Général Alcazar – Pour Servir

Fin 2013, le huitième opus de Patrick Chenière est bouclé grâce à une souscription en ligne. Le Général s’est installé à Sète et fréquente avec bonheur le Musée International des Arts Modestes, il y aurait même composé la musique que l’on entend dans les toilettes… Paru à titre posthume en 2014, Pour Servir contient cette fois encore la poésie du plus vaillant guerrier de la chanson ; revenu aux sources acoustiques des débuts avec L’emprise de ton Hypnose et son xylophone, ou bien l’ukulélé sur L’humeur Assassine ; sans oublier l’attachant I Love Robert Mitchum et le prémonitoire Mais Rien n’y Fait… Un disque où pour la dernière fois, le banal devient merveilleux et le bancal émerveillant, Patrick ayant été emporté au large par un méchant crabe aux pinces d’or… Pour Servir reste disponible auprès de l’Association des Amis du Général, dans une édition digipack signée Mimóka encore plus sexy que celle des Singulières… Longue vie au Général !

Général Alcazar – Les Singulières

Le septième album du Général paraît en 2007, toujours au Chant du Monde dont il faut saluer le soin apporté à l’objet disque, représentant ici la sérigraphie d’une femme-sirène signée Isabelle Marsala, au sein d’un digipack renfermant un livret richement illustré et contenant les textes des chansons… Album plus aéré que le précédent, Les Singulières renoue avec une instrumentation festive et où les mots composés du Général se posent tels des papillons insaisissables : Outsiders et son parfum d’optimisme, les illusions de Je Trime je Bosse j’Astique ou le retour du cher mélodica dans Le Petit Inventaire, jusqu’au Maître des Lieux qui se termine en forme de conte pour grands enfants… Plus que jamais rugueux et précieux à la fois, ce disque foisonnant me fait penser à la puissante fragilité de Renaud Papillon Paravel, un autre esprit libre venu du sud. On n’y rentre pas forcément du premier coup, mais une fois qu’on y est… « Hooray hooray hooray up ! »

Général Alcazar – Les Loges de la Lenteur

Publié en 2005 et intitulé Les Loges de la Lenteur, le sixième album du Général procède bien d’un certain ralentissement, dont on trouve une explication scientifico-lyrique en exergue d’un livret qu’il vaut mieux parcourir par temps calme… Ainsi, si les instruments habituels sont là avec en prime une mandoline, le tempo freiné nous invite à tendre l’oreille un peu plus loin, à lire les paroles d’un peu plus près : Orrore Malore est alors lyrique (avec Emma Simon), La Monnaie du Singe se paie de bons mots et L’Ego Égaré nous tend un miroir ; Les Géraniums se perdent dans un jardin secret tandis que L’Éloge de la Lente Heure ressuscite une ritournelle qui réchauffe… Et après avoir pris tout notre temps pour pénétrer cet univers aussi fécond qu’abscons, le seul risque que l’on encourt est d’en sortir un peu paumé, désorienté mais reconnaissant à l’excentrique de nous avoir montré l’intérieur de sa tête.

Général Alcazar – Le Rude et le Sensible

Le Rude et le Sensible paraît au Chant du Monde en 2002, deux ans après l’ensorcelant Des Sirènes et des Hommes. Sur ce cinquième album, le Général joue les contrastes en ajoutant un ukulélé à son bouzouki et Patrick Félices à la contrebasse, tout en conviant de nouveaux hôtes qui le font passer à l’heure electro : Jean-Christophe Sirven aux claviers et Thomas Cubaud aux rythmes. Le son s’en trouve étendu, spatialisé avec brio par L’Homme aux Oreilles d’Argent, où le Général tire son chapeau à ceux que l’on oublie généralement de citer… Elle Reste à la Maison est une allusion drolatique au morceau qui a fait connaître Louise Attaque en 1997, mais l’on retiendra surtout Ma Raison a Volé en Éclats et Retiens-moi M-L avec une incrustation dadaïste de L’Ursonate de Kurt Schwitters ; ou encore La Caténaire jazzy et teintée de série noire… Décidément, à l’égal d’un Jacno cet homme vient d’ailleurs. « La sérénade habituelle ne nous convient plus… »

