The Nits – Soap Bubble Box

Un cd qui ressemble à un gros morceau de savon ça ne se refuse pas, surtout quand il vient des Nits et précède la sortie de leur plus bel album, Ting paru en 1992… On insère la galette dans la platine et le clavier cristallin de Soap Bubble Box se rappelle à nous, préparant nos papilles auditives pour trois inédits lents et introspectifs : Tear Falls comme une rupture annoncée, Bird in the Back au diapason d’un piano lamento suivi des tremolos dépouillés de Table Town ; la voix furtive de Henk Hofstede au meilleur de sa forme… Un quart d’heure magique et bien trop court, que l’on pourra doubler avant d’enchaîner avec la légèreté classique de dA dA dA ; et s’adonner ensuite au dernier opus en date des Néerlandais, le toujours étonnant Angst.

Pink Floyd – London ’66-’67

Formé à Londres en 1965 autour de Syd Barrett à la guitare et au chant, Richard Wright aux claviers, Roger Waters à la basse et Nick Mason aux percussions, Pink Floyd est un groupe de rock progressif aux effets secondaires souvent psychédéliques… Si leur discographie débute officiellement avec The Piper at the Gates of Dawn, le présent extended play paru en 1995 regroupe deux anciens morceaux levant le voile sur leur univers planant et synthétique, délayé au gré d’improvisations jazz durant les 15 minutes d’Interstellar Overdrive et plus recueilli avec les tam-tams indolents d’un Nick’s Boogie dont les distorsions s’amplifient, évoquant les flâneries de fin d’album des Doors… Il serait aussi risqué de commencer par ce disque pour découvrir Pink Floyd que de considérer The End of an Ear quand on ne ne connaît pas Robert Wyatt, mais avec le recul nécessaire ses oscillations et ses laps, ses vrilles s’imposent.

Red Snapper – Reeled and Skinned

Créé à Londres en 1993 par Ali Friend à la basse, Richard Thair à la batterie et David Ayers à la guitare, Red Snapper est un groupe de musique electro à tendance trip hop, rehaussé de tons jazzy et d’un penchant affirmé pour les arrière-plans drum’n bass… Paru en 1995, Reeled and Skinned regroupe leurs premiers extended play, un an avant l’opus fondateur Prince Blimey. Invité sur Swank, le saxophoniste Allan Riding préfigure les paysages urbains que l’on retrouvera plus tard sur Our Aim is to Satisfy ; à situer au-dessus du panier avec le remix de Hot Flush par The Sabres of Paradise et Lobster qui trouve sa voie à la limite de l’ambient… Un disque groovy et euphorisant, surtout instrumental et dont la vitalité rappelle la carrière éclair des Propellerheads.

Godspeed You! Black Emperor – Slow Riot for New Zero Kanada

Slow Riot for New Zero Kanada est un extended play de GY!BE paru en 1999. Le premier morceau Moya se situe dans la pure tradition post rock, initié par un léger drone suivi de cordes crescendo avant la montée en puissance vers l’apothéose, sans aucune surprise au point de devenir embarrassant. Sa structure a été comparée avec la Symphonie n°3 de Górecki, mais il faut savoir raison garder car les sombres Canadiens n’arriveront jamais à la cheville du compositeur polonais… La même recette est suivie peu ou prou avec Blaise Bailey Finnegan III, où un illuminé raconte comment il a pété les plombs dans un tribunal, après avoir été verbalisé pour excès de vitesse. C’est curieux la première fois, fatiguant la seconde, et après la troisième ça finit par dissuader d’écouter la suite du disque… Le digipack est doré et s’ouvre de gauche à droite,  il contient des textes en hébreu ainsi que la recette illustrée du cocktail molotov. Un temps considérés comme des anarchistes, j’ai connu les membres de Godspeed You! Black Emperor mieux inspirés.

Underworld – Pearl’s Girl

Paru dans la foulée de leur quatrième album, cet ep d’Underworld regroupe neuf versions de Pearl’s Girl, qui compte toujours parmi leurs plus captivants morceaux. Avec Tin There on entre directement dans du massif, du survitaminé, de l’antidépresseur naturel à enchaîner avec une dose de 14996 Version, plus prévisible mais parfait pour se stabiliser avant l’ambient Oich Oich et le syncopé Cherry Pie ; le climax étant atteint avec Mosiac et Deep Arch, le premier nous entraînant dans un incroyable tunnel, le second déployant ses nappes le long d’un champ de coton… Pearl’s Girl est à Underworld ce qu’Hyper-ballad est à Björk, un an les sépare et chacun incarne à sa manière ce dont vont bientôt être capables leurs auteurs : Homogenic pour l’Islande, Beaucoup Fish pour le Pays de Galles.

