William Sheller – Master Serie

Né à Paris en 1946, William Sheller est un auteur compositeur interprète français. Élevé par ses grands-parents, il baigne très jeune dans l’univers du théâtre et de la musique, apprend le piano classique avant d’obliquer vers le rock et connaît ses premiers succès en écrivant des chansons pour Françoise Hardy ou Joe Dassin ; avant d’être révélé dans les années 80 avec les albums Symphoman ou J’Suis pas Bien… Parue chez Polygram, cette anthologie regroupe 16 chansons publiées entre 1976 et 1984 ; des Photos Souvenirs qui remuent la carte du tendre comme une Amnésie sur le Lac de Constance au gentil Carnet à Spirale, de l’autobiographique Symphoman à la méditation du joggeur (Oh J’Cours Tout Seul) ; des Filles de l’Aurore aux confidences en public de Simplement, à l’image de cette petite heure qui passe toute seule en compagnie du poète sentimental… Fort de ces tubes, William écrira ensuite des albums plus personnels ; audacieux aussi en 1991 avec Sheller en Solitaire où il égrène ses chansons derrière un piano, quelques mois avant Nougaro. « Ce serait peut-être là un endroit pour vivre… »

Richard Gotainer – Les Inoubliables de Gotainer

Richard Gotainer est un chanteur français né en 1948 en Meurthe-et-Moselle. Il étudie le droit avant de devenir publicitaire, se spécialise dans la création de spots musicaux à jamais gravés dans la tête des mômes assis devant la télé dans les années 80 (Infinitif, Banga, Belle des Champs…) Sa carrière de chanteur débute en 1977 avec Le Forgeur de Tempos, un album où Polochon Blues et Le Moustique incarnent déjà son esprit facétieux. Parue en 1995 chez Flarenasch, cette anthologie regroupe tous ses succès du Mambo du Décalco à Poil au Tableau ; du Youki qui me fait penser à Paravel (Petit Pépère) au Sampa où ce faiseur de tubes a inventé une nouvelle danse… Sur des arrangements synthpop et burlesques, Gotainer raconte des histoires pas forcément farfelues, parfois proche de Pierre Perret et précurseur de Hugues Le Bars dont les gimmicks télévisuels marqueront la décennie suivante. « Multiplions zozo par graffiti tsoin tsoin… »

Robert Johnson – The Complete Recordings

Robert Johnson est un guitariste et chanteur américain né en 1911 dans le Mississippi. Après une enfance erratique entre école buissonnière et champs de coton, Robert apprend l’harmonica puis la guitare ; se marie à 18 ans mais sa femme meurt en couches neuf mois plus tard… Préférant la musique à la vie paysanne, Johnson écume la scène locale et fait connaître sa voix haut perchée, son jeu se perfectionne et il enregistre entre 1936 et 1937 les 29 chansons qui deviendront son corpus définitif ; décédant l’année suivante dans de troubles circonstances, la légende évoquant un mari jaloux qui aurait empoisonné son whisky… Parue chez Columbia en 1990, cette intégrale qui regroupe toutes les prises alternatives laisse entendre une virtuosité brute de décoffrage, six cordes et une voix à l’unisson aussi évidentes que chez Brassens quinze ans plus tard… Le son qui craque sur Sweet Home Chicago, la voix qui grimpe dans les aigus comme Little Richards (I Believe I’ll Dust My Broom, Preaching Blues) ; les rythmes entraînants de I’m a Steady Rollin’ Man et Come on in my Kitchen : Johnson a inspiré Dylan et Hendrix mais on y pense aussi en écoutant la folk de Jansch ou le blues de Joplin, cette dernière appartenant tout comme lui au Club 27 dont il est devenu malgré lui le membre fondateur.

