Ennio Morricone – Il était une fois en Amérique

En 1984 avec Il était une fois en Amérique, Morricone et Leone créent leur dernier chef-d’œuvre. Comme à son habitude, Ennio a écrit les grandes lignes de sa partition en amont pour être jouée en direct sur les lieux de tournage, permettant une symbiose particulière entre les acteurs et sa musique… Brillamment montée, l’histoire s’étend de 1922 à 1968 entre Prohibition et crime organisé, amours impossibles, amitié et trahisons… Poverty démarre au piano et se poursuit à la flûte de pan, puis au banjo dans une variation sur le même thème (Childhood Poverty). Deborah rappelle l’œil du jeune Noodles en voyeur et humidifie aussi celui de l’auditeur ; avec Childhood Memories c’est l’enfance qui revient, puis les années insouciantes à travers les cuivres de Friends ou Speakeasy… Composé par Joseph Lacalle, le thème d’Amapola est scindé en trois parties évoquant Deborah (alias Jennifer Connelly/Elizabeth McGovern), chère entre toutes à Noodles (Robert de Niro)… Seize ans après Il était une fois dans l’Ouest qui conserve ma préférence d’une courte tête, Morricone réitère l’exploit de signer une bande originale atemporelle et puissante.

Ennio Morricone – Made in France

Entre 1969 et 1983, Ennio Morricone a signé la musique de seize films français regroupés sur ce disque paru chez Play Time en 2007. Henri Verneuil y est très présent avec Le Clan des Siciliens (mélancolique), I comme Icare (clavecinesque), Le Casse (intriguant), Peur sur la Ville (hitchcockien) ou Le Serpent (ténébreux) ; Le Professionnel de Georges Lautner n’a pas été oublié (associé autant à Jean-Paul Belmondo qu’à un berger allemand), ni Le Trio Infernal de Francis Girod qui a sans doute inspiré Michael Nyman, où le rythme jubilant de René la Canne du même réalisateur… Que la mélodie soit sifflée ou jouée en solo à la guitare, agrémentée de guimbarde ou avec grand orchestre comme Le Secret de Robert Enrico, en dépit de quelques boulettes (La Cage aux Folles, Le Ruffian, Le Marginal) cet album nous embarque pour soixante dix-sept minutes de dépaysement comparables à The Twilight Zone.

Ennio Morricone – The Best of

Avant Il était une fois dans l’Ouest, Ennio Morricone avait déjà composé plusieurs bandes originales pour les westerns de Sergio Leone, dont on retrouve les thèmes principaux sur cette anthologie couvrant la période de 1964 à 1976… Le timbre troublant d’Edda Dell’Orso sévit à nouveau sur Il était une Fois la Révolution, et on ne se lasse pas de la guimbarde de Pour Quelques Dollars de Plus, son chant sifflé voisin de Pour une Poignée de Dollars qui sonne comme Apache des Shadows… D’autres réalisateurs ont bénéficié du talent d’Ennio, donnant lieu à des chansons inoubliables : le film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, où l’orgue traînant et la voix de John Baez (Here’s to You) émeuvent autant que Bridge Over Troubled Water ; ou encore ce piano  soutenu par un orchestre de cordes, déroulant en beauté la mélodie d’À l’Aube du Cinquième Jour du même réalisateur… Je citerais aussi la flûte et les chœurs de Mon Nom est Personne, un film de Tonino Valerii entre autres merveilles parfois fleur bleue du compositeur préféré de Tarantino, lequel fera appel à lui en 2015 pour la bande originale des Huit Salopards.

Ennio Morricone – Il était une fois dans l’Ouest

Le maestro des bandes originales est né à Rome la même année que Stockhausen. Il apprend la trompette et compose ses premières œuvres classiques à 29 ans, débute sa carrière comme arrangeur de génériques télévisés avant de signer la musique de Il était une fois dans l’Ouest, en 1968 pour son ami et réalisateur Sergio Leone… Le thème principal suffit à me rendre tout chose, les vocalises d’Edda Dell’Orso à l’image de ce film cruel et sublime entre vaine vengeance et conquête du rail ; une tristesse qui me vient de loin lorsque j’écoutais Morricone sur un magnétophone au fond de mon lit… As a Judgement n’est pas moins déchirant ; de même que la nostalgie dégagée par un piano de saloon et les sifflements d’Alessandro Alessandroni sur Farewell to Cheyenne, où je revois l’acteur Jason Robards… Ce film c’est aussi Henry Fonda dans le rôle du méchant ; l’ambiance funèbre, expérimentale de The Transgression fait frémir avant l’empathie que l’on éprouve avec Man With a Harmonica et Death Rattle, où c’est l’enfance qui perle dans les yeux arides de Charles Bronson… Ce film c’est enfin Claudia Cardinale évoquée sur A Dimly Lit Room ou Jill’s America : émotions fortes garanties et dvd à portée de main recommandé.