Underworld – Dark & Long

La première fois que j’ai entendu de la trance, l’utilisation particulière de la boîte à rythmes m’a fait penser au bruit que faisait la trancheuse à pain industrielle, à la cantine de mon collège… J’ai découvert Underworld avec l’album Beaucoup Fish, m’intéressant ensuite à tout ce qui a précédé, y compris certains ep comme ce Dark & Long paru dans la foulée de Dubnobasswithmyheadman. Prolongeant le plaisir de leur opus initiatique, il permet d’avoir le fabuleux Dark Train dans son intégralité, second morceau maître après Born Slippy .NUXX dans le film Trainspotting, et qui ne figure pas sur la bande originale… Les étendues de Thing in a Book dispensent une retraite acidulée et Spoon Deep tranche un grand nombre de pains, Dark Hard nous rive dans un espace lounge tandis que Burts percute amplement ; une récréation de choix en attendant leur quatrième album.

Ui – The 2-Sided EP/The Sharpie

Groupe de post rock américain, Ui  a été créé à New York en 1990 par Sasha Frere-Jones et Clem Waldmann. Ils se font connaître sur scène en première partie de Tortoise ou Stereolab, avant d’enregistrer plusieurs ep entre 1994 et 1996, parmi lesquels The 2-Sided EP et The Sharpie qui ont été réédités sur le label Southern Records… Chez Ui la guitare basse est reine, cadencée devant une batterie millimétrée et qui sonne funk sur Horn Crown Label et son intro au banjo, nerveuse le long des accords accidentés de Lull ou encore très amortie avec I will not Make Inconsiderate Requests… En seconde partie, les 11 minutes de The Sharpie déploient un espace de cordes et violoncelle en sourdine, suivi du  joyau Have a Good Time où basse et batterie se livrent un duel pulsé. Hypnotique et bourru, Ui propose un trip réjouissant, servi dans un digipack garni d’illustrations non moins brutes.

Jacno – Jacno

Denis Quilliard est un auteur-compositeur-interprète français né à Paris en 1957. Plus connu sous le nom de Jacno, en référence au graphiste qui a redessiné le paquet des cigarettes Gauloises en 1946, il forme les Stinky Toys en 1976, considéré comme le premier groupe de punk français… Sa carrière solo démarre trois ans plus tard avec l’album Jacno composé de six morceaux, dont le premier sera connu dans tout l’hexagone grâce à une publicité pour Nesquik, un coup de pouce bienvenu pour celui qui se voit désormais précurseur de la musique électronique. Rectangle est en effet une petite merveille de composition, minimaliste comme le Popcorn des Hot Butter en 1972, euphorisante comme Oxygène Part 4 en 1976… Le son de Jacno est reconnaissable entre tous, une poignée de notes pianotées sur fond de boîte à rythmes, quelques accords de guitare et on recommence ; l’approche est la même sur les titres Triangle, Losange et Cercle, entre nonchalance et légèreté avec une pincée d’indéfinissable… Un premier disque auquel il ne manque que la parole, malgré la voix de sa compagne Elli Medeiros le temps d’un morceau dégrisant.

Orbital – Diversions

Deux semaines après la parution des Peel Sessions et cinq mois avant son prochain album Snivilisation, Orbital surfe sur la vague en déployant une heure de Diversions. Six morceaux longue durée où les trames sonores des frères Hartnoll prennent leurs aises, revues par leurs soins sur des morceaux déjà esquissés dans les Peel Sessions, mais aussi confiées au DJ belge CJ Bolland (Lush 3.5) et surtout à Underworld, les britanniques de Cardiff proposant un Lush 3.3 à leur image, 13 minutes qui n’en finissent pas de culminer et annoncent le génie dont ils feront preuve trois ans plus tard avec Born Slippy .NUXX… Comme son nom l’indique, Diversions n’est pas indispensable, mais quand on a aimé les deux premiers albums d’Orbital, il en fait partie comme une extension naturelle.

Orbital – Orbital 2/Peel Sessions

Deux ans après Orbital, Orbital revient avec Orbital 2 et adopte un son plus élaboré, atmosphérique avec les chœurs de Lush 3.2 ou feutré comme un sitar sur Planet of the Shapes. Le début de l’album a l’air identique au précédent, reprenant en boucle une phrase du film Star Trek disant que « le temps peut devenir une boucle », en modifiant légèrement la vitesse afin d’installer un décalage allant s’amplifiant, et où l’on peut voir un hommage au travail de Steve Reich. Un peu docte, cette mise en bouche ne présage pas de la teneur divertissante de l’ensemble, Impact et Remind s’enchaînant fiévreusement vers les allègres Walk Now et Halcyon. Le morceau final est espiègle lui aussi, les frangins en ont sous le pied et pensent déjà à leur prochain opus ; non sans nous régaler d’une bonne surprise en attendant, car cette édition cd comprend une seconde galette de 4 morceaux enregistrés lors des Peel Sessions de 1994.