Général Alcazar – Des Sirènes et des Hommes

Pour son quatrième album, paru en 2000 chez MSI, outre ses habituels guitare et mélodica le Général adopte la sonorité élégante du bouzouki. Avec Des Sirènes et des Hommes, Patrick Chenière propose une nouvelle suite de comptines et de révoltes, où la sobriété des mélodies le dispute à sa façon si particulière de scander ses textes. Les mots viennent du fond de la gorge, hachés menus ou bien s’étirant comme une litanie, les phrases fusent et cette façon ménage à nos oreilles des plages d’émotion insoupçonnées… Aux percussions exotiques s’ajoute un orgue hammond ou le piano de Comelade sur un émouvant Bleu Tahitien, de son côté le Général lui rend hommage avec L’Homme en Noir ; puis il éduque la jeunesse (La Prudence), chante l’ennui (Je Fume) et l’amour (Nous Sommes d’accord) ou bien réaffirme son credo (Mon Curriculum) ; très à l’aise sur ce disque initiatique et qui surprend à chaque écoute… Un album que j’ai eu la chance de voir incarné sur la scène intimiste de la Maroquinerie, à Paris l’année de sa sortie.

Général Alcazar – No Comment

Paru en 1995 chez Bond Age, le second cd du Général Alcazar s’intitule No Comment et pastiche malicieusement la pochette d’un certain You’re Under Arrest, ultime album de Gainsbourg que l’on trouve souvent rangé chez les disquaires juste à côté de notre facétieux Général… Un opus où il chante encore en anglais, étoffe son orchestre et s’essaie à la mandoline en clôture du dernier morceau, signe prémonitoire de prochaines audaces… Tout comme Hunting Dogs, j’ai acquis cet album bien après la révélation de La Position du Tirailleur, car si les arrangements de Shy Tonight ou The Beast font penser au Pizza de Bashung ; si l’hommage à Marvin Gaye (Crooner’s Lie) donne envie d’écouter The Commodores ; No Comment manque de poil à gratter et si l’Alcazar avait continué dans cette voie, je n’aurais pas donné cher de sa peau sur le champ de bataille… Mais le poète baroudeur est sur le point de fendre l’armure, et d’une façon qui compte parmi les plus splendides métamorphoses de la chanson française.

Général Alcazar – La Position du Tirailleur

De profil et le torse nu, armé d’un simple ukulélé, au moment d’entrer dans l’arène le Général Alcazar vient de tomber le masque. Nous sommes en 1998 lorsque paraît La Position du Tirailleur, son troisième album où il chante enfin en français, pratique le mélodica en plus des guitares et s’est entouré de l’ami Comelade aux claviers et à l’accordéon, de David Rieu au synthé Moog… C’est avec cet album que j’ai découvert le Général, au hasard d’une nocturne radiophonique l’année de sa sortie ; composé de neuf morceaux renversants de musicalité où des textes libres comme l’air se déversent en torrents bruts, riches de sens tout en échappant à l’entendement : féerie baroque, grave et fantaisiste sur Jour de Gloire et Brave Homme Libre, philosophique dans La Coutume et éminemment politique le long de La Piste et du Moindre Effort… Un cocktail détonant où aucun ingrédient n’est en trop, concentré et jamais servi auparavant.

Général Alcazar – Hunting Dogs

Patrick Chenière dit Général Alcazar est un auteur-compositeur-interprète multi-instrumentiste français, né à Melun en 1950. De Tahiti à Madagascar, son enfance est rythmée par les voyages de son père militaire, il apprend à jouer de la guitare et du ukulélé puis revient en France vivre à Montpellier ; participe à quelques groupes éphémères dans les années 70 avant de croiser la route de Pascal Comelade, qui devient son ami et le soutient dès son premier album Hunting Dogs paru en 1992 chez New Rose… Une curiosité discographique où le Général cherche sa voix en anglais dans des textes naïfs (Such a Love, Dirty Cindy) et attendrissants (The Lagoon Romance), portés par une musique où guitare et percussions electro permettent de voyager léger, soutenus par le clavier de Renaud Duhem et le saxo de Fabrice Pialot. Mention spéciale au dernier titre de l’album, éponyme et narrant un songe surréaliste de sang et de labeur, où l’esprit du Général est en germe. « I was standin’ cool at the wheel, wonderin’ if all of this was real… »