Herbie Nichols – The Complete Blue Note Recordings

Herbie Nichols est un pianiste et compositeur de jazz américain né à New York en 1919. Il étudie d’abord la musique classique puis intègre des orchestres de jazz à Harlem ; admirateur de Thelonious Monk autant que de Bartók ou Chopin, il enregistre son premier album en 1955 chez Blue Note : The Prophetic Herbie Nichols (en deux volumes), suivi de Herbie Nichols Trio l’année suivante. En avance sur son temps et emporté par une leucémie à l’âge de 44 ans, ses compositions élégantes et complexes ne lui permettent pas d’être reconnu de son vivant, dont on retrouve une grande partie sur cette anthologie parue chez Blue Note et qui reprend les trois disques précités, agrémentés de nombreux inédits… Avec Art Blakey à la batterie, j’aime les accélérations impromptues de Step Tempest puis Dance Line m’évoque Duke Ellington ; parmi d’autres morceaux de haute volée (Hangover Triangle, Sunday Stroll) ou plein d’allant (Applejackin’). Le choix éditorial de faire suivre certains titres de leur version alternative est malhabile car il aurait été moins monotone de les découvrir en annexe ; mais c’est un moindre mal qui ne saurait gâcher notre plaisir de savourer le jeu rare et flegmatique, délié de Herbie.

Jeanne Moreau – J’ai la Mémoire qui Flanche

Née à Paris en 1928, Jeanne Moreau est une actrice et chanteuse française. Elle prend des cours de théâtre en cachette de ses parents, entre au Conservatoire à 19 ans et décroche ses premiers rôles sur scène, puis au cinéma avec Ascenseur pour l’Echafaud en 1958 ; ou encore Jules et Jim de Truffaut quatre ans plus tard, dont elle interprète la bande originale avec le compositeur Serge Rezvani qui écrira bientôt ses plus belles chansons, réunies sur ce cd paru en 1987 grâce au producteur Jacques Canetti… Comptines douces-amères (J’ai la Mémoire qui Flanche, Rien n’Arrive Plus, Tout Morose) et textes enlevés (La Vie s’envole) ; chansons d’amour (Moi Je Préfère, Des Mots de Rien) et histoires courtes (L’Horloger) composent ce disque pétillant, papillonnant et à réserver aux soirées en bonne compagnie, devant un feu de cheminée avec Françoise Hardy à la guitare et Boris Vian au pianocktail.

Otis Redding – The Definitive Collection

Otis Redding est un chanteur et guitariste américain né en 1941. Il est choriste à l’église où il apprend le piano et la guitare, prend des cours de batterie à l’âge de 10 ans puis accompagne des groupes de gospel. Il rejoint les Pinetoppers en 1958, une formation de blues dont le guitariste Johnny Jenkins fait sensation, publie son premier album six ans plus tard et se fait connaître avec les balades Pain in my Heart et These Arms of Mine, où sa voix de rogomme est aussi à l’aise pour faire fondre les cœurs que remuer les guiboles (Security), puis l’année suivante avec Mr. Pitiful… De My Girl à la reprise de Satisfaction, les succès s’enchaînent et l’on songe à la fougue de Little Richard ; ils figurent tous sur cette anthologie parue chez Warner en 1987 et qui se termine avec l’impérissable (Sittin’ on) The Dock of the Bay, bouclé trois jours avant l’accident d’avion qui interrompt sa carrière à seulement 26 ans… Ses mélodies de feu inspireront les Moody Blues et Janis Joplin ; les Bee Gees lui dédieront To Love Somebody, une chanson écrite à l’intention d’Otis qui avait prévu de l’enregistrer.

