Shunsuke Kikuchi – UFO Robot Grendizer

Compositeur japonais né en 1931, Shunsuke Kikuchi est engagé par les studios Toei dans les années 60, où il se spécialise dans l’illustration sonore de mangas, en particulier Goldorak dont on tient ici la bande originale, parue chez Columbia en 2004. Ça commence avec le générique officiel, en japonais et tant pis pour Noam ; suivi de The Ballad of Duke Freed ou prince d’Euphor pour les intimes, à la guitare sèche avant un premier thème familier annonçant une nouvelle menace sur Terre, détectée ou non par Rigel depuis son télescope au sein du ranch, associé quant à lui à un morceau de banjo (Theme of Danbee). Avec Skull Moon le péril est imminent et Goldorak s’apprête à décoller sous l’œil attentif du professeur Procyon, voici Grendizer Go! et ce thème palpitant qui régnait dans l’espace lors de combats avec les Golgoths, saillies synthétiques et cuivres martelés, batterie nerveuse et vibraslap mais déjà l’orgue a repris, les trompettes jaillissent et le Grand Stratéguerre n’a qu’à bien se tenir… En utilisant l’orchestre pour transmettre une musique spectaculaire mais aussi folklorique, Kikuchi a souvent été comparé à Ennio Morricone. Fervent et atemporel, un cd qui donne envie de se battre. « Astérohache ! »

Pulp Fiction

Deux ans après Reservoir Dogs, Quentin Tarantino supervise la bande originale de Pulp Fiction avec la même gourmandise pour les chansons oubliées, à commencer par Misirlou de Dick Dale, un bijou de surf rock daté de 1962 et qui ouvre le film après le mémorable dialogue au restaurant entre Tim Roth et Amanda Plummer… Al Green est soul avec Let’s Stay Together et The Tornadoes remettent une couche de bleu avec l’instrumentale Bustin’ Surfboards ; Chuck Berry nous sert un bon vieux rock’n roll avec You Never Can Tell, immortalisé par la danse entre John Travolta et Uma Thurman dans un autre restaurant… Urge Overkill rafraîchit Girl You’ll be a Woman Soon de Neil Diamond et Flowers on the Wall des Statler Brothers est une tranche de country dont je ne me lasse pas ; quelques dialogues cultes insérés entre les chansons prolongent le plaisir, associés aux photographies dans le livret ils peuvent donner envie de foncer sur sa dévédéthèque. « Zed’s dead baby, Zed’s dead… »

Ennio Morricone – Il était une fois en Amérique

En 1984 avec Il était une fois en Amérique, Morricone et Leone créent leur dernier chef-d’œuvre. Comme à son habitude, Ennio a écrit les grandes lignes de sa partition en amont pour être jouée en direct sur les lieux de tournage, permettant une symbiose particulière entre les acteurs et sa musique… Brillamment montée, l’histoire s’étend de 1922 à 1968 entre Prohibition et crime organisé, amours impossibles, amitié et trahisons… Poverty démarre au piano et se poursuit à la flûte de pan, puis au banjo dans une variation sur le même thème (Childhood poverty). Deborah rappelle l’œil du jeune Noodles en voyeur et humidifie aussi celui de l’auditeur ; avec Childhood Memories c’est l’enfance qui revient, puis les années insouciantes à travers les cuivres de Friends ou Speakeasy… Composé par Joseph Lacalle, le thème d’Amapola est scindé en trois parties évoquant Deborah (alias Jennifer Connelly/Elizabeth McGovern), chère entre toutes à Noodles (Robert de Niro)… Seize ans après Il était une fois dans l’Ouest qui conserve ma préférence d’une courte tête, Morricone réitère l’exploit de signer une bande originale atemporelle et puissante.