Irma Thomas – Ruler of Hearts

Irma Thomas est une interprète de musique soul américaine née en Louisiane en 1941. Elle apprend à chanter à l’église et passe une audition à l’âge de 13 ans chez Specialty Records, se produit dans des groupes de rhythm’n blues et sort son premier single en 1959, Don’t Mess with my ManIt’s Raining et Ruler of my Heart suivent, présents parmi vingt autres titres sur cette anthologie parue chez Charly R&B en 1989 ; dont j’ai fait l’acquisition après avoir vu Down by Law de Jim Jarmusch, sous le charme de la scène où Roberto Benigni et Nicoletta Braschi dansent ensemble en écoutant It’s Raining, qui compte depuis parmi mes chansons romantiques préférées… Porté par la voix feutrée d’Irma, le chant est tantôt accompagnée de chœurs (It’s too Soon to Know, Gone) ou plus solitaire (Cry On, Your Love is True) ; entre Aretha Franklin et Amy Winehouse (Ruler of my Heart). Il y aussi des morceaux live rappelant Janis Joplin, en particulier Wish Someone Would Care qui termine ce disque aux couleurs jazz de la Nouvelle-Orléans. « Drip, drop… Drip, drop… »

Herbie Nichols – The Complete Blue Note Recordings

Herbie Nichols est un pianiste et compositeur de jazz américain né à New York en 1919. Il étudie d’abord la musique classique puis intègre des orchestres de jazz à Harlem ; admirateur de Thelonious Monk autant que de Bartók ou Chopin, il enregistre son premier album en 1955 chez Blue Note : The Prophetic Herbie Nichols (en deux volumes), suivi de Herbie Nichols Trio l’année suivante. En avance sur son temps et emporté par une leucémie à l’âge de 44 ans, ses compositions élégantes et complexes ne lui permettent pas d’être reconnu de son vivant, dont on retrouve une grande partie sur cette anthologie parue chez Blue Note et qui reprend les trois disques précités, agrémentés de nombreux inédits… Avec Art Blakey à la batterie, j’aime les accélérations impromptues de Step Tempest puis Dance Line m’évoque Duke Ellington ; parmi d’autres morceaux de haute volée (Hangover Triangle, Sunday Stroll) ou plein d’allant (Applejackin’). Le choix éditorial de faire suivre certains titres de leur version alternative est malhabile car il aurait été moins monotone de les découvrir en annexe ; mais c’est un moindre mal qui ne saurait gâcher notre plaisir de savourer le jeu rare et flegmatique de Herbie.

Jeanne Moreau – J’ai la Mémoire qui Flanche

Née à Paris en 1928, Jeanne Moreau est une actrice et chanteuse française. Elle prend des cours de théâtre en cachette de ses parents, entre au Conservatoire à 19 ans et décroche ses premiers rôles sur scène, puis au cinéma avec Ascenseur pour l’Echafaud en 1958 ; ou encore Jules et Jim de Truffaut quatre ans plus tard, dont elle interprète la bande originale avec le compositeur Serge Rezvani qui écrira bientôt ses plus belles chansons, réunies sur ce cd paru en 1987 grâce au producteur Jacques Canetti… Comptines douces-amères (J’ai la Mémoire qui Flanche, Rien n’Arrive Plus, Tout Morose) et textes enlevés (La Vie s’envole) ; chansons d’amour (Moi Je Préfère, Des Mots de Rien) et histoires courtes (L’Horloger) composent ce disque pétillant, papillonnant et à réserver aux soirées en bonne compagnie, devant un feu de cheminée avec Françoise Hardy à la guitare et Boris Vian au pianocktail.

Otis Redding – The Definitive Collection

Otis Redding est un chanteur et guitariste américain né en 1941. Il est choriste à l’église où il apprend le piano et la guitare, prend des cours de batterie à l’âge de 10 ans puis accompagne des groupes de gospel. Il rejoint les Pinetoppers en 1958, une formation de blues dont le guitariste Johnny Jenkins fait sensation, publie son premier album six ans plus tard et se fait connaître avec les balades Pain in my Heart et These Arms of Mine, où sa voix de rogomme est aussi à l’aise pour faire fondre les cœurs que remuer les guiboles (Security), puis l’année suivante avec Mr. Pitiful… De My Girl à la reprise de Satisfaction, les succès s’enchaînent et l’on songe à la fougue de Little Richard ; ils figurent tous sur cette anthologie parue chez Warner en 1987 et qui se termine avec l’impérissable (Sittin’ on) The Dock of the Bay, bouclé trois jours avant l’accident d’avion qui interrompt sa carrière à seulement 26 ans… Ses mélodies de feu inspireront les Moody Blues et Janis Joplin ; les Bee Gees lui dédieront To Love Somebody, une chanson écrite à l’intention d’Otis qui avait prévu de l’enregistrer.

