Henri Texier – Strings’ Spirit

Douze ans après les inspirés Carnets de Routes, Henri Texier s’acoquine avec l’Orchestre de Bretagne de Stefan Sanderling, le temps du double album Strings’ Spirit dont il signe l’essentiel des compositions. Accompagné de son fils Sébastien à la clarinette et de Bojan Z au piano, pour n’en citer que deux au sein de l’Azur Quintet constitué pour l’occasion par Texier, ce dernier réussit l’alliage entre la musique de chambre et l’imprévisibilité du jazz… Serious Seb donne envie de rentrer chez soi et le tic tac de Dezarwa fait pousser des ailes aux autos sur le périphérique, tandis que le quart d’heure contemporain de Sacrifice ranime entre cisailles et trémolos… Il y aussi Big Phil où Henri et sa contrebasse œuvrent en toute intimité sur un gratin de cordes arrangées, alors même si l’allégresse d’Amir est loin derrière, où Texier cultivait ce « jazz folk » bien à lui, c’est joliment produit et les basses se détachent comme chez Paul Chambers.

Henri Texier, Aldo Romano & Louis Sclavis – Carnet de Routes

En 1990, le photographe Guy Le Querrec invite Henri Texier, Aldo Romano et Louis Sclavis à une tournée en Afrique Centrale. Un trio de jazz est né, qui se met en route vers le berceau de la musique sans idée préconçue, autour d’un chasseur d’images mué en passeur de sons du Cameroun au Gabon. L’inspiration fait le reste et permet à Guy de prendre une centaine de photographies, à retrouver dans l’épais livret joint à ce cd enregistré en 1995… Déliée sur Annobon et Bororo Dance, la clarinette de Louis ne quitte plus notre mémoire, Aldo assure à la batterie (Daoulagag) et la contrebasse d’Henri fait tenir l’édifice, discrètement indispensable. Le dernier tiers de l’album laisse place à une plus grande improvisation, où chacun prend part au cortège… J’ai eu le bonheur d’entendre ce trio lors d’un festival en 2011, à Andernos-les-Bains où je me suis rapidement accoutumé à l’agilité ambiante.

Henri Texier – Le Coffret JMS

Henri Texier est un musicien de jazz français né à Paris en 1945. Il apprend le piano avant de se découvrir une passion pour la contrebasse, joue aux côtés de Jean-Luc Ponty et gagne sa vie comme musicien de studio avant de publier un album chez Eurodisc en 1976… Paru vingt-deux ans plus tard, Le Coffret JMS regroupe ses trois premiers disques Amir, Varech et À Cordes et à Cris, enregistrés entre 1976 et 1979. Une voix qui fredonne sur un air dépouillé à la contrebasse, c’est Amir ou la liberté d’un homme qui a décidé de suivre sa propre route : Henri Texier jouant de tous les instruments sur ce disque radieux et serein. J’ai sauté de joie le jour où entendant Amir à la radio j’ai enfin pu identifier son auteur, levant le mystère sur une mélodie gravée en moi depuis l’enfance… Aussi à l’aise à la contrebasse (Hommage) qu’à la basse (Homme Rouge) ou au violoncelle (Les Korrigans), à la flûte (L’Ultime Danse) et aux percussions (Là-Bas), Texier incarne chaque morceau avec le naturel d’une étreinte. Et toujours ce fredonnement singulier, instrument à part entière apportant une touche atemporelle entre des lignes de cordes nerveuses ou en pluie… Un double cd magistral, et qui va bien au-delà du jazz.