Trainspotting

Parue en 1996, la bande originale du meilleur film de Danny Boyle est toujours aussi convaincante. Iggy Pop assure la mise en jambes avec Lust for Life, suivi de Brian Eno et son instrumentale amphibie (Deep Blue Day), sous-latrines lorsque Ewan McGregor pique une tête afin de récupérer ses suppos hallucinogènes… Primal Scream signe le titre éponyme, downtempo aux guitares trip hop ; il y a la britpop de Sleeper et son sensuel Atomic, le Perfect Day de Lou Reed ; Temptation de New Order et Sing de Blur, Nightclubbing d’Iggy Pop ou encore les infrasons liquides de Leftfield (A Final Hit), évoquant Irréversible ; mais c’est Bedrock et Underworld qui signent les morceaux les plus monstrueux, avec respectivement For What you Dream of et la voix médusante de Carol Leeming, suivi du stroboscopique Born Slippy, dix minutes de trance expérimentale où voix et rythmes se chevauchent… Le Closet Romantic de Damon Albarn est au générique de fin, mélodie vers le matin après cette succession de bouffées sonores dont on sort lessivé et euphorique, comprimé jusqu’à l’overdose par cette suite de tubes qui prend aux tripes. « You’re losing your mind, but that’s okay… »

Reservoir Dogs

En 1992, cinq ans avant Jackie Brown le premier film de Quentin Tarantino était accompagné d’une bande originale décapante. Elle se compose de huit chansons datées seventies, du groovy Little Green Bag de George Baker à Joe Tex et I Gotcha, le groupe Bedlam ayant droit à deux titres avec Magic Carpet Ride et Harvest Moon… J’aime la soul virile de Blue Swede (Hooked on a Feeling), un groupe suédois qui a connu une seconde jeunesse grâce à Reservoir Dogs ; mais c’est Stuck in the Middle with You des Stealers Wheel qui décroche la madeleine du morceau-collé-au-film, où l’on revoit aussitôt les pas de danse de « Mister Blonde » autour de sa victime… Coconut de Nilsson termine d’illustrer cette œuvre déjantée, à revivre en accéléré grâce à ce disque où figurent de courts extraits de dialogues entre les chansons ; tandis que la voix du DJ entendu au début du film intervient parfois pour annoncer un morceau, en direct du « K-Billy’s Super Sounds of the Seventies. »

Patchwork

Produite à mille exemplaires à l’occasion du dixième anniversaire du festival strasbourgeois « Jazz d’Or », la compilation Patchwork paraît chez Free Son en 1995 afin de promouvoir une scène locale alors en ébullition… Avec son vibraphone et sa contrebasse, la Tolérance de Sweet Chorus suit les traces de Henri Texier. Le saxophone du Roby Glod Quartet rappelle Stan Getz et se la coule douce avec Tiziana, plus loin sur Omar la guitare de Cedim Pool saupoudre un groove à la manière de Pat Metheny ; la parenté avec ce dernier étant encore plus évidente avec un Air de Capricorne chaloupé, signé de l’Okna JCK Trio. On songe aussi à Jean-Luc Ponty avant que Cécile Verny ne ramène son Quartet avec une reprise casse-bonbon de You Don’t Know What Love is, l’album se terminant sur une embardée un peu trop délayée de l’Orchestre Régional de Jazz d’Alsace. Yo.

Les Tubes 80 Introuvables vol. 4

Il faut acquérir pas mal de compilations pour retrouver tous les titres qui ont marqué la libéralisation de la bande fm. Complément nécessaire de New Wave vol. 2, ce double cd a réenchanté mes oreilles avec une poignée de chansons sous-représentées dans les recueils habituels. I Pray des Blossom Child et leur voix proche de Jimmy Somerville, la mémorable litanie synthpop Again de Do Piano, les 99 Luftballons de Nena ; Dream de P. Lion, dont la version instrumentale a été le générique du Top 50 pendant neuf ans… N’oublions pas les duos absurdes avec Thaï Na Na de Kazero, ou encore Toss s’essayant à traduire Da Da Da des Allemands de Trio, le funky Mouvement perpétuel de Zaak et Fox The Fox avec Precious Little DiamondVisitors de Koto et le toujours singulier I Know There’s Something Going On, interprété par Frida du groupe Abba avec Phil Collins à la batterie… Comme pour le premier volume, les couvertures des singles ont été reproduites dans le livret, ma préférée étant celle de Lesley Jane (Rocking with my Radio), un de mes premiers 45 tours aux côtés de Kim Carnes.

