Susumu Yokota – LO Compilation

En 2006, Yokota remixe 45 titres sur ce double album paru chez LO Recordings. On y retrouve sept morceaux des expérimentateurs londoniens The Chap, Auto Where To et Remember Elvis Rex étant les plus remarquables. Le DJ Cursor Miner est lui aussi très présent, ses boucles à la Aphex Twin élégamment apprêtées dans Errors in my Mind ou This is Electro… Alexandroid (My Lovemixdown) rappelle la légèreté de Jacno et l’écho des guitares de Rothko (Open) évoque Dead Man, sans oublier le traitement fait à Red Snapper sur Mountains and Valleys et Heavy Petting… Avec les claviers acidulés de Tobs (Clawing Its Way Back) et quelques pics sensationnels (Disco Gardens de Micky Globe ou 3a admirablement enchaîné avec Grilling the Cheese de Cursor Miner), la richesse de cet opus n’est pas sans évoquer la compilation …and Darkness Came. Deux heures et demie de musique généreuse et variée, aux accents downtempo parfaits pour calibrer ses oreilles avant d’embarquer vers la planète Eno.

Master Tapes 01

Paru chez Warner en 2002, ce double album rend justice aux standards de la soul qui ont fait le succès de plusieurs groupes trip hop dans les années 90. Avec Trouble so Hard de Vera Hall (1960), l’immersion est immédiate et comble un vide vers Moby qui l’a reprise quarante ans plus tard sur Play ; lequel ouvre le second cd avec Find my Baby… Isaac Hayes et Help me Love (1973) abolit le temps qui le sépare de la Glory Box de Portishead ; Love to Love you Baby de Donna Summer figurant à la fois dans sa version originale et remixée par le DJ Wacky Races, mais elle n’arrive pas à la cheville du medley de Somerville… Fat Boy Slim est de la partie (E.V.A.), Ananda Shankar (Jumpin’ Jack Flash) et l’inusable Stratus de Bill Cobham ; la fête se terminant avec Lalo Schifrin et son palpitant Shifting Gears, tiré de la bande originale de Bullitt… En alternant morceaux originaux et reprises attendues, la toile musicale de Master Tapes 01 tisse des cordes vibrantes à travers les genres. Dommage que l’expérience soit restée sans lendemain.

Pulp Fiction

Deux ans après Reservoir Dogs, Quentin Tarantino supervise la bande originale de Pulp Fiction avec la même gourmandise pour les chansons oubliées, à commencer par Misirlou de Dick Dale, un bijou de surf rock daté de 1962 et qui ouvre le film après le mémorable dialogue au restaurant entre Tim Roth et Amanda Plummer… Al Green est soul avec Let’s Stay Together et The Tornadoes remettent une couche de bleu avec l’instrumentale Bustin’ Surfboards ; Chuck Berry nous sert un bon vieux rock’n roll avec You Never Can Tell, immortalisé par la danse entre John Travolta et Uma Thurman dans un autre restaurant… Urge Overkill rafraîchit Girl You’ll be a Woman Soon de Neil Diamond et Flowers on the Wall des Statler Brothers est une tranche de country dont je ne me lasse pas ; quelques dialogues cultes insérés entre les chansons prolongent le plaisir, associés aux photographies dans le livret ils peuvent donner envie de foncer sur sa dévédéthèque. « Zed’s dead baby, Zed’s dead… »

Reich Remixed

Passer le pape de la répétition à la moulinette electro, l’exercice a été tenté en 1999 par dix artistes, avec des fortunes diverses sur cette compilation parue chez Nonesuch… Ceux qui ont utilisé la musique de Steve Reich comme matériau de mixage ordinaire sont hors-sujet et n’ont sans doute jamais écouté un de ses disques en entier : Andre Parker qui s’est cru chez Orbital, Coldcut qu’aurait pu inviter Jean-Michel JarreDJ Spooky qui gesticule sur sa chaise ou encore Ken Ishii qui s’est contenté d’ajouter des flonflons à Come Out… Heureusement qu’il y a cet hommage retenu de Tranquility Bass, agglomérant de nombreuses bribes sur un rythme évoluant entre Six Marimbas et Drumming ; ou bien Proverb de Nobuzaku, une épure qui m’évoque Susumu Yokota ; mais l’ensemble reste inégal et l’on se tournera plutôt vers Richie Hawtin pour une véritable excursion minimaliste.

Trainspotting

Parue en 1996, la bande originale du meilleur film de Danny Boyle est toujours aussi convaincante. Iggy Pop assure la mise en jambes avec Lust for Life, suivi de Brian Eno et son instrumentale amphibie (Deep Blue Day), sous-latrines lorsque Ewan McGregor pique une tête afin de récupérer ses suppos hallucinogènes… Primal Scream signe le titre éponyme, downtempo aux guitares trip hop ; il y a la britpop de Sleeper et son sensuel Atomic, le Perfect Day de Lou Reed ; Temptation de New Order et Sing de Blur, Nightclubbing d’Iggy Pop ou encore les infrasons liquides de Leftfield (A Final Hit), évoquant Irréversible ; mais c’est Bedrock et Underworld qui signent les morceaux les plus monstrueux, avec respectivement For What you Dream of et la voix médusante de Carol Leeming, suivi du stroboscopique Born Slippy, dix minutes de trance expérimentale où voix et rythmes se chevauchent… Le Closet Romantic de Damon Albarn est au générique de fin, mélodie vers le matin après cette succession de bouffées sonores dont on sort lessivé et euphorique, comprimé jusqu’à l’overdose par cette suite de tubes qui prend aux tripes. « You’re losing your mind, but that’s okay… »

