She Wants Revenge – She Wants Revenge

Créé en 2004 par Justin Warfield (chant et guitare) et Adam Bravin (claviers, basse et percussions), She Wants Revenge est un groupe de post punk américain. Paru en 2006 chez Geffen, leur premier album éponyme s’impose dès les première mesures, avec Red Flags and Long Nights où la voix rappelle Philip Oakey et la guitare Robert Smith dans un surprenant mélange où se déploient des textes sombres ; cet effet perdurant avec These Things et surtout Tear You Apart, au parfum gothique inséparable d’un épisode de la série American Horror Story qui m’a permis de les découvrir… La gaité de certains titres fait penser au recyclage new wave des Future Islands, mais entre la nonchalance des Psychedelic Furs et la créativité des Flaming Lips, ce duo a quelque chose en plus et brouille les cartes avec une instrumentale digne de Siouxsie (Disconnect), juste avant que Someone Must Get Hurt n’assène un coup fatal inspiré par The Same Deep Water as You, le piano désabusé de Killing Time suggérant un rêve de Morrissey.

Siouxsie & The Banshees – The Rapture

Dernier album de Siouxsie & The Banshees, The Rapture paraît en 1995, quatre ans après Superstition qui ne m’a jamais inspiré… En partie produit par John Cale, on y retrouve l’énergie de Peepshow avec une volonté d’extase affichée, dominée par le savoir-faire de McCarrick qui en met plein les oreilles dès Fall from Grace et ses chœurs impeccables ou The Lonely One avec accordéon et petits mots en français ; c’est pittoresque mais Sioux semble à l’étroit dans ces espaces un peu trop célestes, même s’il est difficile de résister à la ritournelle ambiguë Forever… Heureusement, le disque est vaste et Not Forgotten redresse la situation avec des percussions dignes de Flowers of Romance, avant que le titre éponyme ne fasse oublier le reste avec sa rumeur inquiétante, qui s’insinue pendant 12 minutes riches en rebondissements et où chacun retrouve à s’exprimer… Douze ans plus tard, Siouxsie publie un album solo que j’ai longtemps écouté sans trop savoir pourquoi (Mantaray), laissant derrière elle assez de ravissements pour que l’on ne se contente pas de peu.

Siouxsie & The Banshees – Peepshow

Un après après regardé de l’autre côté du miroir, Siouxsie propose un Peepshow lorgnant vers l’electro sans renoncer à son âme new wave, avec le renfort des cordes et de l’accordéon de McCarrick, audible dès Peek-a-Boo qui ouvre le disque sur une note touffue. La veine est plus paisible avec le bocal tueur d’insectes (The Killing Jar) puis The Scarecrow donne vie à un épouvantail ; avant le crescendo mélodique de Carousel et son souffle hésitant, planant au synthé avec la subtilité d’un Peter Gabriel… Le rendu squelettique de Rawhead and Bloodybones fait le coup du monstre caché sous l’escalier, on s’inquiète de notre éternité avec The Last Beat of my Heart avant que Rhapsody ne termine ce neuvième opus par une danse onirique au final éclatant… Je l’ai écouté après le dernier passage à l’heure d’hiver, un dimanche de pluie où mon cœur est à fleur de peau ; mais même si l’emphase de certains titres le rendent trop fanfaron pour égaler Tinderbox, avec sa couverture mordorée Peepshow mérite de figurer dans le trio de tête.

Siouxsie & The Banshees – Through the Looking Glass

En 1987, Siouxsie crée la surprise en sortant un album entièrement constitué de reprises. L’exercice est périlleux et peut vite s’avérer barbant, or ici ces 10 chansons sont pour la plupart réincarnées, habitées par l’esprit cold wave auquel Tinderbox nous a habitués… Kraftwerk est méconnaissable (Hall of Mirrors) et Trust in Me ensorcelle un peu plus la version du serpent Kaa dans le Livre de la Jungle ; Billie Holiday est revisitée à travers une marche funèbre à la trompette (Strange Fruit) et Iggy Pop a salué la nouvelle interprétation de son PassengerYou’re Lost Little Girl ajoute une dose d’étrangeté à la version des Doors, sans oublier Little Johnny Jewel qui m’a fait découvrir Television ; il y a aussi Roxy Music, Bob Dylan ou John Cale sur ce disque intime et gothique, enrichi à la harpe et au violoncelle par Martin McCarrick qui rejoindra ensuite le groupe.

Siouxsie & The Banshees – Voices on the Air

Parue en 2006, cette compilation regroupe les cinq Peel Sessions auxquelles ont participé Siouxsie & The Banshees entre 1977 et 1986. De quoi parcourir leurs sept premiers albums à travers des titres marquants, associé au son des studios d’enregistrement de la BBC qui convient si bien à leur style… Suburban Relapse et Metal Postcard reviennent aux origines, complétés par l’étonnante face B Love in a Void ; on y trouve aussi Hong Kong Garden, premier single du groupe qui ne figure sur aucun de leurs albums studio, ainsi qu’une trace surprise des Creatures avec le toujours efficace But not Them… Into the Light s’en sort de Jujustesse mais je suis à chaque fois conquis par les versions brutes de Playground Twist et Poppy Day, ces 70 minutes d’anthologie se terminant par trois extraits de Tinderbox, où Land’s End est à nouveau saisissant.

