Spirit of Talk Talk

Vingt ans après Laughing Stock, ce double cd publié chez Fierce Panda prouve qu’il est possible de chanter Talk Talk à la place de Talk Talk… Signée du fidèle James Marsh, la pochette met immédiatement en confiance. Il n’y a pas non plus de seconds couteaux de la pop au générique, mais plutôt d’humbles aficionados réunis le temps de cet hommage à l’œuvre de Mark Hollis, où les surprises s’enchaînent à commencer par une reprise viscérale de Wealth par The Lone Wolf… Recoil dépouille Dum Dum Girl, ses cordes évoquant Björk ; puis transcende Inheritance dans une version ambient à la manière de Sylvain Chauveau… Préparé comme chez Pierre Bastien, le piano de Duncan Sheik dégrippe Life’s What you Make it dans un étonnant duo avec Rachael Yamagata ; folk à l’étouffée et sens de la rupture étant au rendez-vous de Give it up (King Creosote) ou The Rainbow (Zelienople). Côté inédit, Jack Northover fait mouche avec son bluesy Question Mark ; l’écrin se refermant en silence avec Taphead (The Acorn)… 30 morceaux revisitant l’histoire de Talk Talk sans effets de manche, dont la  sincérité rappelle Jacno Future paru un an plus tôt.

Travel Electro

Remarquable parce qu’elle intègre Mustt Mustt, le remix de Nusrat Fateh Ali Khan par Massive Attack, cette compilation parue en 2004 recèle d’autres pépites : Tribalistraz d’Alexandre Scheffer et ses rythmes proches de The Shamen ; Deia d’Electro Mana pour un chill sous les néons de l’heure bleue ; Possibly of Love par Vernon & Dacosta comme un Yokota amphétaminé… J’aime aussi la guitare hispanisante de Latin Flavor (Kunkanzazenjii), les flûtes indiennes signées Infernal (Adeel) ou encore le groove ibérique de Redfish (Ultimo Amore), futuriste façon Rah Band… Ke Dolor de Santos est à écouter dans un bus quand on a le dos bloqué, sans passer à côté des pulsations bluffantes de St Germain (Percussion), enchaînées avec The Truffle Tribe de Mane et qui mettent l’Afrique à l’honneur, à la manière de Daphni sur ce disque passe-partout mais revigorant.

Hairspray

Souvent imitée, la comédie musicale Hairspray réalisée en 1988 par John Waters n’a pas d’équivalent. Sur fond de ségrégation raciale dans les années 60, la jeune Tracy Turnblad (Ricki Lake) a pour ambition de remporter un concours de danse à Baltimore, retransmis à la télévision. Ses rondeurs vont susciter les moqueries, mais sa grandeur d’âme et surtout son talent auront raison des préjugés. Avec le soutien de sa mère (interprétée par Divine, acteur fétiche de Waters dans des films autrement provocants), Tracy va casser la baraque et cette bande originale épouse les formes d’une histoire haute en couleurs… On y apprend le madison avec The Ray Bryant Combo et It’s Madison Time, aussi intimement lié au film que Jitterbug l’est à Mulholland Drive. D’autres danses sont au menu  : The Roach de Gene and Wendell dans l’esprit de Little Richard, puis l’on claque des doigts sur The Bug (Jerry Dallman) tandis que Foot Stompin’ (The Flares) pourrait être au générique d’un film de Tarantino… Vous avez demandé trente minutes de bonne humeur rhythm’n blues & rock’n roll ? « Welcome to the Corny Collins Show ! »

Red Snapper – Pale Blue Dot

Après six ans de séparation, le temps pour chacun de mener différents projets, Ali, Richard et David reviennent chez Lo Recordings avec Pale Blue Dot. Présent dans le studio au bon moment, le saxo-clarinettiste Tom Challenger devient membre permanent et ravive en quelques instants le son clair et pulsé, chaleureux de Red Snapper sur Brickred ; sensation confirmée avec Lagos Creepers : ce quatrième larron fait la paire avec le trio initial ! La basse d’Ali Friend nous offre une intro en or sur Wanga Doll, argentée par Tom alors joueur de mélodica ; puis l’alchimie se grippe et quelqu’un se met à crier afin de masquer la supercherie, mais Deathroll n’a pas perdu le sens de la progression et à l’exception de Moving Mountain où ils sont tombés dans l’autoparodie en convoquant le fantôme de Prince Blimey ; et de deux remix avec fonction remplissage à la fin du disque, Red Snapper démontre qu’il a encore envie sur cet opus rappelant parfois Tortoise, le tout servi dans un digipack insolite et dépourvu de signe extérieur.

Red Snapper – It’s all Good

Red Snapper vient de se dissoudre, nous sommes en 2002 et sous la houlette de leur batteur Richard Thair, le label Keep Diggin a convié neuf artistes à pousser les potards autour de l’esprit du groupe défunt… His Name is Alive ouvre le bal, lui-même en pleine mutation et qui propose une version boostée de Someday my Blues will Cover the Earth. Les hésitations de Prefuse 73 ennuient passablement (Nuno) et Yokota se contente d’extraire King Dragonfly de son dernier album ; ça s’arrange avec le Space Chase de Nav et plus encore Houston de Spacer, dont les boucles techno permettent enfin de décoller… Cela étant, le meilleur titre de cette compilation se nomme Ultraviolet, une instrumentale aux rythmes perforants signée Red Snapper, comme on balance un dernier inédit… Mention honorable aux épellations de Spellcheck marinées dans les collages graisseux d’Aramcheck, au dessert de ce disque inégal mais bienveillant en espérant le retour des rois de la dub downtempo, des princes du jazz trip hop.

