John Cale & Lou Reed – Songs for Drella

Créé fin 1989, Songs for Drella marque l’éphémère réunion de John Cale et de Lou Reed, vingt ans après le départ de Cale du Velvet Underground. Il s’agit d’un hommage à Andy Warhol sous forme de chansons écrites à la première personne, où l’icône du pop art évoque sa vie et son rapport au monde. Bien que ce soit Reed qui ait porté l’essentiel de ce projet, il me plaît de l’associer plutôt à Cale, virtuose au piano et au violon, dont la voix est présente sur cinq titres incluant A Dream ou la narration d’un rêve, mais aussi l’énergisant Trouble with the Classicists et le prophétique Faces and Names… C’est à la télé que j’ai entendu ce duo pour la première fois, une nuit de 1990 lorsque fut diffusée leur performance, enregistrée sans public dans une mise en scène dépouillée que Warhol aurait applaudie ; venant de deux artistes qui ont su mettre de côté leurs dissensions, le temps de redonner vie au troisième larron… Un album credo qui donne envie d’écrire sa plus belle page, de peindre sa plus belle toile ou de faire sauter la banque ; selon que l’on est poète, peintre ou joueur.

John Cale – Words for the Dying

Si l’on excepte Songs for Drella, c’est avec cet album que j’ai découvert John Cale. Il doit compter parmi mes cinquante premiers cds, à ce titre bénéficie d’un capital de sympathie particulier ; d’autant qu’il s’écoute comme on parcourt les chapitres d’une symphonie moderne, où en première partie Cale chante les textes du poète Dylan Thomas, rendant hommage aux morts de la guerre des îles Malouines, qui opposa l’Argentine au Royaume-Uni en 1982… Avec Brian Eno à la production (et aux claviers sur The Soul of Carmen Miranda, évoquant la chanteuse et actrice brésilienne), avec les trop brèves interludes au piano de Songs Without Words ; avec ses chœurs compassionnels et ses cordes enregistrées par l’orchestre russe de la Gostelarardio, Words for the Dying illustre le goût pour l’expérimentation d’un artiste qui ne se repose pas sur ses lauriers, proposant là où on ne l’attendait pas une œuvre sincère et abordable.

John Cale – Fear

Un an après les ballades contrastées de Paris 1919, John Cale revient avec un album rock plutôt que pop, arrangé plutôt que ravagé en dépit du morceau introductif, Fear is a Man’s Best Friend, où le temps d’un cri la chanson sort de ses gonds, superbe de spontanéité mais qui peut induire en erreur quant au reste de l’album ; même si Buffalo Ballet émeut par sa tranquille élocution, tandis que l’on se sent redevenir amoureux en écoutant la complainte d’Emily, sur fond de vagues s’échouant… Il y a aussi Gun, un standard que pour ma part j’ai connu par le truchement de Siouxsie Sioux, et surtout You Know More Than I Know, autre chant d’amour d’une simplicité déconcertante, où la voix de John Cale demeure suspendue à un fil derrière une guitare, une batterie et un discret chœur féminin… Servi par un personnel ultra qualifié, entre Brian Eno et Phil Manzanera ; Fear est un disque qui fait moins peur que la pochette ne le laisse entendre, mais n’en laisse pas moins une empreinte durable.

John Cale – Paris 1919

Cinq ans après avoir quitté le Velvet Underground, John Cale continue de tracer sa trajectoire solo, avec un album produit par Chris Thomas dont le nom est souvent associé aux Beatles ou à Roxy Music. Child’s Christmas in Wales ouvre le bal de ce disque tout en finesse, le temps d’un retour en enfance suivi des arrangements cuivrés de The Endless Plain of Fortune, où la voix de John égrène une des ses plus belles ballades. Plus loin, Macbeth est un clin d’œil franchement rock à Shakespeare, amplifiant le décalage avec Paris 1919, la chanson phare synthétisant l’esprit du disque entre son refrain pop et ses violons baroques ; tandis qu’avec Antarctica Starts Here nous prenons congé d’un John Cale faussement tranquille, à l’image de la pause angélique qu’il prend en couverture, signée Mike Salisbury. « You’re a Ghost, La la la… »

John Cale – The Academy in Peril

John Cale est un auteur-compositeur-interprète anglais né en 1942. Il apprend d’abord le violon, et à 21 ans participe à un concert-marathon où il joue du piano durant dix-huit heures. En 1965, il fonde le Velvet Underground avec Lou Reed, dont il s’éloigne dès 1968 pour cause de divergences artistiques. Producteur et arrangeur, il apparaît aux côtés de Nico sur The Marble Index, ou Bryter Layter de Nick Drake… Paru en 1972, The Academy in Peril est son second ou troisième album solo, selon que l’on inclue ou pas Church of Anthrax en collaboration avec Terry Riley. L’album démarre avec The Philosopher et ses rythmes entraînants, poursuit avec un hommage en règle à Brahms et la subtile mélancolie de The Academy in Peril, tandis que Days of Steam nous flatte d’une mélodie pleine de gaieté. Il y a aussi les titres enregistrés avec le Royal Philharmonic Orchestra, dont les poignants Three Orchestral Pieces ; aboutissant à un disque instrumental hybride, oscillant entre classique et rock avant-gardiste. Signée Andy Warhol, la pochette montre vingt-cinq diapositives Kodak et presque autant de regards.