Ennio Morricone – Made in France

Entre 1969 et 1983, Ennio Morricone a signé la musique de seize films français regroupés sur ce disque paru chez Play Time en 2007. Henri Verneuil y est très présent avec Le Clan des Siciliens (mélancolique), I comme Icare (clavecinesque), Le Casse (intriguant), Peur sur la Ville (hitchcockien) ou Le Serpent (ténébreux) ; Le Professionnel de Georges Lautner n’a pas été oublié (associé autant à Jean-Paul Belmondo qu’à un berger allemand), ni Le Trio Infernal de Francis Girod qui a sans doute inspiré Michael Nyman, où le rythme jubilant de René la Canne du même réalisateur… Que la mélodie soit sifflée ou jouée en soloà la guitare, agrémentée de guimbarde ou avec grand orchestre comme Le Secret de Robert Enrico, en dépit de quelques boulettes (La Cage aux Folles, Le Ruffian, Le Marginal) cet album nous embarque pour 77 minutes de dépaysement comparables à The Twilight Zone.

Ennio Morricone – The Best of

Avant Il était une fois dans l’Ouest, Ennio Morricone avait déjà composé plusieurs bandes originales pour les westerns de Sergio Leone, dont on retrouve les thèmes principaux sur cette anthologie couvrant la période de 1964 à 1976… Le timbre troublant d’Edda Dell’Orso sévit à nouveau sur Il était une Fois la Révolution, et on ne se lasse pas de la guimbarde de Pour Quelques Dollars de Plus, son chant sifflé voisin de Pour une Poignée de Dollars qui sonne comme Apache des Shadows… D’autres réalisateurs ont bénéficié du talent d’Ennio, donnant lieu à des chansons inoubliables : le film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, où l’orgue traînant et la voix de John Baez (Here’s to You) émeuvent autant que Bridge Over Troubled Water ; ou encore ce piano  soutenu par un orchestre de cordes, déroulant en beauté la mélodie d’À l’Aube du Cinquième Jour du même réalisateur… Je citerais aussi la flûte et les chœurs de Mon Nom est Personne, un film de Tonino Valerii entre autres merveilles parfois fleur bleue du compositeur préféré de Tarantino, lequel fera appel à lui en 2015 pour la bande originale des Huit Salopards.

Ennio Morricone – Il était une fois dans l’Ouest

Le maestro des bandes originales est né à Rome en 1928. Il apprend la trompette et compose ses premières œuvres classiques à 29 ans, débute sa carrière comme arrangeur de génériques télévisés avant de signer la musique de Il était une fois dans l’Ouest, en 1968 pour son ami et réalisateur Sergio Leone… Le thème principal suffit à me rendre tout chose, les vocalises d’Edda Dell’Orso à l’image de ce film cruel et sublime entre vaine vengeance et conquête du rail ; une tristesse qui me vient de loin, lorsque j’écoutais Morricone sur un magnétophone au fond de mon lit… As a Judgement n’est pas moins déchirant ; de même que la nostalgie dégagée par un piano de saloon et les sifflements d’Alessandro Alessandroni sur Farewell to Cheyenne, où je revois l’acteur Jason Robards… Ce film c’est aussi Henry Fonda dans le rôle du méchant ; l’ambiance funèbre, expérimentale de The Transgression fait frémir avant l’empathie que l’on éprouve avec Man With a Harmonica et Death Rattle, où c’est l’enfance qui perle dans les yeux arides de Charles Bronson… Ce film c’est enfin Claudia Cardinale évoquée sur A Dimly Lit Room ou Jill’s America : émotions fortes garanties et dvd à portée de main recommandé.

Trainspotting

Parue en 1996, la bande originale du meilleur film de Danny Boyle est toujours aussi convaincante. Iggy Pop assure la mise en jambes avec Lust for Life, suivi de Brian Eno et son instrumentale amphibie (Deep Blue Day), sous-latrines lorsque Ewan McGregor pique une tête afin de récupérer ses suppos hallucinogènes… Primal Scream signe le titre éponyme, downtempo aux guitares trip hop ; il y a la britpop de Sleeper et son sensuel Atomic, le Perfect Day de Lou Reed ; Temptation de New Order et Sing de Blur, Nightclubbing d’Iggy Pop ou encore les infrasons liquides de Leftfield (A Final Hit), évoquant Irréversible ; mais c’est Bedrock et Underworld qui signent les morceaux les plus monstrueux, avec respectivement For What you Dream of et la voix médusante de Carol Leeming, suivi du stroboscopique Born Slippy, dix minutes de trance expérimentale où voix et rythmes se chevauchent… Le Closet Romantic de Damon Albarn est au générique de fin, mélodie vers le matin après cette succession de bouffées sonores dont on sort lessivé et euphorique, comprimé jusqu’à l’overdose par cette suite de tubes qui prend aux tripes. « You’re losing your mind, but that’s okay… »

