Björk – Medúlla

Cinquième album studio de Björk, Medúlla est constitué majoritairement de voix humaines a cappella. Linéaires sur certains titres, elles se suffisent à elles-mêmes dans Desired Constellation, se superposent dans Where is the Line ou Submarine avec la participation de Robert Wyatt, voire sont utilisées comme des collages dans Oceania et Mouth’s Cradle. De rares instruments servent parfois d’étoffe, comme une discrète ligne de basse sur le chavirant Who is It ; et si Vökuró évoque le folklore, Ancestors est garni d’onomatopées primales. Un album très différent de ce qu’a produit Björk jusqu’ici, mais là encore le lien opère entre les chansons par la grâce de sa voix, au gré d’un disque qui s’apprécie après de multiples écoutes. Ancien membre des Roots, Rahzel a contribué à l’écriture des rythmes, le Japonais Dokaka prêtant ses talents de human beatbox à la chanson refermant l’album. La photo de couverture compose l’une des plus belles pochettes qui soit, avec le titre de l’album porté par Björk comme un collier évoquant une colonne vertébrale ; Medúlla signifiant moelle.

Björk – Hyper-ballad

Extraite de l’album Post, voici peut-être la plus belle chanson de Björk. Hyper-ballad s’écoute en boucle, chaque ascension de cette montagne onirique véhiculant d’autres images, transmettant de nouvelles émotions ou en faisant réapparaître des enfouies ; car c’est d’un rêve que cette chanson est partie, et plus nous y plongeons, plus nous avons l’impression d’avoir déjà fait ce rêve aussi… Un synthé dont la note se prolonge, trois tons decrescendo à la basse auxquels s’ajoute une boucle de rythmes doucement réverbérés : l’ouverture d’Hyper-ballad est immatérielle, et lorsque la voix de Björk se rajoute nous prenons une route inconnue en direction des sommets, avec vue sur l’infini mais aussi une pensée pour celui qui est resté au lit… Difficile de résister à l’envie de découvrir les versions alternatives de cette chanson, sur ce cd qui lui est entièrement consacré et où tout est excellent ; mais le Subtle Abuse Mix de Hannant et Brown, ainsi que le Choice Mix de Towa Tei subliment véritablement le panorama.

Björk – Post

Deux ans après un Debut en grandes pompes, avec Post Björk creuse un peu plus son sillon dans la veine trip hop. Comme elle sait s’entourer, cette fois c’est Tricky qui s’y colle avec le reconnaissable Enjoy, et terminant l’album, l’écrin organique Headphones. Mais ce ne sont pas mes titres préférés, ni le tubesque Army of Me, dont le clip réalisé par Michel Gondry m’a toujours fait penser à une pâle imitation de l’univers de Terry Gilliam dans Brazil ; car si Björk retient l’attention par toutes sortes de moyens, ce n’est pas encore l’heure de l’album unifié… On isolera tout de même I Miss You ou l’idéal amoureux noyé sous les percussions, Isobel comme un conte de fées ; et surtout la ravageuse Hyper-ballad… En couverture, la chanteuse porte une chemise blanche parée de bandes rouges et bleues évoquant un envoi postal par avion. Une exigence incessante de forme et fond : la recette est en marche…

Björk – Telegram

Au pays des remixeurs, Björk est la reine. Sorti un an et demi après Post, dont il reprend plusieurs titres mais aussi de Debut, à sa sortie le son de Telegram en a dérouté plus d’un, certaines morceaux y étant revisités au point d’être méconnaissables. Il y a le traitement noise de Beaumont Hannant sur Enjoy, ou encore Army of Me par Graham Massey ; mais aussi My Spine, un inédit d’une folle fraîcheur avec les percussions d’Evelyn Glennie (mon favori même s’il ne s’agit pas d’un remix), sans oublier une version d’Hyper-ballad charmante de violons… Deux mois après avoir échappé à un attentat à la lettre piégée fomenté par Ricardo López, un fanatique ayant filmé son funeste projet avant de se suicider, Björk s’est mise en retrait derrière les pointures du hip hop et de l’IDM, nous adressant ce Telegram où tout a été chamboulé, le temps de sa prochaine métamorphose… Dix pages de photos signées Nobuyoshi Araki rendent le livret indispensable, où dominent le bleu et le flou.

Björk – Selmasongs

Deux ans après Homogenic, le réalisateur danois Lars von Trier demande à Björk de composer la musique de son film Dancer in the Dark, un plaidoyer contre la peine de mort, tourné aux États-Unis à la façon d’une comédie musicale se transformant en mélodrame. Il la convaincra aussi d’incarner le rôle de Selma, qui lui vaudra la palme de la meilleure actrice tandis que le film remportera la palme d’or, à Cannes en 2000. Björk a toujours voulu interpréter une comédie musicale, et les sept titres de cette courte bande originale (d’autres titres ont été omis) rendent compte de ce désir. Que ce soit sur Cvalda interprété en duo avec Catherine Deneuve (elle-même actrice du film), ou avec Thom Yorke et I’ve Seen it All, une chanson par ailleurs interprétée par Peter Stormare dans le film… Etant de ceux qui marchent à fond dans les films de Lars von Trier, je trouve que cette bande originale colle de près à l’esprit de Dancer in the Dark, un long métrage certes outrancier et mélo à souhait, mais aussi formellement audacieux. Sans même parler de sa performance d’actrice, le son de Björk s’adapte très bien, protéiforme entre cordes classiques et bruits industriels.

