Elvis Presley – 30 #1 Hits/2nd to None

Né en 1935 à Tulepo, Elvis Presley est un acteur et chanteur américain. Né de parents modestes, son oncle lui apprend la guitare et il passe sur une radio locale à 12 ans ; en 1954 il enregistre That’s all Right chez Sun Records, son premier succès rockabilly où se mêlent country et RnB ; puis deux ans plus tard Heartbreak Hotel et Love me Tender tirée du film du même nom, où il tient aussi le rôle principal… Provocateur devant les caméras, ses chorégraphies suggestives font de lui une idole contestataire et le premier représentant du rock’n roll au gré de chansons légendaires ; il meurt d’une crise cardiaque à 42 ans, en surpoids et ravagé par la drogue… Parus en 2002 et 2003 puis en double coffret, les anthologies 30 #1 Hits et 2nd to None regroupent 61 tubes où l’on retrouve Jailhouse Rock et Blue Suede Shoes, In the Ghetto ou Viva Las Vegas ; ainsi que les remix Rubberneckin de Paul Oakenfold et A Little Less Conversation de Junkie XL. Et s’il fallait en retenir cinq, je choisirais Wooden Heart, His Latest Flame, Can’t Help Falling in Love, The Wonder of You et Kentucky Rain. « Thank you, thank you very much. »

Stéphane Grappelli – Jazz Collection

Stéphane Grappelli est un violoniste et pianiste de jazz français né à Paris en 1908. Il fait son apprentissage comme musicien de rue puis accompagne les films muets au cinéma ; avant de créer le Quintette du Hot Club de France en 1934 aux côtés de Django Reinhardt. Collaborant avec Oscar Peterson ou Jean-Luc Ponty, son abondante discographie est élégamment résumée sur cette anthologie parue chez Jazz Collection, où accompagné pour l’essentiel des guitaristes Barney Kessel et Nini Rosso, de Mitchell Gaudry à la basse et Jean-Louis Viale à la batterie, l’archet de Grappelli sillonne l’histoire du jazz de More than you Know à It’s only Paper Moon, avec une reprise dégourdie de Tea for Two mais aussi des moments plus intimes, où le piano dialogue (Moonlight in Vermont, Tournesol) et se confie (Greensleeves) derrière un violon réservé. De la musique pour une nuit sans prise de tête, à alterner avec Sidney Bechet ou Eddy Louiss.

Guem – Percussions Africaines pour la Transe

Abdelmadjid Guemguem est un musicien algérien né à Batna en 1947. Plus connu sous le nom de Guem, footballeur dans son enfance il se passionne très tôt pour les percussions, s’installe à Paris dans les années 70 où il fait ses armes dans les cafés de Barbès, notamment en compagnie de groupes de jazz. Son premier album Percussions Africaines paraît en 1973, bien d’autres suivront et c’est avec Le Serpent que démarre cette anthologie parue en 2002 au Chant du Monde, qui a fait connaître Guem après que Jean-Luc Delarue l’ait mis au générique de son émission Ça se discute dans les années 90, ses rythmes envoûtants pénétrant l’inconscient collectif à la manière de Steppe… Les 15 titres qui suivent possèdent le même pouvoir d’addiction, de Cauchemar à Nouba en passant par Lazzi ou Délivrance, les tam-tams règnent et avec ou sans danse on se laisse porter jusqu’à la « transe », nos oreilles captivées par ce son minimal et organique, un horizon hallucinant se profilant derrière la répétition de tambours et fûts métalliques, claquements et sifflets cadencés comme autant de phases que Guem induit sans avoir besoin d’électricité, à écluser avant de déboucher un bon Steve Reich.