Reservoir Dogs

En 1992, cinq ans avant Jackie Brown le premier film de Quentin Tarantino était accompagné d’une bande originale décapante. Elle se compose de huit chansons datées seventies, du groovy Little Green Bag de George Baker à Joe Tex et I Gotcha, le groupe Bedlam ayant droit à deux titres avec Magic Carpet Ride et Harvest Moon… J’aime la soul virile de Blue Swede (Hooked on a Feeling), un groupe suédois qui a connu une seconde jeunesse grâce à Reservoir Dogs ; mais c’est Stuck in the Middle with You des Stealers Wheel qui décroche la madeleine du morceau-collé-au-film, où l’on revoit aussitôt les pas de danse de « Mister Blonde » autour de sa victime… Coconut de Nilsson termine d’illustrer cette œuvre déjantée, à revivre en accéléré grâce à ce disque où figurent de courts extraits de dialogues entre les chansons ; tandis que la voix du DJ entendu au début du film intervient parfois pour annoncer un morceau, en direct du « K-Billy’s Super Sounds of the Seventies. »

Patchwork

Produite à mille exemplaires à l’occasion du dixième anniversaire du festival strasbourgeois « Jazz d’Or », la compilation Patchwork paraît chez Free Son en 1995 afin de promouvoir une scène locale alors en ébullition… Avec son vibraphone et sa contrebasse, la Tolérance de Sweet Chorus suit les traces de Henri Texier. Le saxophone du Roby Glod Quartet rappelle Stan Getz et se la coule douce avec Tiziana, plus loin sur Omar la guitare de Cedim Pool saupoudre un groove à la manière de Pat Metheny ; la parenté avec ce dernier étant encore plus évidente avec un Air de Capricorne chaloupé, signé de l’Okna JCK Trio. On songe aussi à Jean-Luc Ponty avant que Cécile Verny ne ramène son Quartet avec une reprise casse-bonbon de You Don’t Know What Love is, l’album se terminant sur une embardée un peu trop délayée de l’Orchestre Régional de Jazz d’Alsace. Yo.

Les Tubes 80 Introuvables vol. 4

Il faut acquérir pas mal de compilations pour retrouver tous les titres qui ont marqué la libéralisation de la bande fm. Complément nécessaire de New Wave vol. 2, ce double cd a réenchanté mes oreilles avec une poignée de chansons sous-représentées dans les recueils habituels. I Pray des Blossom Child et leur voix proche de Jimmy Somerville, la mémorable litanie synthpop Again de Do Piano, les 99 Luftballons de Nena ; Dream de P. Lion, dont la version instrumentale a été le générique du Top 50 pendant neuf ans… N’oublions pas les duos absurdes avec Thaï Na Na de Kazero, ou encore Toss s’essayant à traduire Da Da Da des Allemands de Trio, le funky Mouvement perpétuel de Zaak et Fox The Fox avec Precious Little DiamondVisitors de Koto et le toujours singulier I Know There’s Something Going On, interprété par Frida du groupe Abba avec Phil Collins à la batterie… Comme pour le premier volume, les couvertures des singles ont été reproduites dans le livret, ma préférée étant celle de Lesley Jane (Rocking with my Radio), un de mes premiers 45 tours aux côtés de Kim Carnes.

Les Tubes 80 Introuvables vol. 1

Aussi indispensable qu’Ultimate 80 International, ce double cd sorti en 2004 compile 40 morceaux réputés introuvables, une exagération marketing qui révèle néanmoins une douzaine de perles. Bad News de Moon Martin et Sally de Carmel, l’indémodable Donnez-moi du Feu de Kim Larsen et la Never Ending Story de Limahl, When the Rain Begins to Fall de Jermaine Jackson & Pia Zadora ou Just a Friend of Mine de Vaya Con Dios, It’s my life avant la mue des Talk Talk… On est aussi ravis de retrouver Im Nin’alu d’Ofra Haza, Fake et sa Brick aux accents de Xymox, Pick up the Phone de F.R David et l’enflammant Body Physical de Buzy ; Blue Night Shadow de Two of Us et son mystérieux hiatus, avant de conclure avec les onomatopées fêlées de George Kranz sur Din daa daa, héritier en herbe de Kurt Schwitters… Le livret reprend les pochettes de tous les 45 tours, induisant ça et là un petit frisson rétrospectif. « Another brick is falling from the isle of you… »

When the Wind Blows

Adapté d’une bande dessinée de Raymond Briggs, When The Wind Blows est un film d’animation réalisé par Jimmy Murakami en 1986. D’un graphisme épuré, il raconte l’imminence d’une explosion atomique dans une banlieue anglaise, et ses conséquences à travers la vie d’un couple de retraités… La bande originale est confiée à Roger Waters, un an après son départ de Pink Floyd et dans la lignée de l’album The Final Cut, qui propose dix chansons et interludes émaillées d’extraits de dialogues désarmants, le chant et la guitare de Waters en phase avec le désenchantement ambiant (Towers of Faith, Folded Flags)… D’autres invités de marque donnent à ce disque un caractère atypique : David Bowie qui a composé et interprète le morceau éponyme, Genesis et leur toujours expressif Brazilian, ou encore The Shuffle de Paul Hardcastle.