Prince – Parade

Je découvre Prince en 1986, avec cet album qui est aussi la bande originale du film Under the Cherry Moon, tourné en France avec sa majesté dans le rôle d’un dandy… Christopher Tracy’s Parade ouvre en fanfare avant les synthés new wave d’I Wonder U et la voix suave de Wendy Melvoin ; puis le piano prend la main le temps d’un morceau co-écrit avec John L. Nelson, le père de Prince (Under the Cherry Moon). Tubesque et explicite avec sa giclée de saxo et son couplet en français, Girls & Boys précède une instrumentale douce (Venus de Milo) et les rythmes capiteux de Mountains, où la voix de Prince rappelle les Bee Gees… Le funk minimaliste de Kiss fait mouche, ses piaillements ajoutant du piquant avant un duo de guitare acoustique et piano concluant l’album sur une note mélancolique (Sometimes it Snows in April) ; Prince maitrisant une large palette d’émotions le long de ces 12 morceaux enchaînés avec brio, entre luxure et introspection. « Vous êtes très belle mama, girls and boys. »

Prince – Purple Rain

Deux ans après 1999, Prince joue son propre rôle dans le film Purple Rain, de son enfance tourmentée à l’ascension vers la gloire… Et si l’album du même nom en illustre les péripéties, au-delà de la bande originale chaque chanson laisse éclater un talent fou, excentrique et dont la synthèse le rapproche des meilleurs concept albums… Let’s go Crazy ouvre la danse dans un carpe diem funk et pêchu, suivi de Take me with U et ses arpèges de cordes, en chœur avec Apollonia Kotero qui tient également le second rôle dans le film… Lisa Coleman et Wendy Melvoin sont coquines dans une baignoire (Computer Blue), choristes essentielles déjà présentes sur 1999 ; enchaînées avec les jeux brûlants de Darling Nikki, où Prince termine la chanson à l’envers après avoir embrasé sa guitare… L’intro virtuose de When Doves Cry rappelle Jimi Hendrix, Baby I’m a Star file le rhythm’n blues avant de terminer sur le titre éponyme, Purple Rain et ses 8 minutes de slow sidérant, où Prince s’approprie la couleur pourpre dans un final indéfinissable entre blues, rock et musique classique… Sensuel et provocant, le « Kid de Minneapolis » transcende les genres et signe un des albums majeurs des années 80.

Mihály Víg – Filmzenék

Né à Budapest en 1957, Mihály Víg est un compositeur et acteur hongrois reconnu pour sa collaboration avec le cinéaste Béla Tarr, de deux ans son aîné et qui compte parmi mes réalisateurs favoris. D’Almanach d’automne au Cheval de Turin, les plans séquence de ses films défient le temps, où les dialogues sont infimes et laissent aux images en noir et blanc le soin d’installer une dramaturgie poignante, irréelle et qui culminera dans Le Tango de Satan, un film de 7 heures 30 sorti en 1994 et que j’aime revoir une fois par an, au mois de décembre… Parue en 2009, l’anthologie Filmzenék parcourt Almanach d’automne dont le piano désaccordé évoque MorriconeDamnation où des synthés asthéniques et un accordéon folklorique relatent l’essoufflement d’une fête ; Sátántangó dont la quête lancinante se perçoit derrière un clocher et une danse au mélodica ; Les Harmonies Werckmeister où piano et violon orchestrent la ronde des planètes pour Terriens imbibés… Une musique qui colle à la pellicule comme entre Preisner et Kieślowski, une sagesse dionysiaque qui me rappelle mon ami André, cinéphile entre tous et qui m’a fait découvrir Béla Tarr.

