dEUS – In a Bar, Under the Sea

Trois ans avant The Ideal Crash, les Anversois de dEUS publient un second album où Rudy Trouvé est encore présent sur certains morceaux, parsemant sa loufoquerie sur l’incipit ou bien au ukulélé le temps de Supermarketsong, dont le refrain évoque l’esprit des Nits. Rudy qui signe aussi la peinture en couverture, où l’on voit un bar et deux acolytes… Imbriqué entre plusieurs couches de chants et de percussions, le saxo de Theme from Turnpike nous régale d’un morceau digne de Tom Waits ; avant le jazzy Nine Threads avec Bart Maris à la trompette… Les progressions pour piano et violons de Gimme the Heat, ou encore de guitares sur Roses rendent également cet album attachant, où l’on trouve à boire et à manger entre la précision de Built to Spill et les flous voulus de Lynch.

Lisa Germano – Geek the Girl

Lisa Germano est une chanteuse et compositrice américaine née en 1958. Elle apprend le piano puis le violon, accompagne les Simple Minds en tournée en 1989 puis publie son premier album en 1992 ; avant de signer deux ans plus tard chez 4AD avec Geek the Girl dont l’atmosphère résignée s’installe dès My Secret Reason et Trouble, le chant de Lisa noyé dans un tumulte de cordes graves puis de tambourins… Instrumentale entre violon et percussions lo-fi, Just Geek offre une bouffée d’oxygène avant la douceur trompeuse de Cry Wolf précédant le suffoquant A Psychopath, un morceau où le violon craque comme chez Rachel’s tandis que passe en arrière plan l’enregistrement d’un appel aux urgences d’une femme en train de se faire agresser à son domicile… Ample comme la contrebasse de Mich Gerber, Phantom Love tempère avant A Guy Like You, une balade désabusée sur la gent masculine ; non loin de Stars où l’on relève la tête vers les étoiles, essayant d’envisager un nouvel horizon sur ce titre dream pop façon Beach House clôturant un disque atypique et houleux, aux tonalités fauves et où de sa voix singulière, Lisa lève le voile sur ses prisons.

Gary Numan – The Pleasure Principle

Moins d’un an après Replicas, Gary Numan dissout Tubeway Army et signe son premier album solo ; conserve Paul Gardiner à la basse et s’adjoint l’alto de Chris Payne ainsi que la batterie de Cedric Sharpley… L’instrumentale Airplane ouvre The Pleasure Principle avec moins de guitare et plus de claviers, une boîte à rythmes ; un violon électrique (Complex) puis un piano ambient (Tracks)… Le dialogue futuriste de Conversation n’est pas sans rappeler Big Science sorti trois ans plus tard, les pochettes des deux albums ayant l’air de se répondre ; le tube Cars est convaincant même s’il n’a pas l’ampleur d’Autobahn dont il s’est inspiré, en définitive les morceaux se suivent et se ressemblent, bien calibrés synthpop et je leur préfère les surprises de Replicas, ce dernier me renvoyant à l’ineffable Reproduction paru la même année.

Gary Numan – Replicas

Gary Numan est un chanteur et compositeur de musique électronique britannique. Né à Londres en 1958, il est passionné de science-fiction et apprend la guitare avant de développer un univers narratif où sa voix sobrement synthétisée se mêle à des arrangements soignés, dans la lignée d’Ultravox et Depeche Mode… En 1978, il rencontre le bassiste Paul Gardiner et forment Tubeway Army, publient un premier album confidentiel avant d’être révélés avec Replicas, paru l’année suivante chez Beggars Banquet. Trois morceaux rendent cet album précieux : Me! I Disconnect From You, I Nearly Married a Human et Down in the Park où Gary manie le Minimoog comme si c’était Neu! Avec la batterie syncopée de Jess Lidyard, You are in my Vision rafraîchit par son côté punk ; du côté des inédits sur la réédition cd parue en 1997, j’aime la longue résonance de We Have a Technical… Maquillé comme un cyborg et aussi aisément identifiable que Bowie (on pense à Low en écoutant ce disque) ; le visage de Numan en couverture de Replicas annonce le charme original de ce disque… « You know I hate to ask, but are friends electric? »

New Order – Low-Life

Après avoir passé quatre ans les fesses entre deux chaises, d’abord avec Movement puis Power, Corruption and Lies que je n’ai pas conservé (affligeant à part l’immense Your Silent Face) ; les orphelins d’Ian reviennent avec leur troisième album, Low-Life dont Elegia est la pièce maîtresse : son intro à la guitare, son clavier solennel et ses cymbales remontant le temps, l’absence de paroles… Sunrise défend un territoire similaire, avec intro pâteuse et montée de guitares ; à part ça tous les Syd ne sont pas remplaçables et les autres chansons affichent le changement de cap : The Perfect Kiss avec cloches de vache, coassements et boîte à rythmes ; Love Vigilantes où l’on revient du Vietnam même pas vivant…New Order a tranché : avec eux ce sera synthés et échos d’onomatopées ; à présent nous savons sur quel pied danser et lors d’un trip retro, ce disque peut très bien s’écouter entre Forever Young et Human’s Lib en feuilletant son mémorable livret : de papier calque avec les photos des quatre larrons, interchangeables en couverture. « Tonight I should have stayed at home, playing with my pleasure zone… »

New Order – Movement

Après la dissolution de Joy Division, Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris décident de former New Order, un groupe de synthpop à tendance girouette. Ben s’improvise chanteur et Gillian Gilbert (la copine de Steve) les rejoint aux claviers et à la guitare ; ils filent en studio et publient Movement en 1981, dont la noirceur surprend agréablement… On sent qu’ils ne l’ont pas fait exprès mais l’hommage à Curtis est réussi, le ton est grave et le chant humble, un rien lugubre sur Dreams Never End ou Truth qui rappelle les expérimentations d’OMD… Avec ses lasers intempestifs et un coucou déplacé, ICB est moins inspiré et s’éloigne l’espoir d’un grand album de new wave ; même si nos oreilles se recueillent à la façon de Faith en découvrant les guitares lancinantes de The Him, ou les rythmes de Doubts Even Here et son synthé comme un mellotron… Ni joyau ni fiasco, Movement a le mérite de s’être jeté à l’eau sans bouée, comme une trousse de survie en terrain marécageux.

