Georges Brassens – Great Britain 73

Voici le seul enregistrement en public pour lequel Brassens a donné son accord de son vivant, du moins pour les onze premiers titres. Par la suite bien entendu, les héritiers ont fait fi de ces considérations, pourvu que l’on continue à vendre les disques de l’Ancêtre… Il s’agit d’un concert donné au département français de l’université de Cardiff ; où quelqu’un semble avoir posé un micro sur scène sans n’avoir rien dit à personne, tant cela regorge de bruitages en tous genres : musiciens qui toussent entre les morceaux ou bien s’interpellent afin de confirmer le prochain titre de la playlist, Brassens réaccordant sa guitare tandis que Pierre Nicolas, l’ami et contrebassiste de toujours, enchaîne sans attendre… Mais la prise est rare, aussi à la production ont-ils pris l’heureux parti de tout laisser ; et s’il et vrai que le matériel hi-fi actuel ne pardonne rien, grâce à ces scories l’impression d’être parmi les musiciens est bien réelle, au point de devenir plus remarquable que le répertoire sans surprise qui y fut interprété.

Georges Brassens – Les Chansons de sa Jeunesse

Brassens ne faisait pas les choses à moitié, aussi quand il décide d’aider l’association Perce-Neige de son ami Lino Ventura, plutôt que de participer à un jeu radiophonique il offre d’interpréter vingt-sept chansons qui ont marqué sa jeunesse… Aux côtés de Georges Tabet (chant), Jean Bertola (piano), Joël Favreau (guitare) et Pierre Nicolas (contrebasse), et réalisé en seulement deux jours dans les studio de RMC, cet enregistrement dégage une joie contagieuse, dopé sans doute à l’idée de chanter Charles Trenet (Boum, Terre), Jean Boyer (Avoir un bon Copain, Pour me Rendre à mon Bureau) ou Jean Nohain (Puisque vous Partez en Voyage)… Une traversée rare en son genre à travers un demi-siècle de chanson française, le cd s’achevant sur une curiosité discographique avec les versions espagnoles de La Cane de Jeanne, La Mauvaise Réputation et Le Testament, brutes de studio et qui valent le détour. Brassens s’en ira cinq mois plus tard, laissant dans ses cartons des dizaines de textes.

Georges Brassens – Tempête dans un Bénitier

Trompe la Mort est le dernier album officiel de Brassens, identifié dans l’intégrale par le titre de la chanson Tempête dans un Bénitier et complété de deux inédites peu intéressantes. Le poète a 55 ans et va se produire plusieurs mois à Bobino, entonnant Trompe la Mort pour clouer le bec aux rumeurs d’une certaine presse, même si elles ne sont pas totalement infondées… Du Boulevard du Temps qui Passe à Cupidon s’en fout, de Lèche-Cocu à Montélimar, une dernière fois Brassens attise nos passions et relativise nos ambitions, défend la veuve, l’orphelin et même les animaux domestiques, sans oublier d’être grivois avec une Mélanie en grande forme. Il ne pourra hélas pas en dire autant lorsque cinq ans plus tard et vingt jours après l’abolition de la peine de mort, un cancer va l’emporter… à la plage de Sète.

Georges Brassens – Mourir pour des Idées

Exceptée la première et magnifique chanson Heureux qui Comme Ulysse, composée par amitié pour le cinéaste Henri Colpi à l’occasion du film éponyme (où Fernandel oublie de faire le Schpountz et signe l’un de ses plus beaux rôles), ce septième cd propose peu ou prou le contenu de l’album Fernande, dont la chanson-titre rappelle aux sectaires que les goûts sont dans la nature… Autre chanson militante, que tous les fanatiques seraient inspirés d’écouter avant de faire sauter leur pois chiche : Mourir pour des Idées et son principe que Cioran aurait approuvé : « d’accord, mais de mort lente… » Un album où Georges a retrouvé sa verve et les Stances à un Cambrioleur en sont un autre morceau de choix, où le maître laisse courir les voleurs de pommes même lorsqu’elles sont à lui… À noter qu’il s’agit de son premier disque enregistré en stéréo, et sur certains titres cela surprend (les chœurs sur Le Roi sont vraiment exagérés.)

Georges Brassens – Supplique pour être Enterré à la Plage de Sète

Ce cinquième cd s’ouvre sur Les Deux Oncles, chanson pacifiste opposant les deux camps de la seconde guerre mondiale ; visionnaire lorsqu’il évoque « l’Europe de demain » mais dont le ton radical lui vaudra quelques inimitiés… Vénus Callipyge est à croquer, dans La Fessée une veuve est consolée grâce à ce même morceau d’anatomie, tandis que Le Pluriel est un éloge de l’individu contre les associations de tout poil… Grand moment d’émotion avec Les Quatre Bacheliers, où Brassens revient sur la mésaventure qui l’avait conduit avec trois copains au poste de police, à l’âge de 17 ans. Et enfin le Bulletin de Santé où il répond avec malice aux rumeurs le concernant, même s’il souffre réellement de calculs rénaux sévères, subit des opérations et doit interrompre ses tours de chant… Comme dans toute l’intégrale, le livret a été soigné et propose évidemment les textes, ainsi que de belles photos de Georges, ses amis et ses musiciens.

