Lou Reed – Rock ‘n’ Roll Animal

Lou Reed est un chanteur et guitariste américain né à New York en 1942. Il apprend le piano puis la guitare ; souffre de dépression à l’adolescence où ses aspirations musicales se heurtent au conservatisme de sa famille, qui va lui imposer un traitement aux électrochocs dont il se souviendra longtemps. Puis il rencontre John Cale et forment le Velvet Underground pour une poignée d’albums qui vont marquer les années 70, avant d’entamer une carrière solo deux ans plus tard… produit par David Bowie en 1972, son second album Transformer comprend les succès Walk on the Wild Side et Perfect Day ; deux ans avant le live Rock ‘n’ Roll Animal où Reed reprend surtout des chansons du Velvet dans des versions longues, ainsi l’Intro précédant Sweet Jane qui offre un moment de guitare à la Santana pour une entrée en scène digne de ce nom… Les 12 minutes de Heroin font de l’effet et la complainte de Lady Day (extraite de l’album Berlin) prend ici une tout autre ampleur ; mais c’est le titre éponyme qui ravit la vedette avec son mémorable solo de guitare, la basse de Prakash John relevant la sauce jusqu’au sommet de la casserole.

Stan Getz & Kenny Barron – People Time

Stan Getz est un musicien de jazz américain né à Philadelphie en 1927. Il apprend le saxophone ténor à l’âge de 15 ans puis fait ses armes au sein des Four Brothers, un groupe californien qui fera connaître le jazz West Coast, mélange de bebop à la Charlie Parker dont certaines envolées font penser à Debussy… Il fait carrière aux côtés des plus grands, de Chet Baker à Oscar Peterson, enregistre à tour de bras jusqu’à cet ultime double album en 1991, People Time avec le pianiste Kenny Barron. Où leurs instruments se donnent la réplique et se superposent dans des versions longues de Night and Day, Gone with the Wind ou Hush-a-Bye ; c’est improvisé mais pas une note ne dépasse car Stan ne se départit jamais de sa coolitude, tandis que des applaudissements sporadiques rappellent qu’il s’agit d’un concert enregistré à Copenhague… Un plan-plan parfait pour s’initier au jazz sans sortir de la route, en préparant ses oreilles pour les manœuvres autrement géniales de Keith ou de Herbie.

Pink Floyd – Ummagumma

Double album paru en 1969 dans la foulée de More, Ummagumma débute par les versions concert d’Astronomy Domine, Set the Controls… et A Saucerful of Secrets ; rallongées et qui sonnent mieux que celles en studio ; ainsi que Careful with that axe Eugene, un inédit remarquable et déchaîné… Le second disque est expérimental, où chacun des membres a signé une composition de son cru. Écrites par Richard Wright, les quatre parties de Sysyphus forment un poème théâtral mêlant un fourbi de piano à des cordes désaccordées, une voix gonflée à l’hélium et un mellotron dans le style de King Crimson. L’apport de Roger Waters est moins mémorable, avec son bestiaire avant-gardiste à la Raymond Scott (Several Species…) et une ballade acoustique où une mouche termine écrasée (Grantchester Meadows) ; en revanche David Gilmour assure avec The Narrow Way en trois parties électro-acoustiques élégantes, et un clavier digne de Supertramp. Pour terminer, The Grand Vizier’s Garden Party de Nick Mason éblouit avec sa salade de percussions et ce vent épuré au milieu, qui me rappelle l’ambiance du Rêve de Singe de Marco Ferreri.

Talk Talk – London 1986

Il a fallu attendre treize ans pour disposer d’un enregistrement du concert de Talk Talk au Hammersmith Odeon, mettant fin à l’existence d’un bootleg de qualité douteuse…  Chacun des huit morceaux que contient London 1986 prend le temps d’épanouir ses variations, dès Tomorrow Started qui démarre au piano avec Mark Hollis sorti de sa bulle le temps d’une audition sur Terre. D’autres solos font merveille, de l’électrisant Does Caroline Know? à Give it Up où tout résonne plus fort que la version studio… It’s my Life est allongé et son tam-tam réverbéré embraie vers une intro surprenante de Such a Shame, suivie de digressions à l’orgue et à la basse avant de conclure avec Renée qui parvient à imposer ses silences, la salle de concert devenant temple de l’émotion même si parmi le public, une poignée d’ivrognes siffle son incurie, s’étant cru à un concert de Depeche Mode… Mais Hollis reste impassible, concentré avec la même ardeur qu’un Dominique A du temps où il me remuait ; terminant bravement ce témoignage sonore d’un groupe dont c’était la dernière tournée.

Supertramp – Paris

Enregistré au Pavillon de Paris fin 1979 lors du « Breakfast Tour », ce double album live reprend quinze titres des quatre derniers albums de Supertramp, et un inédit anecdotique (You Started Laughing). Les classiques sont là (School, The Logical Song, Dreamer, Bloody Well Right, A Soapbox Opera…) et juste avant Breakfast in America, Roger Hodgson s’adresse au public en français, détaillant son déjeuner entre « mousseline, spaghettis et beaucoup de vin ! » Il dit aussi son plaisir de revenir sur scène à Paris, évoquant avec ironie le souvenir de leur premier concert au Bataclan quatre ans plus tôt, où il n’y avait que 200 spectateurs… From Now On et Rudy sortent du lot, ainsi que Crime of the Century et son saxo définitif ; la prise de son permet une bonne immersion mais l’ensemble est plutôt casanier, et ces 90 minutes n’ont pas le tempérament d’un concert des Nits ou de Bauhaus.