Richard Wagner – La Walkyrie/Tristan et Iseult/Le Vaisseau Fantôme…

Richard Wagner est un compositeur allemand né à Leipzig en 1813. Il apprend la musique à l’âge de 15 ans puis écrit son premier opéra cinq ans plus tard ; s’exile un temps à Paris pour fuir ses créanciers, devient chef d’orchestre et connaît son premier grand succès avec l’opéra Le Vaisseau Fantôme… Il en composera treize autres jusqu’à Parsifal en 1882, qui fut le premier opéra auquel j’ai assisté quand j’avais 22 ans. Je n’écoutais alors quasiment pas de musique classique (à part peut-être Beethoven), et tombai sous le charme de la magnificence wagnérienne ; depuis cela m’a plutôt passé et je préfère écouter Carmen ou Don Giovanni, mais j’ai conservé ce double cd paru chez Decca en 1990 et qui figurait déjà dans ma discothèque lorsque celle-ci ne comportait qu’une étagère… De la Chevauchée des Walkyries aux Murmures de la Forêt ; du romantique Tannhäuser au magnifique Prélude de Tristan et Iseult que Lars von Trier reprendra en ouverture de son film Melancholia : autant d’émotions immémoriales sous la direction de Hans Knappertsbusch et Leopold Stokowski, à travers les séquences emblématiques du compositeur.

The Velvet Underground – VU

Parue en 1985, l’anthologie VU regroupe dix morceaux inédits du Velvet Underground enregistrés entre 1968 et 1969. Doug Yule est à la basse et même au chant sur le paisible She’s my Best Friend, pour le reste ce sont John Cale et Lou Reed qui font le show, le premier avec une Stephanie Says mélancolique et Temptation Inside Your Heart où l’on entend rire et des bribes de dialogues, une porte qui claque ; le second avec une Lisa Says délurée et Ocean dont les cymbales imitent le bruit des vagues avant de s’écraser sur les rochers… Avec son célèbre vumètre en couverture (dans le rouge bien entendu), VU résume l’esprit d’un groupe aussi à l’aise dans les balades folk que les écarts psychédéliques, qui se referme avec le chant rare de la batteuse Maureen Tucker sur l’attachant I’m Sticking With You.

Edith Piaf – 25è Anniversaire

Chanteuse et parolière française, Édith Piaf dite « la Môme » est née à Paris en 1915 d’un père contorsionniste et d’une mère chanteuse de rue. Elle ne voit pas l’enfance en rose et sera élevée par ses grands-mères avant de retrouver son père, au cirque où elle apprend à chanter… Elle s’installe à Montmartre et se produit dans les cabarets ; repérée par Jacques Canetti en 1936, elle enregistre son premier disque et démarre une carrière retentissante dont on retrouve l’essentiel sur cette anthologie (Mon Légionnaire, Padam, Sous le Ciel de Paris, Milord…) Mes parents écoutaient Piaf qui par ailleurs ressemblait à ma grand-mère, aussi je retombe en enfance dès les premières mesures des Trois Cloches, poignantes avec en chœur les Compagnons de la Chanson ; La Goualante du Pauvre Jean ou encore L’Accordéoniste car mon père en jouait à la maison… Il y a aussi L’Homme à la Moto comme un ancêtre de Harley Davidson, Je Sais Comment qui me fait le même effet que Le Petit Cheval ; sans oublier le coup de massue des Amants d’un Jour… Marquée par la maladie et les drames intimes, Edith Piaf s’est éteinte à seulement 47 ans ; mais sa voix n’a pas pris une ride et continue à nous prendre aux tripes.

Elvis Presley – 30 #1 Hits/2nd to None

Né en 1935 à Tulepo, Elvis Presley est un acteur et chanteur américain. Né de parents modestes, son oncle lui apprend la guitare et il passe sur une radio locale à 12 ans ; en 1954 il enregistre That’s all Right chez Sun Records, son premier succès rockabilly où se mêlent country et RnB ; puis deux ans plus tard Heartbreak Hotel et Love me Tender tirée du film du même nom, où il tient aussi le rôle principal… Provocateur devant les caméras, ses chorégraphies suggestives font de lui une idole contestataire et le premier représentant du rock’n roll au gré de chansons légendaires ; il meurt d’une crise cardiaque à 42 ans, en surpoids et ravagé par la drogue… Parus en 2002 et 2003 puis en double coffret, les anthologies 30 #1 Hits et 2nd to None regroupent 61 tubes où l’on retrouve Jailhouse Rock et Blue Suede Shoes, In the Ghetto ou Viva Las Vegas ; ainsi que les remix Rubberneckin de Paul Oakenfold et A Little Less Conversation de Junkie XL. Et s’il fallait en retenir cinq, je choisirais Wooden Heart, His Latest Flame, Can’t Help Falling in Love, The Wonder of You et Kentucky Rain. « Thank you, thank you very much. »

