Wire – 154

Wire est un groupe de rock alternatif britannique formé à Londres en 1976 par le chanteur et guitariste Colin Newman, le chanteur et bassiste Graham Lewis, le guitariste Bruce Gilbert et le batteur Robert Grey. Après des débuts post punk avec les albums Pink Flag et Chairs Missing parus en 1977 et 1978, que j’ai un temps possédés avant de m’en lasser ; en 1979 le quatuor opte pour un son moins tapageur au profit d’arrangements new wave qui le rapprochent de Bauhaus, sur ce troisième opus intitulé 154 comme le nombre de concerts à leur actif au moment de sa parution… La cadence de The 15th est envoûtante et les effluves languides de A Touching Display évoquent Seventeen Seconds ; tandis que les accords voyageurs de Map Ref. 41 Deg N 93 Deg W sont égrenés par un duo de voix britpop avant l’heure, les paroles m’évoquant Miner at the Dial-a-View… Côté inédits on pense à Devo avec Song 1  puis à ZNR avec Get Down, les escarpements de Let’s Panic Later flirtant avec Reproduction paru la même année. Habilement dosé entre saynètes synthpop et saillies expérimentales, 154 est un grand numéro.

Josef K – The Only Fun in Town/Sorry for Laughing

Portant le nom du personnage du Procès de Franz Kafka, Josef K est un groupe de post punk écossais formé à Édimbourg en 1979 par le chanteur et guitariste Paul Haig, le batteur Ronnie Torrance, le claviériste Malcom Ross et le bassiste David Weddell… Leur premier et unique album paraît en 1981, The Only Fun in Town où le couple guitare et guitare basse évoque aussitôt Joy Division, le chant folâtre de Haig situant l’ensemble dans un tumulte proche de Television et Talking HeadsCrazy to Exist et The Angle se distinguent par leur frénésie new wave et les rythmes de Citizens me font penser à Cure, la palme revenant au titre éponyme Sorry for Laughing dont j’ai longtemps cru qu’il avait été écrit par Propaganda… Réédité sur cd en 1990, ce disque contient aussi l’intégralité de sa mouture originale, qui devait s’intituler Sorry for Laughing mais n’a jamais vue le jour, écartée à la dernière minute au profit d’un son plus granuleux, proche du live quitte à perdre en clarté. Ce revirement est surprenant et d’une réussite variable selon les morceaux, mais Josef K ne fait rien comme tout le monde et l’on est ravis d’avoir la totale.

His Name is Alive – Home is in Your Head

His Name is Alive est un groupe de new wave américain créé dans le Michigan en 1985 par le compositeur Warren Defever. Alors âgé de 16 ans, il rencontre la chanteuse Karin Oliver et enregistrent des morceaux sur un magnéto 4 pistes qu’ils envoient à Ivo Watts-Russell. Soutenu par John Fryer (le producteur de This Mortal Coil et de Yazoo), Ivo finit par les signer sur son label 4AD en 1989 avec un premier album intitulé Livonia… Paru l’année suivante, Home is in Your Head aligne 23 titres concis et immersifs, nourris aux guitares de Warren assisté de Melissa Elliott et Jymn Auge, Damian Lang assurant les percussions tandis que les voix de Karin Oliver et Denise James distillent des ambiances éthérées voire liturgiques… Musclé à d’autres endroits, ce disque shoegaze avant l’heure se savoure d’une traite, chaque vignette appelant la suivante dans une progression passionnante. S’il fallait en citer cinq : Her Eyes Were Huge Things, The Well, Why People Disappear, Chances are we are Mad et The Other Body… Tour à tour fluide et rugueux, ce disque résiste au catalogage en évoquant Michael Brook autant que Cocteau Twins ou Low ; le temps d’une virée au pays de l’intranquillité.

Yazoo – Upstairs at Eric’s

Formé fin 1981 par le claviériste Vince Clarke qui vient de quitter Depeche Mode et la chanteuse Alison Moyet, Yazoo est un groupe de new wave britannique dont le hit Don’t Go est resté dans les mémoires au même titre que Just Can’t Get Enough… Paru en 1982, leur premier album Upstairs at Eric’s est attachant au-delà de ce tube que l’on est ravi de retrouver, où se mêlent des bribes de conversations téléphoniques (Bad Connection) et une prière electro sur un rythme évoquant Kraftwerk ; avant Only You dont le clavier évoque OMD mais aussi l’enlevé Goodbye ’70’s qui flirte avec Touch ou encore Tuesday et ses samples en français, pour finir avec Winter Kills et son piano mélo… Entre blues et punk, la voix androgyne de Moyet me fait parfois penser à Mick Hucknall, Yazoo oscillant entre synthpop assumée et déviations dignes de The Human League.

This Mortal Coil – Filigree & Shadow

Deux ans après It’ll End in Tears, This Mortal Coil revient avec un double album dans la lignée du précédent, éthéré à souhaits et constitué de 25 morceaux dont 13 instrumentaux… The Jeweller touche d’entrée avec le chant voluptueux de Dominic Appleton, suivi d’Ivy and Neet sans paroles puis Meniscus dont la guitare me rappelle Michael Brook. Au rayon des reprises, Come Here my Love de Van Morrison ploie sous les distorsions et Morning Glory de Tim Buckley ne manque pas de délicatesse ; en revanche on se serait passé des gros sabots de I Want to Live ou de Drugs au sein de ce patchwork qui a perdu l’unité des débuts, où ce sont plutôt les instrumentales qui sont marquantes avec en guise de joyaux Thaïs I et Thaïs II, ainsi que A Heart of Glass interprété par Ivo Watts-Russell… Trop dilué pour être inévitable, Filigree & Shadow ne manque pourtant pas d’appâts et peut très bien s’écouter à l’apéritif.