Björk – Debut

Sur le point de quitter les Sugarcubes, à 28 ans Björk peaufine ce qui deviendra son premier album solo. Composé en partie de chansons écrites durant l’adolescence, il constitue une rupture avec le style punk rock auquel on l’avait apparentée jusqu’ici. Elle y associe Corky Hall, une instrumentiste jazz rencontrée grâce aux Sugarcubes, mais c’est le choix du producteur de Massive Attack, Nellee Hooper, qui donnera à cet album sa sonorité particulière, mélange de pop avant-gardiste et de dance pas encore trip hop : tout pour avoir un bon Debut… Pas moins de cinq singles ont été extraits de cet album passe-partout, point de départ rêvé pour celle qui nous embarquera bientôt dans des trips moins convenus. Un rituel de passage où l’on est Violently Happy, où dans Crying le désespoir se hurle en confiance ; et il y a cette voix qui déjà transcende, puis tout à coup lyrique nous retient sur Venus as a Boy ou Come to Me, sans oublier le dépouillé The Anchor Boy. Le livret a pensé aux paroles, la photo de couverture est signée Mondino.

Björk – Homogenic

Troisième album studio de Björk, Homogenic a été produit avec Mark Bell, cofondateur du groupe LFO et déjà présent sur l’album de remix Telegram. C’est avec ce disque que j’ai vraiment découvert Björk, alors que personne ne savait bien ce qu’était le trip hop, où chaque morceau réserve son lot de surprises à commencer par Hunter et ses battements aortiques, irrésistible rampe de lancement… Avec des arrêts intimes comme Unravel ou des envies de tout casser dans Pluto, c’est une œuvre de rupture avec la productrice des débuts Nellee Hooper, mais aussi la fin d’une liaison éphémère avec Tricky. Il en résulte dix morceaux cimentés derrière une grande cohérence sonore, qui les déborde en formant une fresque dédiée au dévoilement et au déchaînement ; c’est aussi un hommage à l’Islande grâce à l’intervention du poète national Sjón, sur les élémentaires Jóga et Bachelorette. Un disque d’une richesse que l’on n’a pas fini d’apprivoiser, proposé en digipack renfermant un mini-poster et un livret de paroles raffinés.

Björk – Gling-Gló

Née à Reykjavík en 1965, Björk enregistre son premier disque à l’âge de 12 ans, après un radio-crochet. D’autres groupes vont jalonner sa jeunesse, entre punk et rock jusqu’à ses 21 ans qui marquent la naissance des Sugarcubes, le temps de trois albums avant d’entamer une carrière solo, sept ans plus tard avec Debut. Auteur compositeur et interprète multipliant les expériences sonores, actrice dans Dancer in the Dark de Lars von Trier, quitte à désarçonner son public Björk est toujours en quête de nouvelles formes d’expression… Entre les Sugarcubes et Debut il y a eu Gling-Gló, un recueil de chants traditionnels islandais au sein du trio Guðmundar Ingólfssonar, où Björk est à la voix et à la guimbarde. Si si. Un album sur lequel on se précipitait dans les années 90, histoire d’avoir quelque chose à écouter en attendant la suite (sa voix y est déjà sublime), mais qui revêt désormais un caractère de curiosité. Certains titres sont jazzy comme Ástartöfrar ; Pabbi Minn est émouvant et Ruby Baby est un des rares titres chantés en anglais.

Björk – Vespertine

Quatre années ont passé depuis le trip à l’épreuve des saisons, Homogenic en manteau de velours. Assimilée aussi sa collaboration corps et âme avec Lars von Trier, Björk nous revient sans tourment apparent, avec un opus doté d’une force de régénération contagieuse… Entourée à son habitude de musiciens talentueux, comme Matmos ou le Danois Thomas Knak, mais aussi d’un orchestre de chambre qui lui permet de continuer à cultiver ce savant mélange entre classicisme et avant-garde, Hidden Place et ses chœurs vaguement liturgiques en étant une première incarnation, ou encore Harm of Will. Mais l’intérêt de cet album est plutôt dans les titres mêlant les carillons de Frosti ou les bruits faits maison d’An Echo, A Stain ; et bien sûr du morceau qui soutient tout l’album : Pagan Poetry ou une déclaration d’amour païen, hymne à la joie dont les envolées vocales donnent la chair de poule. Pour autant, contrairement à ce que veut nous faire croire son étymologie, Vespertine n’a pas grand-chose de crépusculaire ; mais à défaut de posséder une forte personnalité, c’est un album d’une grande générosité.

Björk – The Best Mixes from the Album Debut for all the People who don’t buy White Labels

Derrière le plus long titre de cd que je connaisse se cache la première compilation de remix de Björk, parue un an après Debut et dont elle décline 4 titres phares, proposant en tout 6 morceaux de longueur et d’intérêt variables… Pour le dire simplement, Les Meilleurs Remix de l’Album Debut pour tous les Gens qui n’achètent pas de Labels Blancs renferme deux perles au début et à la fin de l’album : Human Behaviour revu par Underworld durant 12 minutes, et One Day corrigé pendant 9 minutes par The Sabres of Paradise. Que l’on ne s’y trompe pas, rien n’a été fait sans l’accord de Björk qui est à la production, mais ces deux titres sont supérieurs aux originaux et justifient l’ensemble de l’exercice. Du temps des vinyles, les White Labels désignaient de futurs albums « sans rien d’écrit sur l’étiquette », lancés à tirage confidentiel auprès des DJ pour promouvoir de nouveaux talents mais aussi tester le retour d’artistes oubliés, sans que leur nom ne véhicule de préjugés… Présenté dans un banal fourreau en carton, ce cd pousse l’allusion assez loin, au point de se demander si c’était afin de jauger l’incroyable come-back d’Underworld.