Eurythmics – We Too are One

Deux ans après le légèrement atypique Savage, Annie Lennox et Dave Stewart accouchent d’un album pop rock qui ne mange pas de pain, The King and Queen of America ou Don’t Ask me Why pouvant tout aussi bien s’écouter sous la douche que dans les embouteillages… Autrement abouties sont les ballades Angel et surtout l’intimiste Sylvia, mais c’est un peu court pour faire un album marquant, même s’il se conclut avec un slow très efficace dans son genre : When the Day goes Down qui condense en quelque sorte le savoir-faire d’un groupe à court d’idées après neuf ans de production intensive… L’année suivante, le duo se sépare et chacun entame une carrière solo ; ils vont se retrouver le temps de Peace, un album paru en 1999 mais je ne l’ai pas encore écouté.

Eurythmics – Savage

En 1987, avec son sixième album Eurythmics reprend goût à une certaine expérimentation faite de rythmes préprogrammés et de samples vocaux, enchâssés sur le décalé Beethoven (I Love to Listen to) ou soudain plus graves avec Shame, Annie Lennox très à l’aise dans son rôle de diva… On ne boudera pas non plus le beat new wave de You Have Placed a Chill in my Heart, ou encore l’extravagance vitaminée de I Need a Man ; tandis que le morceau acoustique I Need You remporte la palme du dépouillement, suivi de Brand New Day qui démarre a cappella pour terminer l’album dans un écho de chœurs et de clochettes… Le livret inclut des paroles que l’on ne regrette pas d’avoir lues, aussi et bien que souffrant parfois d’un son daté, ancré dans son époque, Savage marque un retour aux sources en partie gagnant, baroque et audacieux.

Eurythmics – Revenge

Un an après Be Yourself Tonight, Annie et Dave retapissent la salle à manger avec l’album Revenge, poursuivant la rénovation de leurs origines en suite royale… Les morceaux sont calibrés pour passer à la radio avant d’être repris dans les stades lors de concerts planétaires, du pompier Missionary Man au pompeux Thorn in my Side, du pédant When Tomorrow Comes au pomponné The Miracle of LoveRevenge est l’archétype de ce que l’on appelle un AOR (album orienté rock) contenant un maximum de titres compatibles avec la bande FM ; en fait je n’aime pas vraiment ce disque conservé par paresse et souci de complétion, qui sera en tête des disparus le jour où j’aurai besoin de place sur mes étagères.

Eurythmics – Be Yourself Tonight

En avril 1985, pour son quatrième album Eurythmics entame un virage pop rock associé à une production éclatante. Tournant le dos aux expérimentations art pop, Be Yourself Tonight consacre le statut populaire du duo britannique, les chansons se standardisent et le toujours étonnant There Must be an Angel invite Stevie Wonder à l’harmonica, tandis qu’Aretha Franklin pousse la chansonnette sur les chœurs de Sisters are Doin’ it for Themselves… D’autres morceaux conservent un petit côté alternatif : Adrian joue des cordes new wave et Here Comes that Sinking Feeling fait penser à OMD ; il y a aussi l’indémodable It’s Alright (Baby’s Coming Back) que j’écoutais en boucle en 45 tours, avec en face B la reprise de Tous les Garçons et les Filles de Françoise Hardy, présente parmi les bonus de la version cd de 2005 et qui vaut le détour.

Eurythmics – Touch

J’ai longtemps été fou de Touch, le troisième album d’Eurythmics sorti dix mois après leur transformation réussie de couple underground en duo emblématique de la scène new wave des années 80 ; Lennox jouant désormais de son image aussi naturellement que Bowie dix ans plus tôt, ou Björk dix ans plus tard… Ça commence avec l’intro toujours fabuleuse de Here Comes the Rain Again et ses boucles de cordes annonçant le retour de la pluie, puis l’album tente des trucs dans un grand fouillis qu’à 14 ans je trouvais génial, duquel seuls Cool Blue, Paint a Rumor et Aqua continuent de sortir indemnes. Mais je n’ai jamais aimé le second tube de ce disque, Who’s That Girl ? dont on nous bassinait les oreilles à la radio ; et aujourd’hui j’admets que cet album n’était pas assez grand pour supporter le poids de trois décennies, au contraire de celui qui va suivre…

Eurythmics – 1984 (for the Love of Big Brother)

En 1948, avec sa dystopie intitulée 1984, George Orwell écrit son meilleur roman. En 1984, Michael Radford réalise Nineteen Eighty-Four, pour lequel la maison de production Virgin demande à Eurythmics de composer la bande originale. Disque sombre et désenchanté (Winston’s Diary, Julia et Room 101 filent le bourdon les yeux fermés), il est également avant-gardiste dans ses sonorités et ses effets vocaux (Sexcrime, I Did it Just the Same, Doubleplusgood) : du sur-mesure pour Lennox et Stewart qui travaillent seuls et vont livrer leur plus bel album… Il existe pourtant une querelle entre le groupe et le réalisateur qui a prétendu n’avoir jamais été averti de ce projet, demandant de son côté une autre bande son à Dominic Muldowney ; et bien que le film soit sorti en salle avec un mélange équitable des deux contributions, au moment du director’s cut Radford a supprimé toute la partie d’Eurythmics en feignant d’ignorer son impact sur les spectateurs du film original, sans parler de l’adéquation viscérale entre cette musique visionnaire, futuriste et l’histoire qu’elle illustre. Chefs-d’œuvre.

Eurythmics – Sweet Dreams (are Made of This)

Paru en janvier 1983, le second album d’Eurythmics amplifie l’usage de synthés analogiques et autres boîtes à rythmes, tout en conservant sa singularité avant-gardiste à travers le chant d’Annie Lennox, et dans une certaine mesure le personnage androgyne qu’elle met en scène dans des clips abondamment diffusés sur MTV… Enregistré à l’écart des studios et avec un matériel basique, Sweet Dreams (are Made of This) est un disque chaleureux où se côtoient de nombreux parfums : onirique avec Love is a Stranger, The Walk et bien sûr le titre éponyme, son synthé gras et la voix démultipliée de Lennox perdue dans ses vocalises ; obsessionnel sur Somebody Told Me et enfin torride avec This City Never Sleeps, une chanson indissociable du film 9 Semaines 1/2, plus sensuelle qu’un Joe Cocker disant qu’on peut garder notre chapeau… Un album qui sort du cadre, hors bords et hors genre.

Eurythmics – In the Garden

Annie Lennox et Dave Stewart créent le groupe britannique Eurythmics en 1980, cinq ans après s’être rencontrés dans un restaurant. Entre les deux ils ont pris part à deux groupes de punk rock, en particulier The Tourists mais le futur duo s’y sent à l’étroit et préfère suivre sa propre voie. Ils tiennent leur nom d’une méthode d’éducation centrée sur la musicalité du mouvement, enseignée à Lennox dans son enfance… Enregistré à Cologne en 1981, leur premier album In the Garden démarre par un son de guitares new wave sur English Summer, où Annie entre en résonance avec sa propre voix également présente sur les chœurs, dédoublement caractéristique chez Eurythmics jouant déjà sur l’identité, l’ambiguïté relationnelle… Avec Take Me to Your Heart la basse devient psychédélique, et carrément krautrock sur Sing-Sing truffée de bruitages et d’une Annie à croquer quand elle chante des paroles absurdes en français… Un album qui se positionne ailleurs que la synthpop alors en vogue, où Eurythmics brouille les pistes sonores et s’offre en passant les services d’Holger Czukay et Jaki Liebezeit. Yes, they can.