Richard Wagner – La Walkyrie/Tristan et Iseult/Le Vaisseau Fantôme…

Richard Wagner est un compositeur allemand né à Leipzig en 1813. Il apprend la musique à l’âge de 15 ans puis écrit son premier opéra cinq ans plus tard ; s’exile un temps à Paris pour fuir ses créanciers, devient chef d’orchestre et connaît son premier grand succès avec l’opéra Le Vaisseau Fantôme… Il en composera treize autres jusqu’à Parsifal en 1882, qui fut le premier opéra auquel j’ai assisté quand j’avais 22 ans. Je n’écoutais alors quasiment pas de musique classique (à part peut-être Beethoven), et tombai sous le charme de la magnificence wagnérienne ; depuis cela m’a plutôt passé et je préfère écouter Carmen ou Don Giovanni, mais j’ai conservé ce double cd paru chez Decca en 1990 et qui figurait déjà dans ma discothèque lorsque celle-ci ne comportait qu’une étagère… De la Chevauchée des Walkyries aux Murmures de la Forêt ; du romantique Tannhäuser au magnifique Prélude de Tristan et Iseult que Lars von Trier reprendra en ouverture de son film Melancholia : autant d’émotions immémoriales sous la direction de Hans Knappertsbusch et Leopold Stokowski, à travers les séquences emblématiques du compositeur.

The Velvet Underground – VU

Parue en 1985, l’anthologie VU regroupe dix morceaux inédits du Velvet Underground enregistrés entre 1968 et 1969. Doug Yule est à la basse et même au chant sur le paisible She’s my Best Friend, pour le reste ce sont John Cale et Lou Reed qui font le show, le premier avec une Stephanie Says mélancolique et Temptation Inside Your Heart où l’on entend rire et des bribes de dialogues, une porte qui claque ; le second avec une Lisa Says délurée et Ocean dont les cymbales imitent le bruit des vagues avant de s’écraser sur les rochers… Avec son célèbre vumètre en couverture (dans le rouge bien entendu), VU résume l’esprit d’un groupe aussi à l’aise dans les balades folk que les écarts psychédéliques, qui se referme avec le chant rare de la batteuse Maureen Tucker sur l’attachant I’m Sticking With You.

Edith Piaf – 25è Anniversaire

Chanteuse et parolière française, Édith Piaf dite « la Môme » est née à Paris en 1915 d’un père contorsionniste et d’une mère chanteuse de rue. Elle ne voit pas l’enfance en rose et sera élevée par ses grands-mères avant de retrouver son père, au cirque où elle apprend à chanter… Elle s’installe à Montmartre et se produit dans les cabarets ; repérée par Jacques Canetti en 1936, elle enregistre son premier disque et démarre une carrière retentissante dont on retrouve l’essentiel sur cette anthologie (Mon Légionnaire, Padam, Sous le Ciel de Paris, Milord…) Mes parents écoutaient Piaf qui par ailleurs ressemblait à ma grand-mère, aussi je retombe en enfance dès les premières mesures des Trois Cloches, poignantes avec en chœur les Compagnons de la Chanson ; La Goualante du Pauvre Jean ou encore L’Accordéoniste car mon père en jouait à la maison… Il y a aussi L’Homme à la Moto comme un ancêtre de Harley Davidson, Je Sais Comment qui me fait le même effet que Le Petit Cheval ; sans oublier le coup de massue des Amants d’un Jour… Marquée par la maladie et les drames intimes, Edith Piaf s’est éteinte à seulement 47 ans ; mais sa voix n’a pas pris une ride et continue à nous prendre aux tripes.