Georges Brassens – Les Copains d’Abord

Couvrant la période 1961 à 1964, ce quatrième disque contient trois poèmes de Paul Fort (L’Enterrement de Verlaine, Germaine Tourangelle, À Mireille dite « Petit Verglas ») lus sans musique par Brassens, avec beaucoup d’émotion entre deux gaudrioles. De La Fille à Cent Sous où un ivrogne achète la femme d’un autre ivrogne, au Temps ne fait Rien à l’Affaire où l’on évalue la connerie à travers les âges ; la chanson Jeanne étant dédiée au grand cœur de sa logeuse éternelle, même si désapprouvant le fait qu’elle se remarie à l’âge de 75 ans, il déménagera pour de bon en 1966… Marquise est une gâterie bien torchée (le texte est de Pierre Corneille avec Tristan Bernard à la chute) ; tandis que Les Quat’z’arts compte parmi ses chansons les plus bouleversantes, une histoire démarrant sur le ton de la plaisanterie mais que chaque strophe dégrade vers la tragédie… Des airs à la guitare faussement simples, des textes millimétrés et des propos sans concession : la suite, vite !

Georges Brassens – Le Pornographe

Le troisième cd de l’intégrale regroupe tout ou partie des quatre albums que Brassens a publiés entre 1957 et 1961, d’Oncle Archibald au Temps ne fait Rien à l’Affaire. Mais qu’importe le découpage quand on a la totale, et que l’on retrouve la mémoire du Vieux Léon, la nostalgie des Funérailles d’Antan ou la truculence de La Ronde des Jurons ; sans omettre le raffiné Mécréant, ou comment ne pas croire en Dieu tout en se comportant comme un saint… Bientôt quadragénaire, brave Georges poursuit son bonhomme de chemin sans céder aux trompettes de la renommée, même si pour recevoir ses amis il achète un ancien moulin à Crespières dans les Yvelines, s’éloignant de Jeanne… Comme à l’accoutumée, en trois minutes chrono le poète déroule un scénario qui fait mouche, une gouaille libertaire dont le thème se situe entre irrévérence et libation, amour et camar(a)de(rie) : autant de pied-de-nez à la mort pour supporter la vie.

Georges Brassens – La Non-Demande en Mariage

Composé pour l’essentiel des chansons de Misogynie à part, paru en 1969, avec ce sixième cd Brassens a l’air d’accuser le coup. C’est pourtant cette même année qu’a eu lieu sa rencontre radiophonique avec Jacques Brel et Léo Ferré, pour le compte de RTL et où ils ont longuement évoqué leur musique ; en fait ce n’est pas lui qui a changé mais le monde tout autour, et l’on imagine que ses histoires d’ivrogne dévalisé (L’Épave) ou sa nostalgie pour le temps jadis (Le Moyenâgeux) ont pu le faire passer pour un vieux con auprès des soixante-huitards… Heureusement, avec La Non-Demande en Mariage le disque s’ouvre sur l’une des plus belles chansons d’amour ; mais entre le fantasme de La Religieuse et cette Poignée de Main moite des regrets d’antan, c’est un peu vrai que l’on s’y emmerde, vous dis-je… Mais le poète est assez fort pour encaisser tout ça, et reviendra mieux inspiré.

Georges Brassens – Auprès de mon Arbre

Dès son premier disque, avec Le Gorille Brassens alliait humour et provocation pour évoquer la question encore non tranchée de la peine de mort en France… Quatre ans plus tard, dans son quatrième album Je me suis Fait Tout Petit (regroupé en partie sur le présent disque, second de l’intégrale parue en 1991), L’Amandier relate l’amourette de son propriétaire avec un écureuil en jupons, tandis qu’un peu plus loin Le Testament demande avec une gravité toute poétique : « Est-il encore debout, le chêne ou le sapin de mon cercueil ? » Voilà campé l’univers de Georges Brassens et sa guitare, capables de passer instantanément du frivole au grave dans des chansons qui dépassent rarement trois minutes… Il faut écouter Auprès de mon Arbre, où sans doute est rendu hommage à l’humble demeure de Jeanne Planche ; mais aussi revivre la passion juvénile de La Chasse aux Papillons, ou encore l’ode à l’amitié d’Au Bois de Mon Cœur. Quant à l’enterrement de Grand-Père, je me demande si la Maison Borniol lui aurait fait crédit.

Georges Brassens – La Mauvaise Réputation

Né à Sète en 1921, Georges Brassens est un auteur-compositeur-interprète et poète français. Entre une mère dévote et un père libre-penseur, sa scolarité est animée de menus larcins qui le poussent à monter à Paris dès 1939, chez sa tante Antoinette. En mars 1943, il part pour un an dans un camp de travailleurs en Allemagne, où il ne retournera plus à la faveur d’une permission lui permettant de revenir à Paris, où Jeanne Planche, une amie de sa tante, va l’héberger jusqu’à la fin de la guerre et bien au-delà… Il écrit des chansons qu’il ne s’imagine pas interpréter lui-même, décroche une audition à Montmartre en 1952, dans le cabaret de Patachou qui croit en lui, tout comme Jacques Canetti qui va produire son premier album. Dans l’intégrale que je possède, La Mauvaise Réputation regroupe également des chansons de ses deux disques suivants, Le Vent et Les Sabots d’Hélène. On y retrouve Le Petit Cheval d’après un poème de Paul Fort (ma chanson préférée quand j’avais 5 ans), Bancs Publics, Brave Margot ou Le Gorille : au-delà des mots c’est éternel. Chef-d’œuvre discographique.