Bauhaus – Press the Eject and Give me the Tape

« We Love our Audience ! » assénaient-ils sur Spirit, le titre phare de leur album précédent, et ils vont nous le prouver sur ce live d’une grande cohérence sonore, bien qu’il ait été capté à trois endroits différents entre 1981 et 1982… D’abord surpris de ne pas retrouver Spirit en concert, à la place de ces premiers titres trop sages quand on sait ce dont Bauhaus est capable en studio, ceci est vite oublié quand arrive la grosse surprise de ce disque : Bela Lugosi’s Dead en version intégrale, leur premier single qui ne figurait jusque-là sur aucun album. Un hommage d’outre-tombe à cette icône du cinéma muet des années 30, un concentré de neuf minutes à la fois dark & dub où l’on retrouve toute la singularité de Bauhaus et plébiscité par John Peel à la BBC. Les bonus font un peu remplissage, sauf le touchant Waiting for the Man de Lou Reed, avec Nico en personne au micro. La photo de couverture est fascinante, indescriptible et signée Eugene Merinov.

Bauhaus – Swing the Heartache (The BBC Sessions)

Cette compilation parue en 1989 regroupe cinq BBC Sessions dont deux réalisées pour l’émission de John Peel, le DJ britannique le plus courtisé des années 70 à 90, qui a permis de faire connaître entre autres Joy Division. Une session comportait en moyenne quatre titres enregistrés et mixés le même jour, généralement dans les studios de la BBC ; ces performances étaient d’une telle qualité qu’il arrivait aux groupes de les retenir ensuite pour leurs albums studio, ainsi la prise de Double Dare a été utilisée telle quelle sur In the Flat Field, ou encore Third Uncle sur The Sky’s Gone Out… Malgré cela, il reste treize titres à explorer sur ce disque par ailleurs idéal pour découvrir Bauhaus, dont les versions endiablées de In the Flat Field ou St. Vitus Dance, et l’inédite Poison Pen. On oubliera par contre Night Time ainsi que les choix liés au livret qui contrastent avec l’exigence habituelle : perdues entre des textes en lettres dorées quasiment illisibles, même les photos d’Anton Corbijn ont l’air déplacées.

Bauhaus – The Sky’s Gone Out

Troisième album de Bauhaus, The Sky’s Gone Out s’ouvre sur une reprise pêchue du Third Uncle de Brian Eno. Un peu plus loin, Swing the Heartache évoque lui aussi les sonorités du roi de l’ambient. Bauhaus nous déroute le temps que tout le monde soit installé, car lorsqu’arrive Spirit on comprend que l’apéritif est terminé, et tant pis si l’on n’a pas pris assez de cacahuètes. Après cette progression de folie, les trois parties de The Three Shadows aident à redescendre jusqu’à Exquisite Corpse, second sommet très dub où l’on se prend des baffes. Du côté des inédits, si d’entendre une énième version de Ziggy Stardust ne m’a pas exalté, j’ai un grand faible pour Party of the First Part et ses dialogues évocateurs de la légende de Faust, extraits du film d’animation The Devil and Daniel Mouse simplement accompagnés par un piano, une basse et une batterie très en avant, installant une ambiance aux échos résolument gothiques. Fin Costello signe des photos du groupe dans un livret soigné, avec en couverture à nouveau un tableau de Daniel Ash.

Bauhaus – Burning from the Inside

Sorti en 1983, Burning from the Inside est le dernier album de Bauhaus. Celui de la fausse reformation de 2008 ne compte pas. Au menu et sans toiles d’araignée, un asile offert à Antonin Artaud, tribal à volonté avec une guitare à la Robert Smith, suivie d’un final pour aliénés only… Puis King Volcano fait diversion, ovni des prairies ainsi que la ballade folk Slice of Life, nous menant doucement vers le titre central Burning From the Inside, génial comme un échange de tennis alternant smash et retours de volée, le mot « anymore » étant décliné, répété, trituré, prolongé, cloné pendant quatre minutes. Peter Murphy y est au sommet de sa voix, avec ou sans écho et soutenue par une seule note à la basse, tan tan tan-tan, une guitare et une batterie… On boucle avec Hope, enlevé et optimiste, jolie chute avant les inédits et un ultime dub pour s’éclater en feuilletant le livret reproduisant brouillons de paroles et gribouillages. De quoi refermer en beauté un chapitre musical intense, Bauhaus ayant enregistré quatre merveilles en à peine quatre ans. Une prouesse qui ne pouvait pas durer indéfiniment.

Bauhaus – Mask

Un an après le remarqué In the Flat Field, et à l’époque où 4AD n’était qu’une filiale destinée à tester le potentiel des groupes, Bauhaus rejoint le label principal Beggars Banquet. À cette occasion, Mask enfonce légèrement le clou de la rythmique dub, des titres comme Kick In The Eye 2 ou The Man With The X-Ray Eyes se prêtant bien aux fourmis dans les jambes, donnant au disque une tonalité plus aérée… Pour autant le son d’origine n’a rien perdu de sa radicalité, toujours rauque et criard car les vrais joyaux se nomment The Passion of Lovers et Mask, qui ne feront pas claquer beaucoup de doigts devant le juke-box… On s’en remettra en savourant l’inédite In Fear of Dub ou encore le quatorzième morceau, dont le titre facétieux cite l’ordre dans lequel chaque membre du groupe a fourni sa pièce du puzzle, à la manière d’un collage. Le livret n’a pas oublié les textes, son dessin de couverture est signé du guitariste David Ash.

Bauhaus – In the Flat Field

Précurseur du rock gothique, Bauhaus est né en 1978 de la rencontre du guitariste David Ash, du bassiste David J. Haskins et de son frère batteur Kevin, rejoints par le chanteur Peter Murphy. Le nom Bauhaus fait référence au mouvement artistique allemand des années 1920, et compte parmi les premiers groupes à signer sur le label 4AD… Une basse et une batterie dépouillées, une voix écorchée et des guitares expressionnistes produisent une suite de chansons indissociables, comme la montée en drame d’un film en noir et blanc, à grain épais… Enregistré en 1980, In The Flat Field pose un décor montagneux et accidenté, Dive plonge dans une forêt de bruits stridents, Small Talk Stinks et son côté petit punk, avec des voix que le trucage ironise, l’album original s’achevant sur Nerves en un paquet de nerfs peu apaisé… Mention planante à l’inédite Terror Couple Kill Colonel. Le livret est plein de mots blancs sur fond noir, orné d’une photo dont on ne fait jamais vraiment le tour, signée Duane Michals et se voulant un hommage au peintre symboliste Puvis de Chavannes.