Joy Division – Heart and Soul

En 1976, après avoir vu un concert des Sex Pistols à Manchester, le guitariste Bernard Sumner et le bassiste Peter Hook forment le groupe Warsaw, en hommage à Bowie. Rejoints par le batteur Stephen Morris, ils se rebaptisent Joy Division et recrutent le chanteur Ian Curtis par annonce ; la présence scénique et les textes de ce dernier attire l’attention, John Peel les programme en 1979 puis Factory publie leur premier opus Unknown Pleasures. Formés la même année que Siouxsie et The Cure, ils sont associés à la cold wave mais leur son est à la fois plus tranchant et engourdi, réverbéré comme le soleil sur la banquise… Closer paraît l’année suivante lorsqu’à la veille de se rendre aux États-Unis pour leur première tournée ; de santé fragile et ne supportant pas la notoriété, Ian Curtis se pend dans sa cuisine à l’âge de 23 ans… Un mois après, la chanson posthume Love Will Tear us Apart devient la plus célèbre du groupe ; présente ainsi que leurs deux albums studios sur le coffret Heart and Soul paru en 1997, où 81 morceaux sur 4 cd regroupent la quasi totalité de leurs enregistrements. Avec raretés (Exercise One, No Love Lost, As you Said) et concerts dans leur jus pour 5 heures de musique orageuse.

She Wants Revenge – She Wants Revenge

Créé en 2004 par Justin Warfield (chant et guitare) et Adam Bravin (claviers, basse et percussions), She Wants Revenge est un groupe de post punk américain. Paru en 2006 chez Geffen, leur premier album éponyme s’impose dès les première mesures, avec Red Flags and Long Nights où la voix rappelle Philip Oakey et la guitare Robert Smith dans un surprenant mélange où se déploient des textes sombres ; cet effet perdurant avec These Things et surtout Tear You Apart, au parfum gothique inséparable d’un épisode de la série American Horror Story qui m’a permis de les découvrir… La gaité de certains titres fait penser au recyclage new wave des Future Islands, mais entre la nonchalance des Psychedelic Furs et la créativité des Flaming Lips, ce duo a quelque chose en plus et brouille les cartes avec une instrumentale digne de Siouxsie (Disconnect), juste avant que Someone Must Get Hurt n’assène un coup fatal inspiré par The Same Deep Water as You, le piano désabusé de Killing Time suggérant un rêve de Morrissey.

Siouxsie & The Banshees – The Rapture

Dernier album de Siouxsie & The Banshees, The Rapture paraît en 1995, quatre ans après Superstition qui ne m’a jamais inspiré… En partie produit par John Cale, on y retrouve l’énergie de Peepshow avec une volonté d’extase affichée, dominée par le savoir-faire de McCarrick qui en met plein les oreilles dès Fall from Grace et ses chœurs impeccables ou The Lonely One avec accordéon et petits mots en français ; c’est pittoresque mais Sioux semble à l’étroit dans ces espaces un peu trop célestes, même s’il est difficile de résister à la ritournelle ambiguë Forever… Heureusement, le disque est vaste et Not Forgotten redresse la situation avec des percussions dignes de Flowers of Romance, avant que le titre éponyme ne fasse oublier le reste avec sa rumeur inquiétante, qui s’insinue pendant 12 minutes riches en rebondissements et où chacun retrouve à s’exprimer… Douze ans plus tard, Siouxsie publie un album solo que j’ai longtemps écouté sans trop savoir pourquoi (Mantaray), laissant derrière elle assez de ravissements pour que l’on ne se contente pas de peu.

Siouxsie & The Banshees – Peepshow

Un après après regardé de l’autre côté du miroir, Siouxsie propose un Peepshow lorgnant vers l’electro sans renoncer à son âme new wave, avec le renfort des cordes et de l’accordéon de McCarrick, audible dès Peek-a-Boo qui ouvre le disque sur une note touffue. La veine est plus paisible avec le bocal tueur d’insectes (The Killing Jar) puis The Scarecrow donne vie à un épouvantail ; avant le crescendo mélodique de Carousel et son souffle hésitant, planant au synthé avec la subtilité d’un Peter Gabriel… Le rendu squelettique de Rawhead and Bloodybones fait le coup du monstre caché sous l’escalier, on s’inquiète de notre éternité avec The Last Beat of my Heart avant que Rhapsody ne termine ce neuvième opus par une danse onirique au final éclatant… Je l’ai écouté après le dernier passage à l’heure d’hiver, un dimanche de pluie où mon cœur est à fleur de peau ; mais même si l’emphase de certains titres le rendent trop fanfaron pour égaler Tinderbox, avec sa couverture mordorée Peepshow mérite de figurer dans le trio de tête.