Chilly Gonzales – Solo Piano II

Après avoir prêté ses mains pour le tournage du film Gainsbourg de Joann Sfar, en 2009 où il a également battu le record du plus long concert de piano (27 heures) puis collaboré deux ans plus tard avec Daft Punk ; en 2012 Chilly Gonzales repasse aux choses sérieuses avec Solo Piano II, où ses doigts déliés bataillent le long du clavier le temps de 14 nouvelles mélodies… Kenaston glisse tout seul, ça ruisselle et la douceur violente de Minor Fantasy et Nero’s Nocturne renvoie aux Gymnopédies avec mélancolie, comme une passerelle entre deux siècles… Je songe à la guirlande sonore d’Aquarium lorsque j’écoute Venetian Blinds tandis qu’Evolving Doors ressemble à du Janacek sous stéroïdes ; Othello titillant mes tympans en cultivant le grand écart sur clavier avant Train of Thought, doux et enveloppant comme Rachel’s… Alors même s’il n’a pas la force de frappe du premier, servi dans une remarquable édition digipack où figure un fac-similé des partitions originales, Solo Piano II joue toute la gamme des émotions.

Chilly Gonzales – Solo Piano

Chilly Gonzales est un compositeur canadien né à Montréal en 1972. Après des débuts au sein d’une formation pop (Son), il change de voie en 2004 et publie Solo Piano sur le label No Format! L’ombre d’Erik Satie surgit aussitôt, inévitable sous les doigts de ce pianiste classique de formation, mais Chilly la balaie au bout de quelques secondes, ses notes semblant reprendre là où le Honfleurais s’était arrêté… Des mélodies de rien, un touché grave et aéré (Manifesto) ou noir et blanc comme l’on déambule par une nuit de neige (Overnight) ; puis une cadence enfantine (DOT), quelques croches et l’on s’évade vers les étoiles chères à Faton Cahen… Armellodie est fragile et attachante comme cet ami en souffrance qui envisage aujourd’hui l’impensable, mélomane s’il en est et auquel je dédie ce billet. Carnivalse étourdit avec son côté Gould et Meischeid me rappelle un truc à la flûte de pan ; d’abord pesant, Gentle Threat se fraie un chemin vers la légèreté… Une piécette en cristal plus loin (Oregano), One Note at a Time m’évoque Lepo Sumera et termine ce disque sur une touche optimiste, donnant tout simplement envie de remettre ça.