Bark Psychosis – Codename: Dustsucker

Dix ans après Hex, les très attendus Bark Psychosis reviennent avec un album au titre alambiqué ; mais qu’importe le flacon quand on a la distillerie, et que Graham Sutton a eu la bonne idée d’inviter Lee Harris, percussionniste des Talk Talk… Plus ouvert au monde que son prédécesseur, Dustsucker n’en est pas moins capable d’avaler l’auditeur dans un torrent brûlant. Avec The Black Meat et ses accents cold wave nourris de cuivres, ou les voix troubles de Burning the City suivies de l’écho persistant d’INQB8TR, 400 Winters où vibraphone et piano font la course dans le noir ; on pense à Tortoise mais la couleur de cet album à écouter tard dans la nuit est unique, à distorsion invariable vers un verre de son alcool favori… Où tout semble en retrait, où les plans échappent, se cherchent et se fuient sans arrêt… Quant à Rose qui termine l’album, je connais peu de morceaux aussi abyssaux. Il n’est d’ailleurs pas possible de se coucher après ce disque, la seule chose à faire est de le repasser immédiatement. Ou bien Hex. Nuit blanche.

Bark Psychosis – Hex

Formé à Londres en 1986, Bark Psychosis est un des premiers groupes à avoir été qualifié de post rock. Ils enregistrent Hex fin 1992, en partie dans une église. Selon Graham Sutton, chanteur : « l’espace et le silence sont les outils les plus importants en musique. » Avec The Loom on décolle sur un piano mélodieux, les cordes suivent en douceur, flattées par une voix posée, des percussions légères s’animant sur la fin vers A Street Scene qui nous entraîne dans un riff de basse où se déchirent quelques accords lointains ; la voix soudain s’efface, laissant le morceau s’éteindre le long de guitares ralenties… Orgue Hammond, vibraphone, mélodica, la palette est vaste sur ce disque où chaque instrument arrive à point nommé dans un déroulé de textures fertiles, que l’on apprivoise au fil des écoutes. La mélancolie sur Absent Friend, l’anxiété avec Eyes and Smiles ou l’abstraction du Pendulum Man, conclusion fugace de cet objet musical non identifié. Hex vous jette un sort, Hex côtoie parfois les Talk Talk, eux qui dès 1988 entamaient l’un des plus beaux virages de l’histoire de la musique.