Michel Polnareff – La Compilation

Né à Nérac en 1944, Michel Polnareff est un chanteur et compositeur français. Son père est pianiste et parolier pour Edith Piaf, qui l’initie au classique et Michel entre au Conservatoire où il ne s’épanouit guère, quitte sa famille et subsiste de petits boulots, chante dans la rue avant d’être repéré avec La Poupée qui fait non qui lui ouvre les portes d’un premier album : il accepte à condition que Jimmy Page soit à la guitare… Les succès s’enchaînent avec Love Me, Please Love Me puis Le Bal des Laze aussi inspiré que Manset ; Âme Caline candide et enflammé, sa voix haut perchée lui autorisant toutes les audaces. Son style vestimentaire fait jaser, ses lunettes noires destinées d’abord à protéger ses yeux ; on le compare à Bowie et pour ma part je le découvre en 1981, j’ai 12 ans et repasse en boucle le 45 tours Je t’aime ; et plus encore sa face B qui contient l’indémodable Tam Tam… Quatre ans plus tard, Y’a Que Pas Pouvoir Qu’on Peut me fait penser à Gotainer ; en 1990 Goodbye Marylou donne envie d’allumer son minitel avant LNA HO, chanson oulipienne en lettres à épeler… Une carrière mémorable entre Dutronc et Gainsbourg, à retrouver sur ce double cd paru en 1991. « LHO LHO OLNA… »

Bill Haley – Rock

Bill Haley est un compositeur et chanteur américain né à Detroit en 1925. Guitariste et contrebassiste, il débute sa carrière comme DJ à la radio puis fait ses débuts sur scène dans un groupe de country bientôt rebaptisé « Bill Haley and His Comets », qui enregistre son premier succès Crazy Man, Crazy en 1953, suivi par Rock Around the Clock l’année suivante. Premier artiste blanc à s’aventurer en territoire rock’n roll, Haley ouvre la voie à Elvis et à Buddy ; cette anthologie parue chez Charly permettant de mesurer l’apport de ce pionnier gominé… Outre les incontournables déjà cités, on y retrouve le virevoltant Shake Rattle & Roll suivi du boute-en-train See You Later Alligator, où Bill est épaulé par les chœurs de ses Comets, eux-mêmes suivis de près par un saxo sporadique… Autant de chansons fondatrices et qui font claquer des doigts devant le juke-box, à écouter sans avoir besoin d’avaler 40 Cups of Coffee entre Chuck Berry et Bo Diddley.

Wire – The A List

Paru en 1993, The A List compile les seize meilleurs morceaux de Wire parus entre 1985 et 1990, d’après les résultats d’un sondage effectué auprès de fans et de journalistes musicaux. Les albums The Ideal Copy et A Bell is a Cup y sont particulièrement représentés, Kidney Bingos ou Madman’s Honey enjôlent tandis que The Finest Drops remporte l’argument avec son association de percussions et trompettes ; la torpeur de Feed Me rappelant Black Day… Moins immédiat, Drill joue sur la longueur et nous fait gravir une suite d’escaliers comme si l’on arpentait vers le Château de Kafka ; Torch it! constituant l’étape suivante avec ses emballements gothiques qui me rappellent la luxuriance de Mask. Un disque grisant où les guitares planent entre des synthés surannés, à ne pas mettre aux oubliettes.

Django Reinhardt – 100 Ans de Jazz

Né en Belgique en 1910, Django Reinhardt est un guitariste français à l’origine du jazz manouche, un style de musique combinant jazz et folklore gitan popularisé avec Stéphane Grappelli en 1934, qualifié par ce dernier de « jazz sans tambour ni trompette. » Django voyage en roulotte avant de s’installer à Paris à l’adolescence, où il apprend le banjo grâce à son oncle, puis le violon et enfin la guitare qui deviendra son instrument de prédilection en dépit d’un incendie qui mutile sa main gauche à l’âge de 18 ans ; à la suite duquel il va développer une technique de jeu particulière qui sera admirée par Jimi Hendrix… Parue en 1992, cette anthologie présente des enregistrements réalisés à Rome en 1949 et 1950 aux côtés d’Alf Masselier à la contrebasse ou de Grappelli au violon, le célèbre Minor Swing ouvrant le bal avec un swing à tomber de sa chaise ; suivi de Nuages où les cordes de Django sont accompagnées d’une impalpable clarinette, tandis que September Song me fait penser aux Shadows… Que l’on tape du pied avec le traditionnel Russian Songs Medley ou que l’on flâne avec Improvisation sur Tchaïkovsky, la griserie est garantie avec ces 36 morceaux hors du temps.