Reservoir Dogs

En 1992, cinq ans avant Jackie Brown le premier film de Quentin Tarantino était accompagné d’une bande originale décapante. Elle se compose de huit chansons datées seventies, du groovy Little Green Bag de George Baker à Joe Tex et I Gotcha, le groupe Bedlam ayant droit à deux titres avec Magic Carpet Ride et Harvest Moon… J’aime la soul virile de Blue Swede (Hooked on a Feeling), un groupe suédois qui a connu une seconde jeunesse grâce à Reservoir Dogs ; mais c’est Stuck in the Middle with You des Stealers Wheel qui décroche la madeleine du morceau-collé-au-film, où l’on revoit aussitôt les pas de danse de « Mister Blonde » autour de sa victime… Coconut de Nilsson termine d’illustrer cette œuvre déjantée, à revivre en accéléré grâce à ce disque où figurent de courts extraits de dialogues entre les chansons ; tandis que la voix du DJ entendu au début du film intervient parfois pour annoncer un morceau, en direct du « K-Billy’s Super Sounds of the Seventies. »

Gabriel Yared – La Lune dans le caniveau

Les années passent et La Lune dans le caniveau reste à mes yeux l’un des plus beaux films jamais réalisés ; à mes oreilles aussi grâce au talent de Gabriel Yared, compositeur français né au Liban en 1949, qui s’est formé à la musique aux côtés d’Henri Dutilleux avant de signer sa première bande originale pour Jean-Luc Godard, par l’entremise de Jacques Dutronc… Adapté en 1983 d’un roman de David Goodis, le second film de Jean-Jacques Beineix met en scène un docker (Gérard Depardieu) et deux princesses (Nastassja Kinski, Victoria Abril), le temps d’une fable baroque où les passions se heurtent à la cruauté de l’existence. L’image est sublime et la narration confondante de sincérité, amplifiée par la poésie de Yared au violon et au piano (Loretta, Valse de Loretta), les percussions sensuelles de la Danse de Bella ou le sombre Tango de l’impasse ; la Folie ouvrière et la Folie des docks se répondant à la manière des deux Revolution des Beatles… Homérique et crasseuse, innocente et mal léchée, La lune dans le caniveau se situe hors du temps. « Try another world. »

Thomas Bangalter – Irréversible

Né à Paris en 1975, Thomas Bangalter est un compositeur de musique électronique français surtout connu pour avoir fondé Daft Punk en 1993. Un an après leur second album Discovery, il signe en solo la bande originale d’Irréversible, le second et dérangeant long métrage de Gaspar Noé. Aussi sublime qu’insupportable, ce film a marqué les esprits de ceux qui ont eu le cran de le voir jusqu’au bout. Sa violence et sa virtuosité détrônent Orange Mécanique, la force de son scénario n’étant pas faite pour plaire à tout le monde… Indissociable du film, la bande son sculpte et renforce la dramaturgie voulue par Noé, lancinante le long d’Outrage et d’Outrun tandis que Ventura/Into the Tunnel s’insinue à la manière d’un ver solitaire… Paris by Night ne rassure pas et Désaccords ouvre un puits sans fond, The End bouclant la boucle avec ce trou blanc qui laisse le spectateur sonné pour longtemps, Irréversible étant le seul film où tout est mal qui finit bien… Mahler et Beethoven apportent leur touche atemporelle, il y a même le brave Etienne Daho qui a dû se demander ce qu’il foutait là.