Stéphane Grappelli – Jazz Collection

Stéphane Grappelli est un violoniste et pianiste de jazz français né à Paris en 1908. Il fait son apprentissage comme musicien de rue puis accompagne les films muets au cinéma ; avant de créer le Quintette du Hot Club de France en 1934 aux côtés de Django Reinhardt. Collaborant avec Oscar Peterson ou Jean-Luc Ponty, son abondante discographie est élégamment résumée sur cette anthologie parue chez Jazz Collection, où accompagné pour l’essentiel des guitaristes Barney Kessel et Nini Rosso, de Mitchell Gaudry à la basse et Jean-Louis Viale à la batterie, l’archet de Grappelli sillonne l’histoire du jazz de More than you Know à It’s only Paper Moon, avec une reprise dégourdie de Tea for Two mais aussi des moments plus intimes, où le piano dialogue (Moonlight in Vermont, Tournesol) et se confie (Greensleeves) derrière un violon réservé. De la musique pour une nuit sans prise de tête, à alterner avec Sidney Bechet ou Eddy Louiss.

Guem – Percussions Africaines pour la Transe

Abdelmadjid Guemguem est un musicien algérien né à Batna en 1947. Plus connu sous le nom de Guem, footballeur dans son enfance il se passionne très tôt pour les percussions, s’installe à Paris dans les années 70 où il fait ses armes dans les cafés de Barbès, notamment en compagnie de groupes de jazz. Son premier album Percussions Africaines paraît en 1973, bien d’autres suivront et c’est avec Le Serpent que démarre cette anthologie parue en 2002 au Chant du Monde, qui a fait connaître Guem après que Jean-Luc Delarue l’ait mis au générique de son émission Ça se discute dans les années 90, ses rythmes envoûtants pénétrant l’inconscient collectif à la manière de Steppe… Les 15 titres qui suivent possèdent le même pouvoir d’addiction, de Cauchemar à Nouba en passant par Lazzi ou Délivrance, les tam-tams règnent et avec ou sans danse on se laisse porter jusqu’à la « transe », nos oreilles captivées par ce son minimal et organique, un horizon hallucinant se profilant derrière la répétition de tambours et fûts métalliques, claquements et sifflets cadencés comme autant de phases que Guem induit sans avoir besoin d’électricité, à écluser avant de déboucher un bon Steve Reich.

Santana – The Best of

Souvent cité parmi les plus grands guitaristes, Carlos Santana est un musicien mexicain né en 1947. Son père l’initie au violon mais il préfère la guitare et fait ses armes dans les clubs de Tijuana, avant de créer en 1966 le groupe qui portera son nom. Trois ans plus tard, il participe à Woodstock le même jour que Janis Joplin, sa carrière est lancée et les albums s’enchaînent, il collabore avec John McLaughlin ou Herbie Hancock, peaufinant son style entre rock psychédélique et latin jazz agrémenté de percussions africaines… Parue chez Columbia en 1991, cette double anthologie contient les immanquables Black Magic Woman, Carnaval et Europa, One Chain ou encore Well all Right  ; mais aussi une version live de Jugando et sa guitare endiablée, un medley vibrant (Dealer/Spanish Rose) et une progression au piano mieux qu’Elton John (Treat), Baila mi Hermana et ses claviers à la BJH sur cordes de velours ; une instrumentale planante (Aqua Marine) parmi 33 chansons moins déjantées que Hendrix mais plus passionnantes que Toto, où Carlos déroule ses recettes blues world… Il fait partie de mes premiers cds et j’en prends soin comme on dépoussière un meuble de famille, entre Queen et ZZ Top.