Santana – The Best of

Souvent cité parmi les plus grands guitaristes, Carlos Santana est un musicien mexicain né en 1947. Son père l’initie au violon mais il préfère la guitare et fait ses armes dans les clubs de Tijuana, avant de créer en 1966 le groupe qui portera son nom. Trois ans plus tard, il participe à Woodstock le même jour que Janis Joplin, sa carrière est lancée et les albums s’enchaînent, il collabore avec John McLaughlin ou Herbie Hancock, peaufinant son style entre rock psychédélique et latin jazz agrémenté de percussions africaines… Parue chez Columbia en 1991, cette double anthologie contient les immanquables Black Magic Woman, Carnaval et Europa, One Chain ou encore Well all Right  ; mais aussi une version live de Jugando et sa guitare endiablée, un medley vibrant (Dealer/Spanish Rose) et une progression au piano mieux qu’Elton John (Treat), Baila mi Hermana et ses claviers à la BJH sur cordes de velours ; une instrumentale planante (Aqua Marine) parmi 33 chansons moins déjantées que Hendrix mais plus passionnantes que Toto, où Carlos déroule ses recettes blues world… Il fait partie de mes premiers cds et j’en prends soin comme on dépoussière un meuble de famille, entre Queen et ZZ Top.

Gérard Manset – Revivre

Paru en 1991, Revivre de Gérard Manset invite plus que jamais à lire entre les lignes, à se laisser porter sur le fil… Malgré son orchestration pop, Tristes Tropiques n’est pas gai et on peut le relire à l’envi, son mystère reste entier. J’aime le Chant du Cygne et sa guitare effleurée, sa voix qui hésite vers le Lieu Désiré où un errant céleste est signalé, effectuant son éternel retour avant la chanson éponyme que Leos Carax a immortalisé dans Holy Motors en 2012 : Revivre ou la flagrante évidence, sa poésie brutale sculptée dans un piano noir… Après les regrets inexprimés de Capitaine Courageux, Eden Bay et Territoire de l’Inini apportent une diversion bienvenue le long d’un itinéraire escarpé, une caresse à l’oreille de celui qui se définit comme un « plasticien du son. » Ses autres albums n’ont pas survécu à ma récente purge discographique ; à celui qui ne connaîtrait pas encore Gérard je recommande de débuter avec Toutes Choses, après un échauffement en compagnie de L’imprudence ou de La Fossette. « Mais ça ne se peut pas, non ça ne se peut. »

Gérard Manset – Toutes Choses

Cinq ans après La Mort d’Orion, l’électron libre de la pop française rencontre le succès avec Il Voyage en Solitaire, rappelle qu’il n’a Rien à Raconter et poursuit ses excursions, noircit des carnets et publie dix albums jusqu’en 1990 lorsque paraît l’anthologie Toutes Choses, autorisée par le maître du repentir et qui contient Attends que le Temps te VideLa Mer Rouge et Finir Pêcheur ; autant de titres atemporels bien que l’homme soit mortel, et ça Gégé l’a compris alors que Lana n’était même pas née… Y’a une Route parle au pèlerin tandis que l’amour se noie (La Mer n’a pas Cessé de Descendre) ou se barricade (Vies Monotones) ; la litanie du Marchand de Rêves progressant au gré de minutes où les accalmies sont de faux répits… Avec son piano à la SupertrampComme un Guerrier est cru puis les larmes viennent aisément avec Lumières ; jadis libre le lion est en cage, enchaîné avec le non moins dévastateur Que Deviens-tu ? La guitare est folk ou progressive, les arrangements léchés et Manset peut y poser son timbre grave, ses mots précis à savourer « comme le vin du carafon » sur ce double cd où la vie respire, flanche et se relève, impressionnante de justesse.

Ismaël Lô – Jammu Africa

Ismaël Lô est un chanteur et musicien sénégalais né au Niger en 1956. Il étudie les arts et apprend la guitare, l’harmonica et rejoint le groupe Super Diamono en 1974, avant de démarrer une carrière solo dix ans plus tard… De trois ans l’aîné de Youssou N’Dour, il partage avec lui son goût pour la musique mbalax et enchaîne les albums, rencontre le succès lorsque Pedro Almodóvar inclut sa chanson Tajabone dans le film Tout sur ma Mère en 1999. Parue en 1996, l’anthologie Jammu Africa reprend ce titre poignant, avec son harmonica et ses cordes feutrées ; parmi 13 morceaux sobres (Jammu Africa, Khar) et colorés (Sofia, Dibi Dibi Rek), engagés (Raciste, Samba et Leuk) ou poétique sur Without Blame, en duo avec Marianne Faithfull qui chante la femme libre… Entouré d’un orchestre capable de faire danser et pleurer à la fois, avec ses chœurs généreux et une trompette chaloupée, des tam-tams discrets, Ismaël Lo ne sait pas tricher.

