Nino Rota – Movies

Né à Milan en 1911, Nino Rota est un compositeur de musique classique italien. Il étudie au Conservatoire et compose un oratorio à l’âge de 12 ans, obtient une bourse sept ans plus tard et part étudier au Curtis Institute de Philadelphie. Auteur de symphonies et de concertos, son nom est d’abord associé à sa production pléthorique de musiques de film, dont la quintessence a été regroupée sur ce disque paru chez CAM en 1984… Le thème du Parrain ouvre l’anthologie, sa mandoline convoquant aussitôt les images de la trilogie de Coppola ; puis il y a l’accordéon de Rocco et ses Frères soudain pris dans le tumulte des cordes, avant quelques morceaux choisis de sa collaboration avec Fellini : de La Strada et sa trompette éclatante à la célèbre fanfare de Huit et Demi, son accélération comme à la parade d’un cirque ; sans oublier La Dolce Vita dont l’orgue sautillant aurait très bien pu illustrer un film de Tati… Moins connus, j’aime aussi l’élan romantique de La Mégère apprivoisée d’après Shakespeare ou encore la douceur enjouée de Juliette des Esprits, parmi d’autres vignettes mélodramatiques indispensables à la discothèque du cinéphile qui se respecte, aux côtés de Chaplin et Morricone.

Rodriguez – Searching for Sugar Man

Né de parents mexicains dans le Michigan en 1942, Sixto Rodriguez est un chanteur et guitariste américain. Son père chante le blues et il découvre la musique de Leonard Cohen et Donovan, se produit dans les bars après avoir arrêté le lycée puis publie un single en 1967, suivi des albums Cold Fact en 1969 et Coming from Reality en 1971 ; mais le succès n’est pas au rendez-vous et Rodriguez devient ouvrier en bâtiment pour nourrir sa famille… Dans le même temps, Cold Fact est distribué en Afrique du Sud où ses textes engagés lui valent d’être censuré, mais le disque est piraté et passe en douce sur certaines radios, Rodriguez devient un artiste culte sans qu’il n’en sache rien, certains le croient même mort ainsi que le raconte le documentaire Searching for Sugar Man en 2012, dont est issue cette bande originale et qui reprend ses plus beaux titres… Tour à tour psychédélique (Sugar Man) et prolétaire (Cause), pérecquien (I Wonder) mais aussi sentimental (I Think of You) ou désinvolte avec I’ll Slip Away ; un disque qui donne envie d’agir et d’aimer, où les guitares sont folk parmi bongos et claviers tandis que le chant fait penser à Dylan.

Maureen McElheron – The Tune

Née dans le Michigan en 1950, Maureen McElheron est une compositrice américaine. Sa carrière débute dans les clubs de musique country, au sein d’un groupe où elle rencontre le dessinateur et réalisateur Bill Plympton. Elle s’installe à New York au début des années 80, produit des spectacles pour enfants et retrouve son ami Bill qui lui commande une chanson pour un court film d’animation (Your Face), puis en 1992 la bande originale de The Tune ; son premier long métrage que j’avais alors découvert sur arte, dépeignant un monde surréaliste entre les univers de Jan Svankmajer et de Terry Gilliam… Jazz (Flooby Nooby, Home) ou country (Isn’t it Good Again), rock’n roll à la façon de Hairspray où l’on prend soin de ses tifs comme ici sur Dig My Do ; romantique (Be my Only Love) ou bien sombre avec le No Nose Blues lorgnant du côté de Tom Waits, ces chansons suivent la partition d’un film onirique dont le héros est un compositeur disposant d’une heure pour écrire le tube qui va changer sa vie… Un disque divertissant et décalé, où McElheron partage sa voix avec d’autres interprètes comme Marty Neslon, Jimmy Ceribello ou Emily Bindiger.