Billie Holiday – L’Art Vocal vol. 1

Née à Philadelphie en 1915, Billie Holiday est une chanteuse de blues américaine. Privée d’enfance entre un père absent et une mère qui se prostitue, elle découvre les disques de Louis Armstrong et tente de se frayer un chemin dans le milieu musical, chante dans les clubs où elle est repérée par un producteur de Columbia qui lui permet d’enregistrer son premier disque à l’âge de 18 ans… Les succès s’enchaînent, les mauvaises rencontres aussi et Billie devient dépendante à la drogue et à l’alcool ; elle se produit aux côtés des plus grands d’Oscar Peterson à Miles Davis mais ravagée par les excès, décède prématurément à 44 ans… Admirée par Sinatra et figure de proue du jazz vocal à l’égal d’Ella Fitzgerald ou Nina Simone, son timbre swinguant relègue les autres instruments au rang de figurants ; comme en témoigne cette anthologie parue en 1990 sous l’égide de la Fondation France Telecom, où l’on retrouve 22 titres habités par la mélancolie (The Mood that I’m In, Carelessly, My Man, Strange Fruit) ; avec le sublime You Go to my Head qui me fait songer à Lilac Wine.

William Sheller – Master Serie

Né à Paris en 1946, William Sheller est un auteur compositeur interprète français. Élevé par ses grands-parents, il baigne très jeune dans l’univers du théâtre et de la musique, apprend le piano classique avant d’obliquer vers le rock et connaît ses premiers succès en écrivant des chansons pour Françoise Hardy ou Joe Dassin ; avant d’être révélé dans les années 80 avec les albums Symphoman ou J’Suis pas Bien… Parue chez Polygram, cette anthologie regroupe 16 chansons publiées entre 1976 et 1984 ; des Photos Souvenirs qui remuent la carte du tendre comme une Amnésie sur le Lac de Constance au gentil Carnet à Spirale, de l’autobiographique Symphoman à la méditation du joggeur (Oh J’Cours Tout Seul) ; des Filles de l’Aurore aux confidences en public de Simplement, à l’image de cette petite heure qui passe toute seule en compagnie du poète sentimental… Fort de ces tubes, William écrira ensuite des albums plus personnels ; audacieux aussi en 1991 avec Sheller en Solitaire où il égrène ses chansons derrière un piano, quelques mois avant Nougaro. « Ce serait peut-être là un endroit pour vivre… »

Richard Gotainer – Les Inoubliables de Gotainer

Richard Gotainer est un chanteur français né en 1948 en Meurthe-et-Moselle. Il étudie le droit avant de devenir publicitaire, se spécialise dans la création de spots musicaux à jamais gravés dans la tête des mômes assis devant la télé dans les années 80 (Infinitif, Banga, Belle des Champs…) Sa carrière de chanteur débute en 1977 avec Le Forgeur de Tempos, un album où Polochon Blues et Le Moustique incarnent déjà son esprit facétieux. Parue en 1995 chez Flarenasch, cette anthologie regroupe tous ses succès du Mambo du Décalco à Poil au Tableau ; du Youki qui me fait penser à Paravel (Petit Pépère) au Sampa où ce faiseur de tubes a inventé une nouvelle danse… Sur des arrangements synthpop et burlesques, Gotainer raconte des histoires pas forcément farfelues, parfois proche de Pierre Perret et précurseur de Hugues Le Bars dont les gimmicks télévisuels marqueront la décennie suivante. « Multiplions zozo par graffiti tsoin tsoin… »

