Dominique A – Auguri

Paru en 2001, le cinquième opus de Dominique A marque le retour à la mélodie et aux guitares acoustiques. Deux ans ont passé depuis l’infranchissable Remué et l’homme semble apaisé, enclin à de plus simples envolées, nous brossant des contrées méditerranéennes de l’espagnole Antonia aux Enfants du Pirée, chantés en son temps par Dalida… Il n’a toutefois rien perdu de sa verve et les plus belles chansons restent composées par ses soins, Nous reviendrons et plus encore En secret, dans laquelle il admet, magnifique, que « c’est dur en crachant d’éteindre un feu ». Son art consommé du morceau qui fait mouche, enjoué et désabusé ensemble, me fait penser à Jacques Dutronc… Le livret montre des photos de plages signées Richard Dumas et les paroles sont reproduites lisiblement, comme il se doit chez un chanteur qui ne redoute pas d’être compris.

Dominique A – Remué

Paru en 1999 ce quatrième album s’ouvre d’une façon peu banale, avec Comment certains vivent dont les premières secondes sont délibérément étouffées, brutes de décoffrage pour soudain faire entrer une voix entière, débitant des phrases qui parlent à chacun… Le fond est sale et on va s’y baigner ensemble, semble indiquer Dominique A soutenu par des guitares saturées et insidieuses, traînant à leur suite des textes noirs. J’ai eu l’occasion de le voir en concert, cette année-là à Paris, dans une petite salle où il se tenait immobile devant son public à scander ces mots assommants, comme une thérapie de groupe dénuée de perspective… L’édition digipack ne dépareille pas, exit la touche sensuelle de Françoiz Breut, Olivier Dangla a photographié une étendue rocailleuse truffée de formes géométriques, laissant sur la pochette un manque dans le motif. Une absence, un trou.

Dominique A – Si je Connais Harry

La boîte à rythmes est toujours analogique et les claviers en bon plastique, voilà pour les ingrédients communs entre La Fossette et Si je Connais Harry. La présence marquée des guitares change un peu et côté voix Dominique semble plus assuré, car c’est bien au niveau du chant que se situe la vraie surprise de ce second album, l’artiste ayant convié sa compagne Françoiz Breut (nommée alors « Brrr ») à le rejoindre sur trois morceaux dont je retiens l’espiègle Chanson de la Ville SilencieusePour Qui je me Prends est nu et l’on ne se tamponne pas d’Otto Box ; mais les textes sont inégaux, parfois bavards et un sentiment d’inachevé poursuit cet album, de morceaux mis bout à bout sans l’unité de style du premier qui avait certes placé la barre très haut.

Dominique A – La Mémoire Neuve

Françoiz et Dominique remettent le couvert sur ce troisième album joliment arrangé, un peu léché mais qui lui a enfin valu la reconnaissance grâce au consensuel Twenty-Two Bar que l’on entendait excessivement à la radio, au détriment de titres plus intéressants comme Le Travail ou La Vie Rend Modeste… Le sombre Retour au Calme refermant Si je connais Harry laissait présager quelque chose d’énorme, mais il va falloir patienter encore quatre ans avant de voir ce vœu réalisé, avec Remué… Cette Mémoire Neuve était sans doute nécessaire à l’artiste afin de s’imposer, conquérir un auditoire plus vaste avant de le chambouler à nouveau… Françoiz signe l’artwork du livret, avec deux photos rares et une note d’hôtel.

Dominique A – La Fossette

Né à Provins en 1968, Dominique A monte son premier groupe à 17 ans, et le baptise John Merrick en hommage à Elephant Man, le film de David Lynch. La Fossette est son premier album si l’on excepte Un disque sourd, une maquette autoproduite et qui le fera repérer par Bernard Lenoir. J’ai 24 ans lorsque ce disque débarque dans mon appartement, et j’en tombe aussitôt amoureux car il suffit d’une écoute pour ne jamais oublier Le courage des oiseaux, Mes lapins ou Passé l’hiver… La progression des morceaux permet à l’oreille de s’adapter au style minimaliste de ce disque que l’on imagine réalisé dans une chambre d’étudiant avec un magnéto quatre pistes et un clavier Casio dont la rythmique enfantine accompagne la voix fluette, lointaine d’un Dominique A qui n’aurait pas envie de chanter plus fort… Il en résulte treize chansons ciselées à la manière de petites bombes sur le point d’exploser, au verbe murmuré et à la fraîcheur assumée ; illustrées de dessins innocents à l’intérieur du livret.