Canal+ Les 10 ans

C’est l’un des cd les plus inclassables de ma discothèque, il n’est pas disponible dans le commerce et je ne l’écoute quasiment jamais, impossible cependant de m’en séparer tant il concentre de bons moments… Édité à l’occasion des dix ans de la première chaîne cryptée française, et probablement offert à ses abonnés, ce disque compile une centaine de vignettes sonores liées à Canal+, depuis l’ouverture de la chaîne par Philippe Gildas aux morceaux choisis des Nuls, des génériques de Nulle Part Ailleurs ou des Guignols de l’Info, de la version longue du jingle Cinéma écrit par Michel Jonasz ; mais aussi des Nouvelles Neuves du Monde de Jules-Edouard Moustic et celles de Coluche dans 1 FAUX, des blagues de Jean Carmet dans le Palace de Jean-Michel Ribes ou depuis le cagibi de Jackie Berroyer : autant de vignettes mixées avec soin, qui s’écoutent d’une traite comme on traverse une décennie de souvenirs… N’ayant jamais été abonné à Canal+, j’ai trouvé ce cd dans un vide-grenier parisien ; et si je l’ai classé dans le genre avant-garde c’est parce qu’en 1984, Canal+ avait clairement dix ans d’avance.

The Best of Peel Sessions par Bernard Lenoir

Bernard Lenoir est né à Deauville en 1945. Chroniqueur musical émérite, il rend ici hommage aux Peel Sessions dont il avait repris le concept sur France Inter, dans ses Black Sessions entre 1992 et 2010. Auparavant, il était aux manettes de Feedback qui diffusa le concert des Joy Division aux Bains Douches en 1979 ; puis à la télé dans Les Enfants du Rock… Chez John Peel à la BBC, un groupe était invité à interpréter quatre titres dans les conditions du direct. La liberté éditoriale était totale, l’origine du concept était d’ailleurs liée à des restrictions émanant de l’Union Phonographique, limitant la diffusion des versions officielles afin que les auditeurs aient encore envie de les acheter sur disque… Avec cette compilation de 16 titres enregistrés entre 1979 et 1986, Bernard Lenoir nous fait le coup de l’île déserte où l’on ne pourrait emporter qu’un seul disque. Entre poncifs (Syd Barrett, Cure, Smiths), choix plus engagés (Ruts, Redskins, Gang of Four) et une seule faute de goût (faire suivre Joy Division de New Order), ce concentré plutôt post punk reste une jolie mèche rebelle.

…and Darkness Came

Depuis 2007, Headphone Commute se consacre à la découverte et à la promotion de musiques ambient et electro, en particulier via leur remarquable podcast. Fin 2012, deux mois après le passage meurtrier du cyclone tropical Sandy, ils produisent et mettent en ligne leur première compilation officielle and Darkness Came, dont la totalité des gains sera reversée aux associations de victimes. 87 artistes ont été réunis autour de cette cause, parmi lesquels Max Richter et Robin Rimbaud, offrant des compositions souvent inédites. Il n’existe aucune version physique de cet effort monumental, la plateforme bandcamp étant le seul endroit disponible pour l’acquérir contre 8 euros ou plus. Ensuite, rien n’empêche de graver soi-même les 5 cd nécessaires à faire tenir tout le monde. Il y en a pour plus de six heures et pourtant, une fois lancé le mastodonte est difficile à arrêter. Micro-voyages et rêveries brutes s’y enchaînent sans fausse note, au gré de découvertes en cascade… En général, je le réécoute d’une traite.

Michel Berger – Starmania

Né en 1947, Michel Berger écrit pour Bourvil puis Françoise Hardy, avant de rencontrer France Gall en 1976, qui deviendra sa femme et dont il produira les albums. Créé avec le concours du producteur québecois Luc Plamondon, Starmania est l’opéra rock par excellence. Fresque futuriste qui n’a rien à voir avec ces académies télévisées où il s’agit chaque année d’intégrer le même ennui, Starmania raconte les destins croisés de Ziggy (disquaire homosexuel), de Zéro Janvier (milliardaire candidat à la présidence de l’Occident) et de Johnny Rockfort (alias Daniel Balavoine en agitateur sous influence). Musicalement, ça fait monter les larmes sur la Complainte de la Serveuse Automate, Un Garçon pas comme les autres ou Le Monde est Stone, interprétés par Fabienne Thibeault, tandis que la candeur désenchantée du Monopolis de France Gall n’est pas faite pour nous remonter. Alors en effet, c’est bien une école critique de la chanson, mais à un niveau qui n’est pas fait pour être imité ; car même si Starmania continue d’être monté, aucune version ne saurait égaler l’original, pensé et interprété par Michel Berger, ses musiciens et ses amis.

