Grateful Dead – Grateful Dead

Grateful Dead est un groupe de rock américain créé à Palo Alto en 1965 par le guitariste Jerry Garcia, le chanteur Bob Weir, le bassiste Phil Lesh, le batteur Bill Kreutzmann et le multi-instrumentiste Ron McKernan. Ils se nomment d’abord Warlocks et reprennent des standards de Bob Dylan et Chuck Berry, avant de signer chez Warner en 1967… Paru quatre ans plus tard, Grateful Dead est un album live communément référencé sous le nom de « Skull & Roses » en raison de son squelette coiffé d’une couronne de roses. On y trouve Playing in the Band parmi d’autres morceaux psychédéliques et country ; suivi d’Other One qui occupait toute la seconde face du premier vinyle de ce double album, où les Californiens ne dérogent pas à leur réputation de jammeurs et démarrent par cinq minutes de batterie avant les guitares, le chant n’arrivant qu’à la dixième minute… Me & Bobby McGee est de la partie et Johnny B. Goode aussi, Wharf Rat est lascif avant de boucler par un medley raffiné contenant Not Fade Away ; sur cet opus où les « Dead Freaks » sont au sommet de leur art.

John McLaughlin, Paco de Lucia & Al Di Meola – Friday Night in San Francisco

Friday Night in San Francisco a été enregistré en public en 1981 par les guitaristes John McLaughlin, Paco de Lucia et Al Di Meola. Les seuls instruments sont leurs trois guitares acoustiques et l’on en prend plein les oreilles avec Mediterranean Sundance/Rio Ancho, où Al et Paco se livrent à un exercice de virtuosité sur des airs de flamenco enchaînés à toute allure… Les cordes de John et Al se frottent aux Short Tales of The Black Forest de Chick Corea, avec un clin d’œil à Mancini et des respirations où le public manifeste son adhésion. Fantasia Suite et Guardian Angel font entendre le trio simultanément, avec Paco à gauche, John au milieu et Al à droite pour de nouvelles prouesses déliées, où règne harmonie et goût du risque. Un trio au sommet de son art pour ce monument de l’histoire du jazz, qui est à la guitare ce que le Köln Concert est au piano.

David Sylvian & Robert Fripp – Damage

Dix ans après Brilliant Trees, Sylvian et Fripp partent en tournée et publient Damage, un enregistrement live de grande qualité où le chant de David et la guitare de Robert scellent l’alliage du glam et du progressif. Fripp avait déjà participé à l’album Gone to Earth dont le titre éponyme a été repris ici, où il déploie ses frippertronics le long de morceaux qui prennent leur temps (Brightness Falls, Firepower…) Je songe à Gabriel sur God’s Monkey et 20th Century Dreaming semble un clin d’œil à King Crimson ; mon préféré étant Darshan (The Road to Graceland) et ses solos, ses gimmicks tutoyant les Talking HeadsMichael Brook est de la partie et certaines ambiances me rappellent le duo de l’album Glyph, Damage se bonifie à chaque écoute et se présente sous la forme d’un cd « doré à l’or 24 carats » (sic) ; inséré dans un étui embossé montrant une scène de concert au recto et un cœur au verso, très classe avec son livret de photos.

Lou Reed – Rock ‘n’ Roll Animal

Lou Reed est un chanteur et guitariste américain né à New York en 1942. Il apprend le piano puis la guitare ; souffre de dépression à l’adolescence où ses aspirations musicales se heurtent au conservatisme de sa famille, qui va lui imposer un traitement aux électrochocs dont il se souviendra longtemps. Puis il rencontre John Cale et forment le Velvet Underground pour une poignée d’albums qui vont marquer les années 70, avant d’entamer une carrière solo deux ans plus tard… produit par David Bowie en 1972, son second album Transformer comprend les succès Walk on the Wild Side et Perfect Day ; deux ans avant le live Rock ‘n’ Roll Animal où Reed reprend surtout des chansons du Velvet dans des versions longues, ainsi l’Intro précédant Sweet Jane qui offre un moment de guitare à la Santana pour une entrée en scène digne de ce nom… Les 12 minutes de Heroin font de l’effet et la complainte de Lady Day (extraite de l’album Berlin) prend ici une tout autre ampleur ; mais c’est le titre éponyme qui ravit la vedette avec son mémorable solo de guitare, la basse de Prakash John relevant la sauce jusqu’au sommet de la casserole.

Stan Getz & Kenny Barron – People Time

Stan Getz est un musicien de jazz américain né à Philadelphie en 1927. Il apprend le saxophone ténor à l’âge de 15 ans puis fait ses armes au sein des Four Brothers, un groupe californien qui fera connaître le jazz West Coast, mélange de bebop à la Charlie Parker dont certaines envolées font penser à Debussy… Il fait carrière aux côtés des plus grands, de Chet Baker à Oscar Peterson, enregistre à tour de bras jusqu’à cet ultime double album en 1991, People Time avec le pianiste Kenny Barron. Où leurs instruments se donnent la réplique et se superposent dans des versions longues de Night and Day, Gone with the Wind ou Hush-a-Bye ; c’est improvisé mais pas une note ne dépasse car Stan ne se départit jamais de sa coolitude, tandis que des applaudissements sporadiques rappellent qu’il s’agit d’un concert enregistré à Copenhague… Un plan-plan parfait pour s’initier au jazz sans sortir de la route, en préparant ses oreilles pour les manœuvres autrement géniales de Keith ou de Herbie.