Pink Floyd – The Wall

Paru en 1979, The Wall est un double concept album illustrant l’enfance difficile de Pink qui va peu à peu se réfugier derrière un mur, brique après brique s’isoler du monde après un détour par la gloire en devenant chanteur… Le son est rock et les chansons ciselées, la suite Goodbye Blue Sky, Empty Spaces et Young Lust est particulièrement forte, où le héros tente de noyer ses désillusions dans une existence futile. « And nothing is very much fun anymore… » Rappelant aussi bien les excès du monde musical dans Phantom of the Paradise que l’aliénation de Number 6 dans The Prisoner ; l’œuvre se termine sur une lueur d’espoir lorsque le mur est finalement détruit (Outside the Wall), après un procès surréaliste (The Trial) et d’autres morceaux inoubliables (Hey You, Is there Anybody out there?, Comfortably Numb)… The Wall sera adapté au cinéma par Alan Parker en 1982, où la performance de Bob Geldof est indissociable de séquences animées devenues célèbres, de la marche des marteaux au hachoir humain ; opéra rock inclassable et sans rival jusqu’en 2009, où à mes oreilles il sera détrôné par Controlling Crowds.

Pink Floyd – Obscured by Clouds

Septième album de Pink Floyd, Obscured by Clouds a été enregistré en deux semaines tandis que le groupe travaillait déjà à The Dark Side of the Moon ; afin d’illustrer le film La Vallée de Barbet Schroeder, où sont explorées des contrées primitives en vue de rejoindre une vallée idéale… On ajoute volontiers le titre éponyme aux instrumentales écoutables en boucle, ainsi que Mudmen pour ses solos langoureux ; et non des moindres Absolutely Curtains qui termine magistralement le disque, en s’ouvrant sur un crescendo de claviers et batterie pour soudain devenir un chant tribal extrait du film, les synthés s’effaçant progressivement… Ces bijoux mis à part, on a droit à des chansons qu’Alan Parsons aurait pu chanter aussi bien (Burning Bridges, Stay) voire mieux (The Gold it’s in the…, Free Four) ; pour un ensemble mollasson et qui ne réitère pas la belle ambiance de la bande originale de More, réalisée trois ans plus tôt pour le même Barbet Schroeder.

Pink Floyd – More

Un an après le diversement stimulant A Saucerful of Secrets, Pink Floyd signe la bande originale du film More de Barbet Schroeder. Il en résulte un album folk et cosmique, atmosphérique illustrant la quête de Stefan en pleine période hippie, sur fond d’héroïne et d’amour fou… Après quelques chants d’oiseaux, une guitare sèche soutient la voix mélancolique de David Gilmour, prolongée par un orgue intense (Cirrus Minor). Aussi belle à pleurer que My Sister des Tindersticks, Crying Song affleure à petits coups de vibraphone… Up the Khyber me rend dingue avec ses embardées de batterie et son piano jazzy, suive de Cymbaline ou la ballade aux tam-tams… Le Main Theme est psychédélique et progressif, avec cette prépondérance percussive propre à la première époque des Floyd, dont on trouve un rappel en fin de disque avec Dramatic Theme, vers une sortie de guitares chargées d’écho… Avec ses interludes de flûtes et son étrange intermède flamenco, malgré deux morceaux de hard rock qui font tache, More dégage une continuité narrative encourageante.

Hairspray

Souvent imitée, la comédie musicale Hairspray réalisée en 1988 par John Waters n’a pas d’équivalent. Sur fond de ségrégation raciale dans les années 60, la jeune Tracy Turnblad (Ricki Lake) a pour ambition de remporter un concours de danse à Baltimore, retransmis à la télévision. Ses rondeurs vont susciter les moqueries, mais sa grandeur d’âme et surtout son talent auront raison des préjugés. Avec le soutien de sa mère (interprétée par Divine, acteur fétiche de Waters dans des films autrement provocants), Tracy va casser la baraque et cette bande originale épouse les formes d’une histoire haute en couleurs… On y apprend le madison avec The Ray Bryant Combo et It’s Madison Time, aussi intimement lié au film que Jitterbug l’est à Mulholland Drive. D’autres danses sont au menu  : The Roach de Gene and Wendell dans l’esprit de Little Richard, puis l’on claque des doigts sur The Bug (Jerry Dallman) tandis que Foot Stompin’ (The Flares) pourrait être au générique d’un film de Tarantino… Vous avez demandé trente minutes de bonne humeur rhythm’n blues & rock’n roll ? « Welcome to the Corny Collins Show ! »

