Cocteau Twins – The Box Set

Paru l’année suivant leur rupture avec le label 4AD, The Box Set contient l’intégralité des singles que les Cocteau Twins ont publiés en marge de leurs disques officiels, entre 1982 et 1990. De Lullabies à Iceblink Luck, nous suivons leur évolution au gré de 34 nouvelles chansons prolongeant l’expérience des albums studios ; chaque cd bénéficiant d’un artwork soigné, à l’image du groupe et qui renforce la sensation d’écouter de petits albums à part entière. Une immersion qui se fait en ouvrant un coffret garni de toile sombre, remarquable et sensuel. Le dixième disque propose 4 chansons totalement inédites, dont je retiens The High Monkey-Monk ; pour les autres voici les titres qu’il faut avoir écoutés au moins une fois dans sa vie : It’s all but an Ark Lark, Peppermint Pig, Laugh Lines, Rococo, Ribbed and Veined et Melonella. Des chansons si belles que l’on est tenté de les garder à portée de main dans son chevet, prêtes à écouter sur ce baladeur dont nous espérons profiter à l’heure de notre dernier souffle, au cas où il n’y aurait pas d’anges…

Cocteau Twins – Blue Bell Knoll

Le temps d’une incartade aux côtés de Harold Budd et l’album The Moon and the Melodies, le trio écossais est de retour avec Blue Bell Knoll, un cinquième album flamboyant et où chacun tient sa place de façon à mettre en musique cet univers sonore inimitable, où The Itchy Glowbo Blow et Spooning Good Singing Gum font office de machines à frissonner dans son fauteuil, pour ne rien dire du morceau titre, Blue Bell Knoll ouvrant l’album telle une spirale à remonter le temps de sa propre vie, le long de l’épine dorsale… C’est en 1992 que j’ai découvert les Cocteau Twins, avec cet album que j’ai longtemps considéré comme un de mes meilleurs disques, je l’avais même emporté en auditorium afin de choisir mes prochaines enceintes hi-fi ! J’étais jeune… À présent, si je reste attaché à ce disque où Liz, Robin et Simon sont au faîte de leur maturité, je dirais que l’essentiel est derrière eux, dans ces albums qu’à l’époque je ne connaissais pas encore… Mais leur conviction est intacte, et tandis que démarre Carolyn’s Fingers, c’est sans doute le disque que je recommanderais pour découvrir les Cocteau Twins.

Cocteau Twins – Heaven or Las Vegas

Comme s’ils avaient voulu annoncer la couleur dès la couverture de ce sixième album, où des entrelacs de lumière vive dansent au firmament, avec Heaven or Las Vegas les Cocteau Twins prennent un virage délibéré vers une clarté qui ne leur sied pas. Les instruments pourtant sont les mêmes, de Fraser entourée de ses clones vocalisant à la guitare de Guthrie et la basse de Ramyonde agréablement mise en avant ; mais l’ambiance semble apprêtée et les chansons tenues en laisse, comme s’ils n’y croyaient plus qu’à moitié… La tonalité a nettement glissé vers un son pop pour ne pas dire sautillant, où chacun s’agite dans son coin sans plus participer d’un même mouvement vers ces sommets de lyrisme tourmenté auxquels nous étions habitués… Hormis Fifty-Fifty Clown et peut-être Road River and Rail, cela en deviendrait presque quelconque ; la suite sera encore plus catastrophique, car le groupe va quitter 4AD et renoncer à son identité.

Cocteau Twins – Victorialand

Un an et demi et trois extended play plus tard (qui contiennent de véritables perles), les Cocteau Twins reviennent avec un quatrième album surprenant par son dépouillement, le chant de Liz Fraser devenant plus que jamais un instrument à part entière. Enregistré sans le bassiste Simon Raymonde, Victorialand met à nouveau en scène le duo Fraser & Guthrie, mais cette fois sans filet car là où l’exercice avait trouvé ses limites sur Head over Heels, nous assistons ici à une approche fusionnelle des deux protagonistes ; où au lieu de faire semblant de jouer la basse, Guthrie excelle à cette guitare dont il connaît les effets par cœur. Quand on sait que le couple vivait alors réellement ensemble, on comprend encore mieux la tonalité intimiste de cet album écrin, où dans une succession de réverbérations enchanteresses, de Lazy Calm à The Thinner the Air, les Cocteau Twins font une nouvelle fois vaciller les frontières de la musique à planer. À rêver.