Isaac Hayes – Shaft

Né en 1942 dans le Tennessee, Isaac Hayes est un chanteur et compositeur américain de musique soul et rhythm’n blues. Il apprend le piano puis le saxophone, joue dans les bars de Memphis puis aux côtés d’Otis Redding ; signe un contrat sur le label Stax qui publie son premier album en 1967…  La bande originale du film Shaft (Les Nuits rouges de Harlem) est son œuvre maîtresse, parue quatre ans plus tard sous la forme d’un double vinyle et qui démarre avec le fameux Theme et ses poussées de trompettes, les cordes funky introduisant tout en velours le personnage de John Shaft, détective privé vivant à Harlem… L’ambiance est au polar avec les congas de Gary Jones sur Walk from Regio’s, avant le xylophone jazzy d’Ellie’s Love Theme ; le gimmick du Cafe Regio’s me rappelle les séries télévisées des années 70 mais aussi la bande originale de Coffy, tandis que l’orgue du No Name Bar pourrait illustrer un épisode de Twin Peaks… Et même si les 19 minutes de Do Your Thing n’atteignent pas la démesure de Do What You Like écrite deux ans plus tôt, on y improvise avec la même soif de liberté.

Ryuichi Sakamoto – Love is the Devil

En 1998, Sakamoto signe la bande originale de Love is the Devil, un film de John Maybury relatant la vie du peintre Francis Bacon à travers sa relation passionnelle avec George Dyer. Une œuvre immersive grâce à la manière dont les personnages sont filmés, Derek Jacobi et Daniel Craig passés au prisme déformant de la caméra comme s’ils évoluaient dans un tableau de Bacon lui-même ; pour un résultat aussi convaincant que le Van Gogh de Pialat et qui méritait un vrai travail sonore… Ryuichi Sakamoto est l’homme de la situation, avec ses 28 segments instrumentaux comme autant de touches figuratives, marquées par un piano lumineux (Bathroom, Bed, Atelier) et des cordes tortueuses (Ny), des rumeurs cauchemardesques (Boxing, Fall, Redman 3) avant de finir avec le morceau éponyme où la vie s’écoule en accéléré, comme d’un tube d’acrylique mal refermé tandis que défile le générique de fin… Un disque fiévreux, diapré et qui fait penser à la Viral Sonata composée l’année d’avant, plus homogène que Merry Christmas Mr. Lawrence et accompagné d’un livret souvenir dans son édition digipack, pour un aller simple vers les affres de la création.

Ryuichi Sakamoto – Merry Christmas Mr. Lawrence

Né à Tokyo en 1952, Ryuichi Sakamoto est un compositeur japonais. Après avoir étudié la musique classique et ethnique, il rejoint le trio Yellow Magic Orchestra en 1978, précurseur du genre synthpop. Il signe la bande originale de Merry Christmas Mr. Lawrence en 1983, un film de Nagisa Oshima dans lequel il tient également le rôle principal aux côtés de David Bowie… L’action se déroule dans un camp de prisonniers durant la seconde guerre mondiale, où se joue le destin de deux hommes que tout semble opposer, servie par des plages instrumentales brèves alternant avec quelques chansons (Ride, Ride, Ride) dont l’interprétation finale de David Sylvian (Forbidden Colors) qui reprend le thème principal décliné plusieurs fois le long du disque ; un leitmotiv aussi célèbre que sa légèreté est trompeuse, ambigüe à l’image du film entre synthé et percussions orientales… Onirique sous un torrent de flashback (Before the War) ou une plainte de cordes (Germination) ; morne tandis que le tonnerre gronde (Assembly) ou émaillé d’effets impromptus (Last Regrets) ; combinant electro et classique cette bande originale multiplie les impressions.

