David Bowie – Blackstar

Paru le jour de son soixante-neuvième anniversaire, Blackstar est le dernier album studio de David Bowie, emporté deux jours plus tard par un cancer du foie. Élaboré en silence, cet écrin testamentaire renoue avec la créativité de son concept album 1. Oustide, même si le but recherché ici était moins l’unité musicale que l’ultime tentative de faire briller toutes les facettes du plus glam des expérimentateurs de la pop britannique… Le titre éponyme signe une entrée en matière affolante, dix minutes où sont égrenés l’apaisement et le chaos, l’étranglement d’un saxo également présent sur le très convaincant Lazarus avec son introduction à la Disintegration, tandis que Girl Loves Me abonde de mots inventés par Anthony Burgess dans son roman Orange Mécanique. Un album où rôde l’amour et le souvenir, terminé par I Can’t Give Everything Away et son clin d’œil à l’harmonica vers l’incomparable Low de 1977… Noir et transparent, Blackstar est un adieu en forme d’apothéose, un fragment tombé de l’espace qu’il faut découvrir dans son édition digipack, au livret à la beauté crépusculaire.

David Bowie – 1. Outside

Dix-neuvième album studio de Bowie, 1. Outside devait initier un cycle dramatique en cinq parties, mais les quatre suivantes n’ont jamais vu le jour… Une œuvre aux influences multiples, entre rock industriel et techno, marquée par le retour de Brian Eno et l’envie manifeste de se renouveler ; un concept album autour du journal intime de Nathan Adler, enquêteur chargé d’élucider le meurtre de Baby Grace Blue, ainsi que nous l’apprend un livret littéraire et coloré, dont la couverture est un auto-portrait de Bowie à l’acrylique. L’ambiance qui règne tout au long de ce disque est liée à un son d’une rare amplitude, entre guitares déchaînées (Hallo Spaceboy), interludes narratives angoissantes (Segue: Baby Grace, Segue: Algeria Touchshriek, Segue: Nathan Alder) et saillies pianistiques débridées (A Small Plot Of Land). Sans parler de l’incontournable I’m Deranged, que David Lynch n’a pas manqué d’utiliser en ouverture de Lost Highway, son meilleur film… On l’aura deviné : avec Low c’est le seul album de Bowie que j’emporterai sur une île, déserte ou non.

David Bowie – Lodger

Dernier volet de la trilogie berlinoise (je fais l’impasse sur l’ennuyeux Heroes), Lodger est marqué par l’arrivée du guitariste Adrian Belew, membre des King Crimson, au détriment de Robert Fripp qui figurait sur HeroesBrian Eno est resté fidèle au poste, et c’est en usant d’instruments originaux que l’ancien membre de Roxy Music donnera à Lodger sa coloration raffinée, entre synthés et piano préparé ; même si cet album est bien trop pop rock pour atteindre les sommets de Low, et fait davantage penser à une fantaisie à la manière des Talking Heads… Pour autant, African Night Flight transporte par sa rythmique tribale, tandis que d’étranges claviers déménagent dans Move On ; et même si Red Sails fait hélas déjà penser à China Girl (de même que D.J semble préfigurer Let’s Dance), un certain swing réapparaît sur Repetition, au sein d’un album très inégal et sans véritable magie, que j’ai peut-être conservé afin d’avoir un Bowie « normal » entre Low et 1. Outside, les deux monuments qui à mon sens méritent de passer à la postérité…

David Bowie – Low

David Bowie est un chanteur, compositeur et acteur britannique, né à Londres en 1947. Il est révélé au grand public en 1969, avec sa chanson Space Oddity composée un mois avant que l’homme ne foule la surface lunaire, et qui servira de générique à la BBC. En 1972, Ziggy Stardust sacre Bowie tant pour ses chansons glam rock que pour ses talents d’acteur ; en 1977, peu après le tournage de The Man Who Fell to Earth, un film de science-fiction dont il a écrit le script, David s’exile à Berlin en compagnie d’Iggy Pop afin d’écrire Low, son onzième album studio. Séduit par l’effervescence de la scène allemande, il adopte une démarche avant-gardiste aux côtés de Brian Eno. L’album s’ouvre sur Speed of Life, instrumentale rock suivie de cinq autres titres dont What in the World avec Iggy Pop, avant de prendre une tournure new wave radicale lorsque se succèdent A New Career in a New Town, Warszawa, Art Decade et jusqu’à la complainte de Subterraneans. Des titres hors du temps pour un album précurseur dont on n’a pas fini de faire le tour, l’inédite Some Are couronnant le tout.