Mihály Víg – Filmzenék

Né à Budapest en 1957, Mihály Víg est un compositeur et acteur hongrois reconnu pour sa collaboration avec le cinéaste Béla Tarr, de deux ans son aîné et qui compte parmi mes réalisateurs favoris. D’Almanach d’automne au Cheval de Turin, les plans séquence de ses films défient le temps, où les dialogues sont infimes et laissent aux images en noir et blanc le soin d’installer une dramaturgie poignante, irréelle et qui culminera dans Le Tango de Satan, un film de 7 heures 30 sorti en 1994 et que j’aime revoir une fois par an, au mois de décembre… Parue en 2009, l’anthologie Filmzenék parcourt Almanach d’automne dont le piano désaccordé évoque MorriconeDamnation où des synthés asthéniques et un accordéon folklorique relatent l’essoufflement d’une fête ; Sátántangó dont la quête lancinante se perçoit derrière un clocher et une danse au mélodica ; Les Harmonies Werckmeister où piano et violon orchestrent la ronde des planètes pour Terriens imbibés… Une musique qui colle à la pellicule comme entre Preisner et Kieślowski, une sagesse dionysiaque qui me rappelle mon ami André, cinéphile entre tous et qui m’a fait découvrir Béla Tarr.

Pierre Perret – Les Plus Grands Succès

Dans la famille disque qui file un coup de vieux, je demande le chanteur et parolier français né en 1934 à Castelsarrasin. Saxophoniste à 19 ans, Pierre Perret rencontre Georges Brassens qui l’encourage à se produire aux Trois Baudets, où Boris Vian n’est jamais loin… Il part en tournée aux côtés de Charles Aznavour en 1966, multiplie les tours de chants et signe une trentaine d’albums en soixante ans de carrière… Mes parents l’écoutaient quand j’étais môme, à un âge où moi aussi je voulais tout savoir sur Le zizi, son plus gros succès paru en 1975, hélas absent de ce disque au titre trompeur paru chez Vogue… Mais on y trouve son premier tube daté de 1963, Le Tord Boyaux en souvenir du café que tenaient ses parents ; un amour avec Blanche ou le piquant des Jolies Colonies de VacancesLa Corrida où aucun taureau n’a été maltraité, la gouaille des Postières et même une prière dans l’esprit de Noël… Chanteur engagé et amoureux des mots, expert en argot de comptoir et fabulettes, Pierre Perret a aussi écrit des titres poétiques invitant à la passion (Belle Rose) ou au crime (Mimi la Douce), sur fond de fanfare et d’accordéon entre Joe Dassin et Bobby Lapointe.

Jimmy Somerville – The Singles Collection

Le chanteur à voix aiguë le plus célèbre des années 80 est Écossais, né en 1961 à Glasgow. Il fonde le groupe Bronski Beat en 1983, aux côtés de Steve Bronski et Larry Steinbachek, qui cartonne d’emblée avec le single Smalltown Boy, une exquise balade synthpop dénonçant la discrimination dont est victime un jeune gay provincial. L’année suivante, Why? décline le même thème et marque un nouveau succès, suivi d’un medley créatif emprunté à Donna Summer et John Leyton, I Feel Love/Johnny Remember me… Puis Jimmy s’en va fonder The Communards aux côtés du pianiste Richard Coles, alignant de nouveaux hits avec Never Can Say Goodbye, Disenchanted et You are my World en 1986 ; j’avais alors 17 ans et ceux qui ont lu La vie triée devinent mon rapport ambigu avec ces chansons haut perchées… Fin 1989, Somerville sort un album solo avec You Make me Feel et une reprise de Comment te dire Adieu ; autant de titres qui figurent sur l’anthologie de cette voix d’exception dans l’histoire de la pop, capable aussi d’aller dans les graves en délivrant au passage quelques frissons. « You and me together, fighting for our love… »