The Nits – Urk

En s’ouvrant avec The Train, ce double album live s’assure les premiers frissons. Trois autres titres de Hat seront repris avec le même bonheur, The House imposant le silence et The Bauhaus Chair décrochant la palme du sacré… Enregistré entre Amsterdam et Moscou en 1989, Urk condense 29 chansons habitées par l’énergie scénique des Néerlandais. Certaines d’entre elles prennent une nouvelle dimension (Walter and Connie, Home Before Dark) quand d’autres vont jusqu’à transcender les versions studio (Two Skaters, Under a Canoe) ; les classiques font applaudir (Adieu, Sweet Bahnhof ou Nescio), l’inédite Telephone Song émoustille et Red Tape évoque (trop) brièvement Work… Avec sa pochette rappelant La part des Anges de Jacno, Urk a été finement produit et restitue toute la subtilité des compositions des Nits, constituant un excellent moyen de faire leur connaissance.

The Police – Live Atlanta

Enregistré à Atlanta en 1983, cet album live paru douze ans plus tard reprend de nombreux morceaux de Synchronicity dont il assurait la promotion. Mais les standards ne sont pas oubliés et Sting sait faire monter la mayonnaise, qui n’hésite pas à étendre la durée des tubes le temps d’entonner quelques refrains supplémentaires avec son public (Message in a Bottle, De Do Do Do, De Da Da Da et surtout Can’t Stand Losing You). Des chœurs inédits apparaissent sur Spirits in the Material World ; c’est un live où les enchaînements font mouche et si les morceaux ne connaissent pas d’envolées spectaculaires à la Led Zeppelin, leur patine sonore les rend authentiques sans faire doublon avec les versions studio.

Jean-Michel Jarre – Les Concerts en Chine

Fin 1981, Jean-Michel Jarre est l’un des premiers occidentaux à organiser une série de concerts à Pékin et à Shanghai. Parus l’année suivante, Les Concerts en Chine ne se contentent pas de revisiter ses deux albums précédents mais proposent plusieurs morceaux composés pour l’événement, aboutissant à un cd hybride entre concert et album à part entière… L’ouverture met dans le bain sur fond de reprise au ralenti des Chants Magnétiques Part 1, suivi d’un gracieux Arpegiateur et de Jonques de Pêcheurs au Crépuscule, adapté d’un chant traditionnel et accompagné à la cithare… Equinoxe IV et VII sont de la partie (avec une foule enthousiaste qui tape dans ses mains !), on voyage dans l’Orient Express avant d’autres extraits des Chants Magnétiques, jusqu’à la Harpe Laser que Jarre utilise ici pour la première fois en public, voisine de La Nuit à Shanghai et toutes deux aussi inspirées qu’un intermède des Boards of Canada… Les clins d’œil entre les morceaux sont futés (voix d’enfants, coup de klaxon, extraits radiophoniques, ping-pong), Souvenir de Chine instillant même une touche de nostalgie à la fin de ce double album où sans se renier, Jarre a su s’adapter au régime ambient.

Claude Nougaro – Une voix, dix doigts

Une voix, dix doigts est un double album de Claude Nougaro enregistré à Blagnac en 1991. Tout est dit dans le titre : accompagnée d’un simple piano, la voix caillouteuse du Toulousain traverse son répertoire le temps d’un concert où La Pluie fait des Claquettes et Quatre Boules de Cuir luttent au milieu du ring, Les Mots cherchant leur place… Vingt ans après Sœur Âme et quelques nougayorkeries, Claude court dans Paris pour sauver Une Petite Fille, se souvient de Jacques Audiberti avec Chanson pour le maçon, avant de finir gangster malchanceux dans À bout de souffle… Avec son ami Maurice Vander au piano (que l’on trouvait déjà aux côtés de Jean Bertola), Nougaro donne à ce tour de chant une dimension intime et improvisée, un récital entre Jazz et Java où plane à la fois Michel Jonasz et Boris Vian.

Public Image Limited – Paris in the Spring

Paru en 1980, Paris in the Spring est le premier album live de PiL. Également intitulé Paris au Printemps, il propose 7 titres enregistrés en concert au Palace la même année. On y retrouve Theme, un fameux morceau de leur premier album, où Rotten en fait des kilos (« I wish I could die, I will survive… ») et ne rivalise avec Tago Mago qu’une seconde et demie ; Lowlife et Attack s’imposant avec davantage de fougue… Issus de Metal Box, Careering décoiffe mais Bad Baby se perd dans une intro poussive ; tandis qu’au début de Poptones, Rotten insulte son public en accordant sa guitare, bouclant honorablement cet album au son pourri, sorti d’autorité par la maison de disque et dont Johnny disait qu’il ne fallait pas l’acheter… La couverture est une peinture signée de sa main, où il ressemble à un sanglier parmi ses acolytes également caricaturés.