là où The Art of Noise avait choisi de jouer collectif pour transmettre son héritage, The Mix est un sommet d’autosatisfaction qui sans avoir fait confiance à aucun d’entre eux, espérait que les DJ se l’approprient dans les dancefloors.

Kraftwerk – Concert Classics

Paru en 1998 sur le label Ranch Life, Concert Classics propose quatre titres enregistrés lors de la première tournée de Kraftwerk aux États-Unis en 1975, un an après la révélation de l’album Autobahn. Avec sa couverture bâclée et l’improbable photo de groupe imprimée sur le cd, l’objet fait penser à un bootleg et l’on s’attend au pire en termes de qualité sonore ; or il n’en est rien car celle-ci est remarquable et donne à entendre des versions alternatives de Kometenmelodie et Autobahn, entrecoupées de commentaires du chanteur. L’instant est particulièrement émouvant lorsqu’un souci technique surgit à la fin du second morceau, et que nous restons en attente de sa résolution durant trois bonnes minutes ! Un moment d’anthologie qui fait oublier l’amateurisme avec lequel le livret a été imprimé, où deux titres ont été incorrectement nommés Morgenspazierung 1 & 2 au lieu de Kling Klang et Tanz Muzik, à savoir une plongée live au cœur des premiers albums de Kraftwerk.

Kraftwerk – Electric Café

Kraftwerk depuis Trans-Europe Express c’est comme un épisode de Columbo : on sait dès le début ce qui va se passer, mais comme ça fait longtemps on a quand même envie de voir… Neuvième opus du quatuor automate, Electric Café paraît en 1986. Je ne déteste pas les onomatopées de Boing Boom Tschak, c’est même un choix d’ouverture assez hardi, ni Musique Non Stop parce qu’il me donne envie de réécouter l’autrement innovant In Visible Silence, paru la même année. Mais les interjections de Sex Object sont soporifiques et The Telephone Call donne envie de raccrocher, même la couverture du disque n’a pas le côté mordant habituel, son livret renfermant des dessins informatisés sans chaleur.

Kraftwerk – Radio-Activity

Au terme d’une année de scène où vocoder et Minimoog ont tourné à plein régime, le cinquième album de Kraftwerk paraît fin 1975 chez Capitol Records. Les pulsations d’un compteur Geiger nous font entrer en douceur dans la Radio-Activity, tube universel où voix et sons se conjuguent en diverses langues, suivi de Radioland distillant goutte à goutte un paysage désenchanté. Mais Kraftwerk c’est aussi de la gaité avec Airwaves ou Antenna, tandis que Radiostars donne envie de prendre une bouffée d’Air ; Kraftwerk ce sont enfin des vignettes sonores à la Raymond Scott, avec News et Intermission ou encore Uranium et The Voice of Energy enchaînés dans le flux de l’album. Une créativité que le groupe va progressivement délaisser au profit d’un style plus passe-partout, Ohm Sweet Ohm nous laissant esseulés comme ce train qui s’éloigne à la fin du film Radio On de Christopher Petit… Poétique et visionnaire à bien des égards, Radio-Activity est de loin le meilleur album de Kraftwerk.

Kraftwerk – Trans-Europe Express

Deux ans après Radio-Activity, le sixième album de Kraftwerk paraît sur le label Kling Klang, du nom de leur propre studio d’enregistrement situé dans une rue de Düsseldorf. On y trouve l’efficace Trans-Europe Express et Franz Schubert fait le plein d’arpèges, mais Showroom Dummies est un peu bête et Europe Endless agace le tympan, avec un violon digne de la carte son d’un Commodore 64… L’album est sauvé avec The Hall of Mirrors, une perle lancinante que reprendra Siouxsie Sioux dix ans plus tard, ou encore Metal on Metal et son mélange de rythmes et de samples audacieux ; toutefois il semblerait que le groupe ait cessé de prendre l’autoroute au profit d’une locomotive de plus en plus grosse.

Kraftwerk – The Man-Machine

Septième album de Kraftwerk, The Man-Machine voit le jour en 1978. Tout comme son prédécesseur, certaines chansons sont proposées dans des langues différentes selon le pays où le disque est vendu. Ainsi, la voix anglaise de The Robots devient allemande dans sa version autochtone Die Roboter. Les mélodies s’amplifient et la production s’étoffe, l’iconographie aussi et nos quatre impassibles sont cette fois photographiés à la façon suprématiste… sehr sowjetisch ! Deux morceaux sortent du lot : Spacelab s’essayant à la cosmicité et le crescendo à un seul mot de The Man-Machine, en revanche The Model sent le réchauffé et Metropolis n’aurait pas intéressé Fritz Lang. Le tout tient en 37 minutes, emballez c’est pesé.

Kraftwerk – Computer World

Les années 80 sont là, et que fait Kraftwerk ? Il reste à la fois lui-même, ce qui est courageux ; mais aussi il se repose sur ses lauriers, ce qui est paresseux quand on aurait pu faire péter la baraque. Trois ans ont passé depuis The Man-Machine et ce huitième album s’ouvre sur une liste de noms égrenés d’une voix tour à tour humaine et robotisée, ornée de rythmes dansants… On s’amuse davantage avec Pocket Calculator, tellement typé qu’il en devient original, où Kraftwerk renoue avec ce qu’il sait faire de mieux : de la répétition entrecoupée d’effets surprise, le tout entrelacé avec amour. Numbers énumère des nombres en langues étrangères, sur fond technoïde et avec une voix évoquant Geogaddi ; quant à Home Computer, sa dimension satirique ne l’empêcherait pas d’illustrer une publicité pour l’Apple IIe. La couverture est signée Emil Schult, graphiste de la première heure et qui a contribué à véhiculer l’image de la bande des quatre derrière leurs claviers-pupitres.

Kraftwerk – Autobahn

Quand un flûtiste rencontre un pianiste au Conservatoire de Düsseldorf en 1968, âgés d’une vingtaine d’années et tous deux fascinés par l’émergence des synthétiseurs, cela donne naissance à une centrale électrique ou « Kraftwerk » en allemand, nom choisi par Florian Schneider et Ralf Hütter pour un groupe qui va donner ses premières lettres de noblesse à la musique électronique populaire. Après une période expérimentale, ils complètent leur formation avec Wolfgang Flür, Klaus Dinger et Karl Bartos parmi d’autres électrons libres de la scène krautrock, et rencontrent le succès en 1974 avec leur quatrième album Autobahn. Ça démarre avec le bruit d’une clé de contact et nous voilà partis pour 22 minutes sur l’autoroute, entre coups de klaxons et dépassements tranquilles, on ne voit pas le temps passer jusqu’à Kometenmelodie 2, d’où a été extrait le son que l’inconscient collectif français associe au visage pixelisé de François Mitterrand en train d’apparaître sur un écran de Minitel… L’album se termine sur Morgenspaziergang, primesautier avec ses bruits de forêt et son air de flûte à la Bonne nuit les petits : il est temps d’aller se coucher mais on en redemande.