Pink Floyd – Ummagumma

Double album paru en 1969 dans la foulée de More, Ummagumma débute par les versions concert d’Astronomy Domine, Set the Controls… et A Saucerful of Secrets ; rallongées et qui sonnent mieux que celles en studio ; ainsi que Careful with that axe Eugene, un inédit remarquable et déchaîné… Le second disque est expérimental, où chacun des membres a signé une composition de son cru. Écrites par Richard Wright, les quatre parties de Sysyphus forment un poème théâtral mêlant un fourbi de piano à des cordes désaccordées, une voix gonflée à l’hélium et un mellotron dans le style de King Crimson. L’apport de Roger Waters est moins mémorable, avec son bestiaire avant-gardiste à la Raymond Scott (Several Species…) et une ballade acoustique où une mouche termine écrasée (Grantchester Meadows) ; en revanche David Gilmour assure avec The Narrow Way en trois parties électro-acoustiques élégantes, et un clavier digne de Supertramp. Pour terminer, The Grand Vizier’s Garden Party de Nick Mason éblouit avec sa salade de percussions et ce vent épuré au milieu, qui me rappelle l’ambiance du Rêve de Singe de Marco Ferreri.

Talk Talk – London 1986

Il a fallu attendre treize ans pour disposer d’un enregistrement du concert de Talk Talk au Hammersmith Odeon, mettant fin à l’existence d’un bootleg de qualité douteuse…  Chacun des huit morceaux que contient London 1986 prend le temps d’épanouir ses variations, dès Tomorrow Started qui démarre au piano avec Mark Hollis sorti de sa bulle le temps d’une audition sur Terre. D’autres solos font merveille, de l’électrisant Does Caroline Know? à Give it Up où tout résonne plus fort que la version studio… It’s my Life est allongé et son tam-tam réverbéré embraie vers une intro surprenante de Such a Shame, suivie de digressions à l’orgue et à la basse avant de conclure avec Renée qui parvient à imposer ses silences, la salle de concert devenant temple de l’émotion même si parmi le public, une poignée d’ivrognes siffle son incurie, s’étant cru à un concert de Depeche Mode… Mais Hollis reste impassible, concentré avec la même ardeur qu’un Dominique A du temps où il me remuait ; terminant bravement ce témoignage sonore d’un groupe dont c’était la dernière tournée.

Supertramp – Paris

Enregistré au Pavillon de Paris fin 1979 lors du « Breakfast Tour », ce double album live reprend quinze titres des quatre derniers albums de Supertramp, et un inédit anecdotique (You Started Laughing). Les classiques sont là (School, The Logical Song, Dreamer, Bloody Well Right, A Soapbox Opera…) et juste avant Breakfast in America, Roger Hodgson s’adresse au public en français, détaillant son déjeuner entre « mousseline, spaghettis et beaucoup de vin ! » Il dit aussi son plaisir de revenir sur scène à Paris, évoquant avec ironie le souvenir de leur premier concert au Bataclan quatre ans plus tôt, où il n’y avait que 200 spectateurs… From Now On et Rudy sortent du lot, ainsi que Crime of the Century et son saxo définitif ; la prise de son permet une bonne immersion mais l’ensemble est plutôt casanier, et ces 90 minutes n’ont pas le tempérament d’un concert des Nits ou de Bauhaus.

The Nits – Urk

En s’ouvrant avec The Train, ce double album live s’assure les premiers frissons. Trois autres titres de Hat seront repris avec le même bonheur, The House imposant le silence et The Bauhaus Chair décrochant la palme du sacré… Enregistré entre Amsterdam et Moscou en 1989, Urk condense 29 chansons habitées par l’énergie scénique des Néerlandais. Certaines d’entre elles prennent une nouvelle dimension (Walter and Connie, Home Before Dark) quand d’autres vont jusqu’à transcender les versions studio (Two Skaters, Under a Canoe) ; les classiques font applaudir (Adieu, Sweet Bahnhof ou Nescio), l’inédite Telephone Song émoustille et Red Tape évoque (trop) brièvement Work… Avec sa pochette rappelant La part des Anges de Jacno, Urk a été finement produit et restitue toute la subtilité des compositions des Nits, constituant un excellent moyen de faire leur connaissance.

The Police – Live Atlanta

Enregistré à Atlanta en 1983, cet album live paru douze ans plus tard reprend de nombreux morceaux de Synchronicity dont il assurait la promotion. Mais les standards ne sont pas oubliés et Sting sait faire monter la mayonnaise, qui n’hésite pas à étendre la durée des tubes le temps d’entonner quelques refrains supplémentaires avec son public (Message in a Bottle, De Do Do Do, De Da Da Da et surtout Can’t Stand Losing You). Des chœurs inédits apparaissent sur Spirits in the Material World ; c’est un live où les enchaînements font mouche et si les morceaux ne connaissent pas d’envolées spectaculaires à la Led Zeppelin, leur patine sonore les rend authentiques sans faire doublon avec les versions studio.