Shunsuke Kikuchi – UFO Robot Grendizer

Compositeur japonais né en 1931, Shunsuke Kikuchi est engagé par les studios Toei dans les années 60, où il se spécialise dans l’illustration sonore de mangas, en particulier Goldorak dont on tient ici la bande originale, parue chez Columbia en 2004. Ça commence avec le générique officiel, en japonais et tant pis pour Noam ; suivi de The Ballad of Duke Freed ou prince d’Euphor pour les intimes, à la guitare sèche avant un premier thème familier annonçant une nouvelle menace sur Terre, détectée ou non par Rigel depuis son télescope au sein du ranch, associé quant à lui à un morceau de banjo (Theme of Danbee). Avec Skull Moon le péril est imminent et Goldorak s’apprête à décoller sous l’œil attentif du professeur Procyon, voici Grendizer Go! et ce thème palpitant qui régnait dans l’espace lors de combats avec les Golgoths, saillies synthétiques et cuivres martelés, batterie nerveuse et vibraslap mais déjà l’orgue a repris, les trompettes jaillissent et le Grand Stratéguerre n’a qu’à bien se tenir… En utilisant l’orchestre pour transmettre une musique spectaculaire mais aussi folklorique, Kikuchi a souvent été comparé à Ennio Morricone. Fervent et atemporel, un cd qui donne envie de se battre. « Astérohache ! »

Pulp Fiction

Deux ans après Reservoir Dogs, Quentin Tarantino supervise la bande originale de Pulp Fiction avec la même gourmandise pour les chansons oubliées, à commencer par Misirlou de Dick Dale, un bijou de surf rock daté de 1962 et qui ouvre le film après le mémorable dialogue au restaurant entre Tim Roth et Amanda Plummer… Al Green est soul avec Let’s Stay Together et The Tornadoes remettent une couche de bleu avec l’instrumentale Bustin’ Surfboards ; Chuck Berry nous sert un bon vieux rock’n roll avec You Never Can Tell, immortalisé par la danse entre John Travolta et Uma Thurman dans un autre restaurant… Urge Overkill rafraîchit Girl You’ll be a Woman Soon de Neil Diamond et Flowers on the Wall des Statler Brothers est une tranche de country dont je ne me lasse pas ; quelques dialogues cultes insérés entre les chansons prolongent le plaisir, associés aux photographies dans le livret ils peuvent donner envie de foncer sur sa dévédéthèque. « Zed’s dead baby, Zed’s dead… »

Ennio Morricone – Il était une fois en Amérique

En 1984 avec Il était une fois en Amérique, Morricone et Leone créent leur dernier chef-d’œuvre. Comme à son habitude, Ennio a écrit les grandes lignes de sa partition en amont pour être jouée en direct sur les lieux de tournage, permettant une symbiose particulière entre les acteurs et sa musique… Brillamment montée, l’histoire s’étend de 1922 à 1968 entre Prohibition et crime organisé, amours impossibles, amitié et trahisons… Poverty démarre au piano et se poursuit à la flûte de pan, puis au banjo dans une variation sur le même thème (Childhood poverty). Deborah rappelle l’œil du jeune Noodles en voyeur et humidifie aussi celui de l’auditeur ; avec Childhood Memories c’est l’enfance qui revient, puis les années insouciantes à travers les cuivres de Friends ou Speakeasy… Composé par Joseph Lacalle, le thème d’Amapola est scindé en trois parties évoquant Deborah (alias Jennifer Connelly/Elizabeth McGovern), chère entre toutes à Noodles (Robert de Niro)… Seize ans après Il était une fois dans l’Ouest qui conserve ma préférence d’une courte tête, Morricone réitère l’exploit de signer une bande originale atemporelle et puissante.