Les Tubes 80 Introuvables vol. 1

Aussi indispensable qu’Ultimate 80 International, ce double cd sorti en 2004 compile 40 morceaux réputés introuvables, une exagération marketing qui révèle néanmoins une douzaine de perles. Bad News de Moon Martin et Sally de Carmel, l’indémodable Donnez-moi du Feu de Kim Larsen et la Never Ending Story de Limahl, When the Rain Begins to Fall de Jermaine Jackson & Pia Zadora ou Just a Friend of Mine de Vaya Con Dios, It’s my life avant la mue des Talk Talk… On est aussi ravis de retrouver Im Nin’alu d’Ofra Haza, Fake et sa Brick aux accents de Xymox, Pick up the Phone de F.R David et l’enflammant Body Physical de Buzy ; Blue Night Shadow de Two of Us et son mystérieux hiatus, avant de conclure avec les onomatopées fêlées de George Kranz sur Din daa daa, héritier en herbe de Kurt Schwitters… Le livret reprend les pochettes de tous les 45 tours, induisant ça et là un petit frisson rétrospectif. « Another brick is falling from the isle of you… »

When the Wind Blows

Adapté d’une bande dessinée de Raymond Briggs, When The Wind Blows est un film d’animation réalisé par Jimmy Murakami en 1986. D’un graphisme épuré, il raconte l’imminence d’une explosion atomique dans une banlieue anglaise, et ses conséquences à travers la vie d’un couple de retraités… La bande originale est confiée à Roger Waters, un an après son départ de Pink Floyd et dans la lignée de l’album The Final Cut, qui propose dix chansons et interludes émaillées d’extraits de dialogues désarmants, le chant et la guitare de Waters en phase avec le désenchantement ambiant (Towers of Faith, Folded Flags)… D’autres invités de marque donnent à ce disque un caractère atypique : David Bowie qui a composé et interprète le morceau éponyme, Genesis et leur toujours expressif Brazilian, ou encore The Shuffle de Paul Hardcastle.

Music from the films of Hal Hartley

Réalisateur et compositeur américain, Hal Hartley est né à New York en 1959. J’ai découvert ses films à l’aube des années 90, en même temps que ceux de Jarmusch et les ai trouvés aussi farouchement libres et « indépendants », en particulier The Unbelievable Truth et Trust, interprétés par la regrettée Adrienne Shelly, ou encore Simple Men avec Martin Donovan et la troublante Elina Löwensohn… Parue en 1993, cette compilation agglomère les morceaux emblématiques des premiers films de Hal Hartley, du crooner Hub Moore (Walk Away, Gonna Miss You) aux expérimentateurs de Yo La Tengo, Always Something évoquant avec bonheur la dream pop de Low… On apprécie aussi les interludes signées à la guitare d’un certain Ned Rifle, pseudonyme derrière lequel se cache pudiquement Hal Hartley, ponctuant ses films et que l’on retrouve parfois au moment du générique.

New Wave vol. 2

Dans la foulée d’une première édition très accomplie, Polygram enchaîne avec 18 nouveaux incontournables des années 80, permettant de rafraîchir la liste de nos souvenirs… The Reflex est bienvenu mais pour Duran Duran je continue de recommander l’album Rio, Wang Chung et Dance Hall Days s’impose de même que Send me an Angel de Real Life ; il y a même une incursion de Johnny Rotten avec This is Not a Love Song (but of course son titre le plus policé), et aussi les Australiens Ice House avec Hey Little Girl… Change des Tears for Fears mérite d’être redécouvert sur l’album The Hurting, de même pour Sweet Dreams d’Eurythmics, Sounds Like a Melody d’Alphaville et What is Love? de Howard Jones ; mais en fin de compte ce sont les Buggles qui décrochent la plus belle madeleine, avec Video Killed the Radio Star et Trevor Horn qui chante comme s’il téléphonait du futur. « We can’t rewind, we’ve gone too far… »

New Wave vol. 1

Aucune faute de goût sur les 19 chansons regroupées sur ce cd,  ce qui tient de l’exploit et en fait une valeur sûre pour un aller retour vers les années 80. Avec ces classiques dont on a depuis acheté les albums complets (Enola Gay, Sexcrime, Such a Shame, Smalltown Boy, Bostich, Don’t Go, Blue Monday, Big in Japan, Love Will Tear us Apart, Planet Claire, Peter Gunn, Shout) ; mais aussi ces groupes dont on veut seulement retrouver les tubes : Ultravox (Dancing with Tears in my Eyes), Visage (Fade to Grey), Blondie (Heart of Glass), Secret Service (Flash in the Night), Killing Joke (Love Like Blood)… Avec sa chaussure Dr Martens décorée aux couleurs du Royaume-Uni et son câble de guitare en guise de lacets, ce disque Polygram garantit 77 minutes d’éternité pour les anciens, et de révision des fondamentaux pour les jeunots.

The Prisoner

Le prisonnier est une série britannique cocréée et interprétée en 1967 par le scénariste et acteur Patrick McGoohan, qui se retrouve dépersonnalisé dans un village inconnu, régi par des lois imprévisibles et réduit à porter un numéro sur un badge. Avec la Twilight Zone c’est une de mes séries préférées du siècle dernier, dont la musique signée Albert Elms et Wilfred Josephs n’est pas sans rappeler les ambiances de Bernard Hermann… Paru en 1986 chez Silva Screen, ce cd incarne l’inquiétante étrangeté de la série en 26 morceaux mémorables (Engadine’s Dreamy Party, No. 6 Steals a Lifebelt, Village Green Cricket Match), entre adaptations de Bizet (Farandelle played by Village Band) et duo de guitare jazz et xylophone (No. 6’s Regression to Childhood)Le prisonnier c’est aussi un générique culte, associé au thème de Ron Grainer auquel on devait déjà celui de Doctor Who quatre ans plus tôt, et que l’on retrouve à trois reprises sur le disque.