The Beavis and Butt-Head Experience

Beavis and Butt-Head est une série de 200 dessins animés créée par Mike Judge, d’une durée moyenne de dix minutes et diffusés sur MTV entre 1993 et 1997. Ces sketchs mettent en scène deux adolescents attardés passant leur temps devant la télé, entrecoupés de clips vidéo à leur tour commentés par les protagonistes, dont la stupidité est si absolue qu’elle en devient géniale. Beavis est blond et porte souvent un tee-shirt Metallica, Butt-Head est brun et revêt en principe le logo d’AC/DC. Leurs goûts musicaux sont plutôt orientés vers le metal, sans que ce ne soit une règle trop rigide. Grâce à cette compilation j’ai enfin un titre d’Anthrax, de Megadeth ou encore le bien balancé Bounce de Run DMC, même si mon préféré se nomme Primus avec son Poetry and Prose. Mais le plus drôle, c’est d’avoir une à deux minutes des frasques de Beavis et Butt-Head au début ou à la fin des chansons. Une curiosité que j’aime avoir dans ma discothèque, avec de croustillants dessins au menu du livret.

Les Années 80

The Cars, Chaka Khan et Ph. D. C’est pour avoir les titres de ces trois artistes que j’ai eu envie de me procurer cette compilation. Drive parce que c’est un slow magnifique, I Feel for You et I Won’t Let You Down parce qu’ils ont fait partie de mes premiers 45 tours. Évidemment, j’avais déjà un bon tiers des autres titres sur les albums originaux, de Talk Talk à Eurythmics, FGTH, Roxy Music ou Yes, sans oublier l’indispensable Propaganda, rarement présent sur ce genre de disques. Mais ça ne fait rien d’avoir quelques doublons, une telle somme de standards a valeur de témoignage, et si l’on s’amuse à écouter la compilation en aveugle, leur enchaînement peut déchaîner les mémoires. Mention spéciale au livret, qui retrace sur un mode très graphique les moments forts de ces années-là, de l’élection de Ronald Reagan à la chute du mur de Berlin.

Au(x) Suivant(s)

Vingt ans après la mort de Jacques Brel, douze artistes se sont essayés au genre périlleux de l’album hommage. Douze personnalités de la chanson française, dont la diversité assumée fait la force de cet album, car nul n’a cherché à imiter le maître ou plutôt si, mais ceux-là font partie des mauvais titres et nous leur faisons une fleur en ne les citant pas… Du Tango Funèbre éreinté par Bashung à La la la mâchouillé par Arno, notre ivrogne préféré talonné par un Dick Annegarn bredouillant de sincérité sur Jef ; jusqu’à l’incarnation monumentale de Ces gens-là par Noir Désir, le point culminant de l’album, ces réappropriations des chansons les plus émouvantes de Brel laissent une trace vraiment nouvelle ; crûment lyrique avec Zebda reprenant Jaurès, désenchantée sur la litanie d’Au suivant dans la bouche de M, d’une sensualité à couper au couteau Sur la Place avec Arthur H. Un disque décomplexé, présenté dans une édition digipack soignée que Brel n’aurait sans doute pas désavoué.

L’Age d’Or du Disco

Scorpio Music est un label indépendant français, créé en 1976 par Henri Belolo et qui contribua à la vague disco du début des années 1980. On lui doit également d’avoir révélé Break Machine, en 1984 avec le titre Street Dance. Le jour où j’ai déniché cette compilation, je n’ai pas hésité car elle contient deux des plus grandes chansons disco jamais écrites : Upside Down et Funkytown. Bien sûr, que les Village People entonnent leur éloge des auberges de jeunesse n’était pas pour me déplaire, ni que Donna Summer me gave de son « truc chaud » et encore moins qu’Evelyn Thomas délivre son légendaire High Energy. Si en plus je pouvais acquérir, pour la postérité du disco français, un single de Patrick Juvet et un autre de Cerrone, tout en rassasiant mon appétit pour les rugissements d’Eartha Kitt, il n’allait plus rien manquer à ma panoplie de nostalgique en pattes d’éléphant ! Côté livret, on se contentera d’un indien en couverture peint par Djaeff Mahler, et de la liste des chansons… Alors quoi, ne vas-tu pas m’emmener à la ville funky ?

Les Musiques Américaines de Nonesuch

Nonesuch est un label fondé par Jac Holzman et proposant dès 1964 des disques vinyles moitié moins chers, en vue de promouvoir la musique classique contemporaine. Grâce aux goûts avant-gardistes de son fondateur, Nonesuch s’intéressa aussi aux balbutiements de la musique électronique, avec entre autres Walter (Wendy) Carlos. Il n’a l’air de rien, ce disque quasiment promotionnel avec son livret de 52 pages accolé au digipack, dont la couverture donne envie de revoir Lost Highway… Et pourtant le voyage est au rendez-vous, à commencer par Foxtrot for Orchestra, large plage signée John Adams, que j’ai d’ailleurs découvert grâce à ce disque où il est majoritairement présent. Il y a aussi trois extraits du Quatuor de Philip Glass, qui donnent envie de s’intéresser à ses symphonies ; sans oublier les deux icônes Steve Reich et Terry Riley : rien de tel qu’un petit extrait avant de plonger dans Drumming ou In C… En résumé, loin d’être minimaliste cette compilation est une mine d’or pour s’initier à la musique contemporaine.