Siouxsie & The Banshees – Tinderbox

Deux ans après Hyæna, Souxsie & The Banshees recrutent John Valentine Carruthers à la guitare et accouchent de leur meilleur album depuis The Scream… Après la gaieté enfantine de Candyman, aux rythmes élégants, The Sweetest Chill et This Unrest forment une paire où synthés et guitares, voix inversées installent une atmosphère affolante. Le carillon de Cities in Dust offre une respiration avant les redoutables Cannons où Siouxsie précipite sa voix dans un ballet de cordes éclatant ; la structure à rebondissements de Partys Fall irradiant comme un polar psychédélique dont la chute serait évoquée dans le prologue de 92 DegreesLand’s End va au bout des terres dans une succession de battements et de riffs virtuoses, mais ce n’est pas terminé car l’édition cd propose cinq titres bonus qui ajoutent encore à la cohérence de ce disque qui tutoie parfois Pornography ; parmi lesquels An Execution et Umbrella sont des modèles de submersion cold wave… Apprécié par Dunckel qui le cite parmi ses albums favoris, avec sa tornade en couverture Tinderbox captive sans répit. « Take a walk with me, down by the sea… »

Siouxsie & The Banshees – Hyæna

Sixième opus de Siouxsie & The Banshees, Hyæna voit le jour en 1984, deux mois après The Top des Cure. Je fais l’impasse sur A Kiss in the Dreamhouse, où à part la flûte à bec de Green Fingers et Circle il n’y a rien à  écouter ; tandis que Dazzle envoie la sauce avec l’appui du London Symphonic Orchestra pour un titre céleste et euphorisant, l’orgue et les chœurs de Take me Back faisant l’effet d’un moment shoegaze à la manière des Cocteau Twins qui auraient pris un petit café… Le guitariste McGeoch ayant été remercié pour alcoolisme, l’album a été composé et interprété avec le soutien renouvelé de Robert Smith, qui reprendra le thème à peine modifié du langoureux Swimming Horses sur l’album The Head on the Door l’année suivante (Six Different Ways) ! Puis Siouxsie incarne Dear Prudence de façon plutôt rasoir, où les synthés se montrent plus audacieux que le chant, avant de conclure par des tentures orientales (Blow the House Down) ce disque distrayant mais inégalement étoffé.

Siouxsie & The Banshees – Juju

Paru en 1981, Juju tente de renouer avec une certaine unité. On passe sur Spellbound qui ouvre le disque sur une note désinvolte, la basse de Severin redressant la barre avec Into the Light où le chant reprend substance, confirmée par la lenteur inspirée des Arabian KnightsHalloween inquiète les enfants et Night Shift envoûte les plus grands ; la clarté de Sin in my Heart rappelant l’énergie froide des Creatures, un sous-groupe monté en parallèle par Sioux et son batteur Budgie, au risque de s’éparpiller… Les 7 minutes de Voodoo Dolly offrent une sortie honorable à cet album où la guitare est psychédélique et les percussions réfrigérées ; mais il y a dans Juju trop de pop et de tics punks, et il va falloir patienter encore un peu avant de visiter les terres obscures que Siouxsie ne défriche pour le moment qu’à doses homéopathiques. « Trick or treat, the bitter and the sweet… »

Siouxsie & The Banshees – Kaleidoscope

Un an après l’intempérant Join Hands et l’arrivée de Budgie à la batterie et McGeoch à la guitare, le troisième album de Siouxsie propose de vivre dans une Happy House que les Sugarcubes auraient pu habiter. Une drôle d’impression corrigée par les claviers new wave de Tenant et les paroles percutantes de Clockface, Lunar Camel évoquant les réverbérations de Seventeen Seconds… On chante de travers sur Hybrid et la fille fraise Christine est un peu verte, Skin termine sur une note fiévreuse mais comme son nom l’indique, Kaleidoscope reste un fourre-tout aux éclats superficiels, mélange de post-punk et de synthpop indéterminé au moment où sortent Closer et Organisation… Le livret est réussi et montre une Siouxsie à facettes photographiée par Joe Lyons, hélas les paroles sont illisibles car reproduites en trop petit d’après l’édition vinyle. Tant pis.

Siouxsie & The Banshees – Join Hands

En 1979, avec Poppy Day et sa basse impassible, Join Hands s’éloigne du Scream initial vers davantage d’introspection ; ses riffs annonçant Unknown Pleasures enregistré un mois plus tard. Ces profondeurs déplaisent au batteur Morris et au guitariste McKay, lesquels claquent la porte et c’est Robert Smith qui va assurer quelque temps la transition pendant les tournées de Siouxsie, où The Cure était alors déjà en première partie… La descente se poursuit avec Icon et Premature Burial empreints de révolte rauque, vers les deux morceaux qui constituent le cœur du disque : Playground Twist et Mother/Oh Mein Papa, où Siouxsie règle des comptes obscurs avec son enfance et sa mère insolvable ; la diatribe étant complétée par une prière aussi fervente que déjantée (The Lords Prayer). Les hostilités se terminent avec la froide Infantry, une instrumentale qui pourrait encore ajouter des perles de sueur dans le dos de l’auditeur… au sortir de ce disque remuant et singulier.