This Mortal Coil – It’ll End in Tears

Créé en 1984 par le fondateur du label 4AD, Ivo Watts-Russell, This Mortal Coil est un projet collectif regroupant plusieurs groupes de cold wave, parmi lesquels Cocteau Twins et Dead Can Dance. Leur premier opus paraît la même année, It’ll End in Tears où la basse de Simon Raymonde impose son tempo indolent (Kangaroo, The Last Ray) ; avec Elizabeth Fraser incandescente dans la reprise de Song to the Siren que l’on retrouvera dans Lost Highway treize ans plus tard, suivie de l’instrumentale Fyt qui aurait pu elle aussi illustrer un film de Lynch… De la new wave dépouillée comme on aime, dream pop avant l’heure où comme un poisson dans l’eau, Lisa Gerrard apporte sa touche gothique avec Waves Become Wings puis Dreams Made Flesh ; avec l’incursion notable de Colin Newman et son Not Me, plutôt post punk au cas où l’on se serait assoupi dans les limbes.

The Smashing Pumpkins – Adore

The Smashing Pumpkins est un groupe de rock indépendant américain, créé à Chicago en 1987 par le chanteur et guitariste Billy Corgan, le bassiste D’arcy Wretzky, le guitariste James Iha et le batteur Jimmy Chamberlin. Ils se produisent dans les bars de Chicago et sont remarqués avec leur second album Siamese Dream, un peu trop grunge à mes oreilles qui lui ont toujours préféré le suivant, Adore paru en 1998 ; un an après leur contribution à la bande originale de Lost Highway avec la chanson Eye… Passée la douceur de To Sheila, les rythmes d’Ava Adore m’évoquent la synthpop burinée d’Ultra paru l’année précédente, tandis que les guitares de Perfect saluent The Cure avec élégance… Un album où l’euphorie (Appels + Oranjes, Pug) côtoie la mélancolie (Once Upon a Time, Crestfallen), traversé par un son new wave plus chaleureux que les Pixies et sur lequel vient se percher la voix protéiforme de Billy Corgan ; pleine de tendresse sur For Martha et son piano… Le livret contient les paroles et des photos de Yelena Yemchuk, permettant d’approfondir cet adorable voyage.

The Gist – Embrace the Herd

Formé en 1980 par le bassiste Phil Moxham, le guitariste Dave Dearnaley et la chanteuse Wendy Smith, The Gist est un groupe de new wave gallois. Moxham vient de quitter les Young Marble Giants créés deux ans plus tôt et concocte en 1982 cet unique album, espiègle et cadencé avec l’instrumentale Far Concern ou bien Love at First Sight et son petit air de tube qui sera repris par Etienne Daho en 1986… On croirait entendre Brian Eno sur Iambic Pentameter et les tempos syncopés de Fretting Away ou Public Girls rappellent les YMG, tandis que la boîte à rythmes de Carnival Headache fait danser les neurones sans les endommager ; et même si c’est un peu le foutoir avec Dark Shots, les guitares en bonus de Four Minute Warning m’évoquent McLaughlin avant la greffe d’un dialogue intriguant à la manière de Mr. Scruff… Des ritournelles synthpop qui s’imposent comme un moment léger et décentré, ravissantes et farfelues.

Talking Heads – Little Creatures

Paru en 1985, cinq ans après Remain in Light, le sixième album des Talking Heads conforte le sillon affectueux de la troupe à David Byrne, dont la voix chaude donne corps à des comptines comme ces Creatures of Love lissées à la steel guitar ; avant de s’emballer dans les aigus sur le délirant Perfect World tandis que l’intro de Television Man m’évoque les Nits, ses gimmicks syncopés soudain gagnés par des rythmes africains… Un disque délassant où l’on retrouve aussi le célèbre Road to Nowhere, avec son tempo militaire comme un mélange entre Every Breath you Take et Stop the Cavalry ; suivi d’une version bis de The Lady Don’t Mind d’abord irritante avec ses bricolages stéréo, avant de se révéler supérieure à l’original grâce à un remarquable solo de percussions… Entre le glam de Brian et la new wave feutrée des Stranglers, Little Creatures mérite notre patience, avec en couverture un tableau plein de bosses signé de l’artiste brut Howard Finster. « I’m not lost, but I don’t know where I am… »

Talking Heads – Remain in Light

Formé à New York en 1976, Talking Heads est un groupe de new wave américain constitué du chanteur et guitariste David Byrne, du batteur Chris Frantz, de la bassiste Tina Weymouth et du claviériste Jerry Harrison. Leur premier opus est art pop comme Devo et paraît l’année suivante (Talking Heads: 77), puis ils rencontrent Brian Eno qui va produire les trois albums suivants, jusqu’à Remain in Light paru en 1980… Où les guitares sont funk et les percussions world, où l’on s’on ne sait plus si l’on chante ou si l’on parle avec Born Under Punches (The Heat Goes On). Les récitations rapides de Crosseyed and Painless évoquent déjà Tom Tom Club et l’histoire de Once in a Lifetime semble tirée d’un script de la Twilight Zone ; avant les rythmes envoûtants de Listening Wind que reprendra Geoffrey Oryema vingt ans plus tard… Avec sa basse slapée et Adrian Belew invité à la guitare, ses textes denses et surréalistes ; avec The Overload qui flirte avec Joy DivisonRemain in Light intrigue et ravit à chaque écoute.