Robert Johnson – The Complete Recordings

Robert Johnson est un guitariste et chanteur américain né en 1911 dans le Mississippi. Après une enfance erratique entre école buissonnière et champs de coton, Robert apprend l’harmonica puis la guitare ; se marie à 18 ans mais sa femme meurt en couches neuf mois plus tard… Préférant la musique à la vie paysanne, Johnson écume la scène locale et fait connaître sa voix haut perchée, son jeu se perfectionne et il enregistre entre 1936 et 1937 les 29 chansons qui deviendront son corpus définitif ; décédant l’année suivante dans de troubles circonstances, la légende évoquant un mari jaloux qui aurait empoisonné son whisky… Parue chez Columbia en 1990, cette intégrale qui regroupe toutes les prises alternatives laisse entendre une virtuosité brute de décoffrage, six cordes et une voix à l’unisson aussi évidentes que chez Brassens quinze ans plus tard… Le son qui craque sur Sweet Home Chicago, la voix qui grimpe dans les aigus comme Little Richards (I Believe I’ll Dust My Broom, Preaching Blues) ; les rythmes entraînants de I’m a Steady Rollin’ Man et Come on in my Kitchen : Johnson a inspiré Dylan et Hendrix mais on y pense aussi en écoutant la folk de Jansch ou le blues de Joplin, cette dernière appartenant tout comme lui au Club 27 dont il est devenu malgré lui le membre fondateur.

Irma Thomas – Ruler of Hearts

Irma Thomas est une interprète de musique soul américaine née en Louisiane en 1941. Elle apprend à chanter à l’église et passe une audition à l’âge de 13 ans chez Specialty Records, se produit dans des groupes de rhythm’n blues et sort son premier single en 1959, Don’t Mess with my ManIt’s Raining et Ruler of my Heart suivent, présents parmi vingt autres titres sur cette anthologie parue chez Charly R&B en 1989 ; dont j’ai fait l’acquisition après avoir vu Down by Law de Jim Jarmusch, sous le charme de la scène où Roberto Benigni et Nicoletta Braschi dansent ensemble en écoutant It’s Raining, qui compte depuis parmi mes chansons romantiques préférées… Porté par la voix feutrée d’Irma, le chant est tantôt accompagnée de chœurs (It’s too Soon to Know, Gone) ou plus solitaire (Cry On, Your Love is True) ; entre Aretha Franklin et Amy Winehouse (Ruler of my Heart). Il y aussi des morceaux live rappelant Janis Joplin, en particulier Wish Someone Would Care qui termine ce disque aux couleurs jazz de la Nouvelle-Orléans. « Drip, drop… Drip, drop… »

Herbie Nichols – The Complete Blue Note Recordings

Herbie Nichols est un pianiste et compositeur de jazz américain né à New York en 1919. Il étudie d’abord la musique classique puis intègre des orchestres de jazz à Harlem ; admirateur de Thelonious Monk autant que de Bartók ou Chopin, il enregistre son premier album en 1955 chez Blue Note : The Prophetic Herbie Nichols (en deux volumes), suivi de Herbie Nichols Trio l’année suivante. En avance sur son temps et emporté par une leucémie à l’âge de 44 ans, ses compositions élégantes et complexes ne lui permettent pas d’être reconnu de son vivant, dont on retrouve une grande partie sur cette anthologie parue chez Blue Note et qui reprend les trois disques précités, agrémentés de nombreux inédits… Avec Art Blakey à la batterie, j’aime les accélérations impromptues de Step Tempest puis Dance Line m’évoque Duke Ellington ; parmi d’autres morceaux de haute volée (Hangover Triangle, Sunday Stroll) ou plein d’allant (Applejackin’). Le choix éditorial de faire suivre certains titres de leur version alternative est malhabile car il aurait été moins monotone de les découvrir en annexe ; mais c’est un moindre mal qui ne saurait gâcher notre plaisir de savourer le jeu rare et flegmatique de Herbie.