Zbigniew Preisner – Preisner’s Music

Deux ans après Le Décalogue, Zbigniew signe la bande originale de La Double Vie de Véronique, suivie en 1993 et 1994 de la trilogie Trois couleurs Bleu, Blanc et Rouge de Kieślowski ; gravant dans le marbre une certaine idée de la symbiose… Enregistré en 1995 dans la grotte de Wieliczka, avec l’orchestre symphonique de Varsovie, Preisner’s Music propose un concert de 74 minutes retraçant 15 années de musique pour le cinéma. On y retrouve de larges extraits de ses compositions pour Kieślowski, avec des titres retentissants comme Puppets, Van Den Budenmayer et Song for the Unification of Europe ; mais aussi des joyaux issus d’autres films comme Secret Garden (Rain), Quartet in 4 Mouvements (Aurore) ou Egyptian Opera (Labyrinthe)… Une flûte qui chevrote, des carillons solennels et la fidèle soprano Elżbieta Towarnicka entourée de choristes : l’alchimie fonctionne et les images des films que l’on connaît se mélangent à ceux que l’on n’a jamais vus, bénéficiant d’une acoustique surnaturelle à 130 mètres sous terre.

Zbigniew Preisner – Le Décalogue

Né près de Cracovie en 1955, Zbigniew Preisner est un compositeur de musique classique polonais. Il est d’abord connu pour sa collaboration avec le réalisateur Krzysztof Kieślowski, la série télévisée du Décalogue marquant la reconnaissance de leur travail en 1989 : dix films de 60 minutes mettant en scène la vie quotidienne d’un quartier modeste de Varsovie, illustrant chacun des commandements bibliques sans jamais tomber dans le moralisme, en laissant au spectateur sa liberté d’interprétation… Du premier et plus douloureux épisode (Un seul dieu tu adoreras) à la touche plus légère du dixième (Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui) en passant par le saisissant Tu ne tueras point, ce dernier ayant aussi donné lieu à un long-métrage ; la musique de Preisner est indissociable de ces fictions filmées au rasoir, apportant chaleur et couleurs aux desseins tourmentés des personnages. La partition est dépouillée, romantique au piano ou à la guitare, le violon fait penser à Sibelius ; on y découvre aussi la soprano Elżbieta Towarnicka (Nymphea), en 25 morceaux servant avec justesse l’art du doute de Kieślowski.

Eric Serra – Subway

Né à Saint-Mandé en 1959, Eric Serra est un compositeur français généralement associé aux films de Luc Besson, depuis Le Dernier Combat à Lucy en passant par Nikita ou Subway dont il signe la bande originale en 1985. Multi-instrumentiste autodidacte, ses vignettes jazz-pop illustrent ce polar où Christophe Lambert tombe amoureux d’Isabelle Adjani (Dolphin Dance) tandis que Michel Galabru poursuit un Jean-Hugues Anglade en pickpocket à roulettes (Burglary)… La basse de Serra résonne dans ces couloirs filmés comme un clip vidéo, Man. Y et Congabass évoquant Stanley Clarke ou Bill Bruford. Le saxo de Song to Xavier rappelle Taxi Blues et Arthur Simms se fait un nom avec le tube de métro It’s Only Mystery ; Drumskate rappelant Jean Reno dans le rôle du batteur incoercible… Avec son scénario alambiqué et ses dialogues niaiseux, Subway n’a pas aussi bien vieilli que Diva tourné quatre ans plus tôt ; mais sa musique est cool et n’en reste pas moins emblématique des années 80.

Prince – Parade

Je découvre Prince en 1986, avec cet album qui est aussi la bande originale du film Under the Cherry Moon, tourné en France avec sa majesté dans le rôle d’un dandy… Christopher Tracy’s Parade ouvre en fanfare avant les synthés new wave d’I Wonder U et la voix suave de Wendy Melvoin ; puis le piano prend la main le temps d’un morceau co-écrit avec John L. Nelson, le père de Prince (Under the Cherry Moon). Tubesque et explicite avec sa giclée de saxo et son couplet en français, Girls & Boys précède une instrumentale douce (Venus de Milo) et les rythmes capiteux de Mountains, où la voix de Prince rappelle les Bee Gees… Le funk minimaliste de Kiss fait mouche, ses piaillements ajoutant du piquant avant un duo de guitare acoustique et piano concluant l’album sur une note mélancolique (Sometimes it Snows in April) ; Prince maitrisant une large palette d’émotions le long de ces 12 morceaux enchaînés avec brio, entre luxure et introspection. « Vous êtes très belle mama, girls and boys. »