Greatest Hits of the 70’s

J’ai acheté cette compilation pour retrouver Popcorn, interprété en 1972 par Hot Butter et considéré comme le premier tube de l’histoire de la musique electro. Composé trois ans plus tôt par Gershon Kingsley sur synthé Moog, il figurait aussi parmi les 45 tours dont j’ai hérité en même temps que ma première platine vinyle ; et l’émotion reste intacte à chaque fois que j’écoute ces trois minutes de cymbales et cabrioles monophoniques… Cette madeleine mise à part, trois titres que mes parents devaient écouter dans la Simca 1000 me sont revenus en mémoire : It’s a Heartache (Bonnie Tyler), Some Girls (Racey) et surtout Baker Street de Gerry Rafferty, son saxo légendaire et ses glissandos pour clavier éthéré… D’autres curiosités rendent charmant ce disque précurseur des années 80 : Beach Baby de First Class imitant les Beach Boys, George Baker et sa Paloma Blanca dont les trémolos de flûte rappellent l’ambiance des séries télévisées comme Goldorak, le rock’n folk de Kincade (Dreams are Ten a Penny) ou encore The Man who Sold the World de David Bowie, en duo avec Lulu pour une tranche de glam.

Susumu Yokota – LO Compilation

En 2006, Yokota remixe 45 titres sur ce double album paru chez LO Recordings. On y retrouve sept morceaux des expérimentateurs londoniens The Chap, Auto Where To et Remember Elvis Rex étant les plus remarquables. Le DJ Cursor Miner est lui aussi très présent, ses boucles à la Aphex Twin élégamment apprêtées dans Errors in my Mind ou This is Electro… Alexandroid (My Lovemixdown) rappelle la légèreté de Jacno et l’écho des guitares de Rothko (Open) évoque Dead Man, sans oublier le traitement fait à Red Snapper sur Mountains and Valleys et Heavy Petting… Avec les claviers acidulés de Tobs (Clawing Its Way Back) et quelques pics sensationnels (Disco Gardens de Micky Globe ou 3a admirablement enchaîné avec Grilling the Cheese de Cursor Miner), la richesse de cet opus n’est pas sans évoquer la compilation …and Darkness Came. Deux heures et demie de musique généreuse et variée, aux accents downtempo parfaits pour calibrer ses oreilles avant d’embarquer vers la planète Eno.

Master Tapes 01

Paru chez Warner en 2002, ce double album rend justice aux standards de la soul qui ont fait le succès de plusieurs groupes trip hop dans les années 90. Avec Trouble so Hard de Vera Hall (1960), l’immersion est immédiate et comble un vide vers Moby qui l’a reprise quarante ans plus tard sur Play ; lequel ouvre le second cd avec Find my Baby… Isaac Hayes et Help me Love (1973) abolit le temps qui le sépare de la Glory Box de Portishead ; Love to Love you Baby de Donna Summer figurant à la fois dans sa version originale et remixée par le DJ Wacky Races, mais elle n’arrive pas à la cheville du medley de Somerville… Fat Boy Slim est de la partie (E.V.A.), Ananda Shankar (Jumpin’ Jack Flash) et l’inusable Stratus de Bill Cobham ; la fête se terminant avec Lalo Schifrin et son palpitant Shifting Gears, tiré de la bande originale de Bullitt… En alternant morceaux originaux et reprises attendues, la toile musicale de Master Tapes 01 tisse des cordes vibrantes à travers les genres. Dommage que l’expérience soit restée sans lendemain.

Pulp Fiction

Deux ans après Reservoir Dogs, Quentin Tarantino supervise la bande originale de Pulp Fiction avec la même gourmandise pour les chansons oubliées, à commencer par Misirlou de Dick Dale, un bijou de surf rock daté de 1962 et qui ouvre le film après le mémorable dialogue au restaurant entre Tim Roth et Amanda Plummer… Al Green est soul avec Let’s Stay Together et The Tornadoes remettent une couche de bleu avec l’instrumentale Bustin’ Surfboards ; Chuck Berry nous sert un bon vieux rock’n roll avec You Never Can Tell, immortalisé par la danse entre John Travolta et Uma Thurman dans un autre restaurant… Urge Overkill rafraîchit Girl You’ll be a Woman Soon de Neil Diamond et Flowers on the Wall des Statler Brothers est une tranche de country dont je ne me lasse pas ; quelques dialogues cultes insérés entre les chansons prolongent le plaisir, associés aux photographies dans le livret ils peuvent donner envie de foncer sur sa dévédéthèque. « Zed’s dead baby, Zed’s dead… »

Reich Remixed

Passer le pape de la répétition à la moulinette electro, l’exercice a été tenté en 1999 par dix artistes, avec des fortunes diverses sur cette compilation parue chez Nonesuch… Ceux qui ont utilisé la musique de Steve Reich comme matériau de mixage ordinaire sont hors-sujet et n’ont sans doute jamais écouté un de ses disques en entier : Andre Parker qui s’est cru chez Orbital, Coldcut qu’aurait pu inviter Jean-Michel JarreDJ Spooky qui gesticule sur sa chaise ou encore Ken Ishii qui s’est contenté d’ajouter des flonflons à Come Out… Heureusement qu’il y a cet hommage retenu de Tranquility Bass, agglomérant de nombreuses bribes sur un rythme évoluant entre Six Marimbas et Drumming ; ou bien Proverb de Nobuzaku, une épure qui m’évoque Susumu Yokota ; mais l’ensemble reste inégal et l’on se tournera plutôt vers Richie Hawtin pour une véritable excursion minimaliste.