Cocteau Twins – Treasure

Paru un an après le mitigé Head Over Heels, le troisième album des Cocteau Twins voit le retour d’un vrai bassiste en la personne de Simon Raymonde. Treasure porte bien son nom, le frisson ressenti dès les premières mesures de Ivo ne saurait mentir, à retrouver la voix d’Elizabeth Fraser très épanouie, signant avec Lorelei, Beatrix ou Amelia une série de titres veloutés et mélancoliques ; en chœurs démultipliés envahis de cette glossolalie qui la caractérise, consistant à chanter dans un langage inconnu, assurément dérivé de l’anglais mais perdant toute logique de par le mélange imprévu des mots, quand ils ne sont pas tout bonnement inventés, glissés au milieu des phrases. Mais nous sommes bien dans de la musique, tout cela est harmonieux et renforce la sensation de pénétrer un univers singulier, étranger mais qui nous tend les bras… Un album où la basse a retrouvé sa présence, tandis que l’ajout d’un synthé discret sur Otterley ou Donimo ajoute à cette ambiance éthérée qui n’appartient qu’aux Cocteau Twins, inquiétante et jouissive à la fois.

Cocteau Twins – Head over Heels

Moins d’un an après avoir déroulé la plus troublante guirlande des années 80, les Écossais gothiques sont de retour avec Head over Heels, second album qui voit le départ de Will Heggie et réduit le trio à un duo, Fraser restant au chant tandis que Guthrie assure à la guitare et à la basse. À noter aussi la production de deux extended play, Lullabies et Peppermint Pig (sublimes et dont nous reparlerons) ; quant à ce second album, j’avoue que son intérêt m’a toujours échappé : Liz semble retenir son élan derrière des paroles intelligibles, Guthrie a mis son flanger au minimum et nous décoche de gentils accords acoustiques, pour ne rien dire de la basse en service minimum… À l’exception de When Mama was Moth, et peut-être Sugar Hiccup avec un coup dans le nez, je ne trouve aucun titre digne des Cocteau Twins sur ce second album. Pour autant je l’ai conservé car dans l’absolu il est loin d’être mauvais, aussi en attendant leur troisième opus je parcours le livret de textures abstraites signé du collectif 23 Envelope, qui avait déjà cartonné avec la photo d’un homme flou en couverture de Garlands.

Cocteau Twins – Garlands

Les Cocteau Twins sont un groupe écossais créé en 1979 autour d’Elizabeth Fraser au chant, de Robin Guthrie à la guitare et aux percussions et de Will Heggie à la basse, ce dernier étant remplacé en 1983 par Simon Raymonde. Leur nom provient d’une chanson des futurs Simple Minds du temps où ils faisaient partie d’un groupe post punk (Johnny and the Self-Abusers), elle figure sur leur premier album mais a été renommée No Cure, sans rapport apparent avec le groupe de Robert Smith… Paru en 1982, Garlands est le premier et seul album où Will Heggie donnera la mesure de son talent à la guitare basse, d’une précision blafarde sur Wax and Wane ou But I’m Not tandis qu’à la guitare, Robin Guthrie enchaîne ses accords éblouissants en soutien d’une voix venue d’ailleurs, qui se suffirait à elle-même tant elle accapare l’attention : Liz Fraser habitée d’une force d’évocation qui déborde et qui déchire… Avec le recul, Garlands reste à mes oreilles la pierre angulaire des Cocteau Twins ; et son titre homonyme l’un des plus magnifiques du groupe. « I could die in a rosary… »

Harold Budd & Cocteau Twins – The Moon and the Melodies

Compositeur et pianiste né à Los Angeles en 1936, Harold Budd est l’inventeur autoproclamé du style « soft pedal. » Malgré deux collaborations avec Brian Eno, il réfute l’étiquette de musicien ambient et cultive sa liberté de création au gré de rencontres allant de l’avant-gardisme à la techno, du minimalisme à l’ambient… Blague à part, The Moon and the Melodies nous permet de parler des Cocteau Twins avant la lettre, car cet album est cosigné aux côtés de Budd par Raymonde, Guthrie et Fraser, à savoir le légendaire trio écossais au grand complet ! Autant dire que l’on entend qu’eux, et l’on aura beau signaler l’apparition de Richard Thomas du groupe Dif Juz sur trois des meilleurs morceaux (She Will Destroy You, The Ghost Has no Home et Bloody and Blunt), cette œuvre appartient de plein droit à la discographie des Cocteau Twins, entre les monumentaux Victorialand et Blue Bell Knoll… Alors oui, Harold Budd sait jouer du piano ; mais entre nous que pouvait-il faire ici, sinon figurer entre deux instrumentales ?